Un train du futur dans la campagne limousaine : que vient faire l'hyperloop dans le village de Droux

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LE FUTUR EST DANS LE PRÉ - Les prochains tests de l'hyperloop se feront dans un village limousin de 360 habitants. Le développement des technologies nécessaires à la concrétisation de ce train du futur fait l'objet d'une course mondiale entre les grandes entreprises. La région de Limoges entend bien en profiter pour attirer l'attention et prouver son potentiel.

Les champs, le bêlement des moutons, les routes boisées où l’on ne croise personne… Droux est une petite commune de moins de 400 habitants mais bientôt, elle sera en pleine effervescence. L’hyperloop, le train du futur se déplaçant en lévitation magnétique jusqu’à 1 000 kilomètres heure, va être testé aux abords du village.

Un projet futuriste pour désenclaver la région

Cette municipalité de la Haute-Vienne, dans le centre de la France, s'apprête en effet à accueillir la plus longue piste d'essai pour ce projet de train subsonique. C’est Transpod - une start-up canadienne travaillant au développement de la technologie hyperloop en Europe - qui construira ce site d’expérimentation et conduira les tests. Mais pourquoi avoir choisi ce petit village du Limousin ? Ce sont les locaux eux-mêmes qui sont allés chercher Transpod. L'entreprise a été démarchée par un groupe d'entrepreneurs et d'élus régionaux, réunis en association fin 2017. La start-up doit déposer une demande de permis de construire - pré étudié par le département - auprès de la préfecture ce vendredi 10 août.

Ce projet hyperloop part d’un défi : pourquoi notre territoire ne serait-il pas porteur d'un projet innovant à l'échelle mondiale ?Vincent Léonie, adjoint au maire de Limoges et président de l'association Hyperloop Limoges

Si la région a fait des pieds et des mains pour convaincre Transpod de s’installer sur leur terrain, c’est parce que les élus estiment que l’hyperloop porte toutes les caractéristiques d’un "projet capable de braquer les projecteurs du monde entier sur notre région", selon les mots Vincent Léonie. Cet adjoint au maire de Limoges et président de l'association Hyperloop Limoges est un fervent défenseur de cette technologie qui veut révolutionner le transport. Par cette visibilité, il espère créer de l’attractivité pour que d’autres entreprises viennent s’installer, et que la Nouvelle Aquitaine deviennent un nouveau pôle de développement technologique autour de la mobilité. “Aujourd’hui on a besoin de montrer que nous avons un vrai potentiel et qu’il faut venir l’exploiter” insiste Vincent Léonie. Pour lui, tout l’intérêt de ce projet “est de montrer que c’est un territoire des possibles”.

D’autant plus que cela ne coûtera rien aux collectivités. Le projet de 21 millions d'euros est à ce jour financé à 100% par des investisseurs privés. Vincent Léonie estime même qu’il y aura “des retombées économiques quasi-immédiates” pour les habitants de la région. Le chantier de 12 mois impliquera probablement des entreprises en bâtiments locales pour le gros œuvre. Ensuite, des emplois pourront être créés pour l’accueil, la sécurité, le logement et même le tourisme. En effet, un circuit de randonnée va être intégré au site de test, pour inciter les amateurs de science à faire un échappée limousine. Pour Dreux, qui a perdu les deux tiers de ses habitants en un siècle, l’arrivée d’une vingtaine de chercheurs et techniciens - et de leurs familles - dès 2019 pourrait donner une seconde jeunesse au village.

La plus grande piste de test du monde

Le principe de ce train 2.0 : faire circuler des capsules pressurisées, ou "pod", dans des tubes à basse pression pour s'affranchir des frottements aérodynamiques et décupler sa vitesse. Le concept, popularisé par Elon Musk depuis quelques années, a été repris et développé par plusieurs entreprises internationales. Plus ou moins avancés, des projets similaires existent aux Etats-Unis, en  Inde, en Arabie saoudite.


La technologie hyperloop étant encore en plein développement pour l’instant, l’équipe de scientifiques sera engagée par Transpod spécialement pour ce site. Leur tâche principale consistera à analyser les données issues des tests en conditions réelles, en notant que la piste n’est pour l’instant qu’à l’échelle un demi. Les chercheurs travaillant sur cette technologie ambitionne pourtant d’ici une décennie de "faire voyager sur terre des humains et des marchandises à la vitesse de l'avion, avec la cadence du métro", aime à répéter Sébastien Gendron, cofondateur et PDG de Transpod. Avec son associé, le scientifique Ryan Janzen, ils disent viser "une première ligne commerciale à 1000 kilomètres heure autour de 2030". 

La base d'essais hyperloop de Dreux s'étendra sur 3 kilomètres de long, ce qui en fera la plus longue au monde. Elle prendra la forme d’un tube surélevé par des pylônes, en ligne droite, le long d'une ancienne voie ferrée sur un terrain mis à disposition par le Conseil départemental. Le permis de construire, qui doit être déposé ce vendredi, ayant très peu de chance d’être retoqué, le chantier devrait démarrer à la fin de l’année 2018, pour un lancement des premiers essais début 2020. 


Reste que le projet ne plaît pas à tout le monde : plusieurs voix écologistes ont fait part de leur réticence, s'inquiétant de la pollution visuelle ou sonore. Une micro étude environnementale de 5 semaines doit encore avoir lieu, mais elle ne concernera que l’emprise au sol des pylônes. La consommation uniquement électrique et photo-voltaïque du site devrait convaincre de l'aspect "green" du projet, mais la pollution visuelle, elle, sera inévitable. Il n'y a plus qu'à espérer que les habitants de Dreux estiment que le futur nécessite des compromis. 

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