SuperCam : quel est ce rayon laser français qui s'est envolé vers Mars avec Perseverance ?

Sylvestre Maurice, l'inventeur du "SuperCam" qui équipe Perseverance
Sciences

INTERVIEW - Perseverance, le nouveau robot de la Nasa, a décollé pour Mars ce jeudi, où il arrivera début 2021. Il est notamment équipé de l'instrument français SuperCam, une caméra-laser élaborée par l'astrophysicien Sylvestre Maurice. Nous l'avons interrogé.

Ses collègues l’ont surnommé "le martien". Depuis 8 ans, il vit sur Mars par robot interposé. Sylvestre Maurice est astrophysicien à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse (IRAP – CNRS/Université Paul Sabatier). Il y a quelques années, il avait imaginé l’instrument ChemCam (une caméra équipée d’un rayon laser), situé dans la tête du robot martien Curiosity. Cet instrument tire au laser sur des roches pour ensuite analyser, via la fumée dégagée, leur composition. Depuis 2012, ChemCam a procédé à plus de 700 000 tirs et analyses sur Mars. 

La Nasa a de nouveau fait appel à l'équipe de Sylvestre Maurice pour créer l’instrument SuperCam, installé dans la tête du nouveau robot Perseverance. Ce dernier a décollé ce jeudi 30 juillet vers la planète rouge, où il doit arriver le 18 février prochain. Sylvestre Maurice nous explique ce que SuperCam fera une fois sur place.

LCI : Quelle sera la mission de SuperCam sur Mars ?

Sylvestre Maurice : La mission de Perseverance, c’est de trouver des traces de vie passée au niveau moléculaire en sélectionnant des échantillons de roches et de sols pour qu’ils soient ensuite ramenés sur Terre pour analyse. La mission de SuperCam, c’est d’aider à trouver quels sont les meilleurs échantillons. 

Prenons l’exemple d'un bâtiment : on va d’abord photographier une salle, puis une autre et choisir la meilleure. Puis dans la salle, on va viser une chaise plutôt qu’une autre, puis l’accoudoir de la chaise, puis un point précis de cet accoudoir et là on aura le meilleur échantillon. Sur Mars, c’est pareil : il faut choisir le meilleur caillou, la meilleure roche, et il faut aussi la situer dans son environnement. Qu’est-ce qu'il y a à côté ? Est-ce qu’il y avait un écoulement d'eau, est-ce qu’il y a un cratère ? C'est donc à la fois le choix d'échantillons et la caractérisation de l'environnement. Finalement, c'est un peu la carte d'identité de chacun des échantillons que nous allons réaliser avec SuperCam.

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Que fera-t-il de plus que son prédécesseur ChemCam sur Curiosity, le précédent rover de la Nasa ?

ChemCam est un grand succès basé sur l’imagerie. Il prend une image de la composition chimique de la roche, de quoi est-elle constituée -fer, titane, sodium, potassium, oxygène, carbone, etc. Pour SuperCam, nous allons réaliser la même chose mais en mieux. Nous avons choisi deux techniques. La première, c'est l'infrarouge. Je regarde la lumière qui éclaire le sol, la réflectance, et cela va me donner des informations justement sur les molécules. La seconde, c'est le Ramant (méthode de spectroscopie) technologie de laboratoire qu'on connaît très bien. On éclaire avec un laser, on fait vibrer les molécules. Il y a globalement un photon sur un million qui se déplace un petit peu. On regarde comment ils se déplacent et cela nous donne donne la composition de la roche. 

Et puis nous avons rajouter un instrument : un micro. Parce que lorsqu’on tire au laser sur une roche, le son nous apporte des informations sur sa dureté. Donc nous allons pouvoir écouter Mars ! Nous allons pouvoir réaliser cinq types d’analyses différentes dans tous les spectres de lumière et de son. La Nasa a surnommé notre instrument le "couteau suisse" de Mars.

C’est la seconde fois que la Nasa fait appel à vous pour son robot martien ? Cela veut-il dire que les Français sont bons dans le domaine spatial ?

Nous sommes presque les meilleurs ! Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les Chinois. Lorsqu’ils ont effectué des études préparatoires pour trouver les meilleurs experts afin de construire leur propre robot martien, ils ont pris en premier les Américains et les Français en deuxième position. Nous le savions, mais c'est beaucoup mieux quand ce sont les Chinois qui le disent ! Nous avons une tradition spatiale extraordinaire. Nous sommes partis avant tout le monde en Europe et avons une tradition scientifique dans l'espace. Que la Nasa fasse appel à nous pour la seconde fois, c’est un signe d’excellence pour toute notre communauté scientifique française ! Nous sommes très contents ! 

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Personnellement, je repars pour gravir une nouvelle montagne. ChemCam, nous avons commencé à travailler dessus au début des années 2000. Cela fait vingt ans que je vis avec lui et qu’on l’opère tous les jours depuis Toulouse. Et là, nous allons en avoir un second à gérer en même temps. Tout le monde est très content. Mais après, c'est du travail !

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