Un atterrisseur et un robot vont essayer de s'y poser ce soir : mais que veut faire l'Inde sur la Lune ?

Un atterrisseur et un robot vont essayer de s'y poser ce soir : mais que veut faire l'Inde sur la Lune ?
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La Lune avant Mars : la conquête spatiale redécolle

GOTHA LUNAIRE - Bientôt quarante ans après le lancement de son premier satellite 100% made in India, le géant d'Asie du Sud s'apprête à effectuer ce week-end sa première tentative d’alunissage. Une opération particulièrement complexe. A la clé, le titre officieux de quatrième puissance lunaire.

L’Inde retient son souffle. Parti de la Terre le 22 juillet dernier, le "Chariot lunaire 2"(Chandrayaan-2, dans sa langue natale) a placé avec succès en orbite lunaire l’atterrisseur Vikram, ultime étape avec le grand plongeon. L’engin, emportant à son bord un petit robot d’exploration nommé Pragyaan, survole actuellement l’astre à une altitude de 100 kilomètres. Il entamera ce vendredi soir sa descente vers le pôle Sud du satellite naturel de la Terre et s'y posera, si tout va bien, entre 22h et 23h (heure de Paris). Une phase aussi délicate que cruciale qui sera retransmise en direct sur le site internet de l'agence spatiale indienne (Isro).

L'astromobile indien effectuera quant à lui faire ses premiers tours de roues sur la surface de la Lune samedi entre 2h et 3 h du matin. En cas de succès de la mission, l’Inde deviendra le quatrième pays à se poser sur le sol sélène, après l’Union Soviétique (Luna-9, en février 1966), les Etats-Unis (Surveyor-1, en juin 1966) et la Chine (Chang’e-3, en décembre 2013). Un club très "select" dont les membres se comptent encore aujourd'hui sur les doigts d’une main. Car si certains ont réussi, d’autres s’y sont cassé les dents, preuve de la complexité extrême de l’entreprise à laquelle le géant de l’Asie du Sud va s'attaquer dans les prochaines heures.

Une expédition lunaire 100% made in India

Dans les années 1960, Soviétiques et Américains avaient ainsi crashé plusieurs engins sur la surface de la Lune avant de parvenir à s’y poser. Plus récemment, Israël caressait également le rêve de devenir la quatrième puissance lunaire. Mais la sonde Beresheet s’est écrasée le 11 avril dernier. Pendant un temps, l'Europe, ou encore le Japon, avaient envisagé de telles expéditions avant de se résigner, faute de financements.

Le programme spatial indien s'est faire remarquer ces dernières années en alliant ambition et sobriété budgétaire. Là-bas, un mot résume d'ailleurs assez bien cette stratégie : "jugaad", un terme hindi qui signifie "système D". Le lanceur léger indien, le SSLV, n'étant pas assez puissant pour atteindre directement la Lune, la mission s'est ainsi propulsée en utilisant la force de gravité. Chandrayaan-2 a alors tourné autour de la Terre pendant un mois et demi en élevant progressivement son orbite, de manière à atteindre l’orbite lunaire. 

L'autre clé du modèle indien, c'est justement le "made in India. Tout de A à Z - de la fusée à l'atterrisseur, en passant par le rover - a été conçu et fabriqué à l'intérieur du pays, souligne l'Isro. De ce fait, la mission aurait coûté seulement 124 millions d'euros, soit bien moindre que celles similaires développées par d’autres pays. 

L'atterrisseur Vikram et le petit robot mobile Pragyaan, dans les laboratoires de l'Isro.

Se poser sur la Lune, mais pour y faire quoi ?

Si tout se passe comme prévu, une fois sur place, l'atterrisseur Vikram ("valeureux", en sanskrit), d'un poids de 1.471 kilos,  et l'astromobile Pragyaan ("sagesse", en sanskrit) qui est alimenté par l'énergie solaire disposeront d'environ quatorze jours terrestres - leur durée de vie prévue - pour déployer leurs instruments et explorer la région du pôle Sud. L’orbiteur Chandrayaan-2, quant à lui, continuera d’observer la Lune à une altitude de 100 kilomètres pendant une année entière. 

Outre les enjeux géopolitiques et de prestige qui entourent cette mission, le pôle Sud lunaire intéresse particulièrement les scientifiques. En 2008, la précédente mission indienne, Chandrayaan-1, était restée seulement en orbite. Mais elle avait pu confirmer la présence de molécules d’eau dans cette région. Plus ombragée que le pôle Nord, le pôle Sud a plus de chances de contenir de fortes quantités de glaces d’eau. Les Indiens espèrent profiter de leur présence au sol pour mieux cartographier la distribution de cette eau ainsi que la composition minérale du sol et récolter des indices nous permettant de mieux comprendre l’origine de la Lune et avec elle, celle de notre Système solaire.

La première mission spatiale habitée prévue à l'horizon 2022

Avec un budget annuel de 1,52 milliard d'euros dédié aux activités spatiales, l’Inde n'a pourtant pas à rougir. Il y a cinq ans, elle est devenue le premier pays asiatique ayant atteint Mars, devant la Chine, dont le budget est largement plus élevé (5,3 milliards d'euros chaque année). Chargée d'étudier la planète rouge depuis le ciel, la sonde spatiale Mangalyaan ("Véhicule martien", en hindi) s'est placée en orbite autour de l'astre le 24 septembre 2014. Le coût de la mission : 74 millions d’euros. En comparaison, la sonde américaine Maven envoyée à la même époque par la Nasa valait huit fois plus (520 millions d'euros).

Et le géant d'Asie du Sud ne compte pas s'arrêter là. L'Agence spatiale indienne planche en ce moment-même sur le développement d'un lanceur comparable à ce qu’était Ariane 4 (fusée européenne retirée en 2003 et capable d’envoyer 7 tonnes en orbite basse, ndlr). Le pays lance cinq ou six satellites par an. D'ici 2022, un équipage de trois astronautes pourrait enfin partir dans l'espace, ce qui serait le premier vol indien habité. L'Isro travaille également à l'élaboration de sa propre station spatiale, attendue au cours de la prochaine décennie. Bref, il faudra bientôt trouver un nouveau terme pour désigner les prochains voyageurs de l'espace indiens. 

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