50 ans après sa balade du 21 juillet 1969 sur la Lune, Buzz Aldrin rêve de... Mars

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HÉROÏQUE - Il fut l’homme-sandwich de la conquête spatiale américaine. Cinquante ans après la mission Apollo XI, le space cow-boy, âgé de 89 ans, rêve désormais de coloniser Mars. Retour sur le parcours de celui qui restera à jamais le deuxième homme à avoir marché sur notre satellite.

Le 21 juillet 1969, sa silhouette est entrée dans l'histoire. Edwin Buzz Aldrin était aux commandes du véhicule spatial Lunar Excursion Module, qui emporta les premiers êtres humains sur la Lune. Après l'alunissage historique, aux côtés de Neil Armstrong, il passa vingt et une heures et trente-six minutes à explorer la surface du satellite naturel de la Terre, devenant de fait le deuxième homme à marquer le sol lunaire de son empreinte. Alors que les Terriens s’apprêtent à célébrer le cinquantenaire de la mission Apollo XI, Aldrin, aujourd'hui âgé de 89 ans, rêve d'un horizon encore plus lointain.


Retourner sur la Lune serait, à l'entendre, une simple étape avant d'envoyer les premiers humains vers Mars. Et le space cow-boy tient absolument à être l'ambassadeur de cette grande odyssée : "Les Américains devraient faire des missions d’exploration humaine sur Mars une priorité nationale", clamait-il début mai dans un entretien au Washington Post. Selon lui, l'avenir de l’humanité en dépendrait. "Face aux enjeux climatiques, les habitants de la Terre n’auront pas d’autres choix", prophétise le vieux "Captain America", appelant à "une grande migration humaine vers Mars". 

De West Point à la Nasa, en passant par le MIT

Rien ne prédestinait Buzz (surnom qu'il doit à sa grande soeur) à devenir astronaute. Né en 1930 dans le New Jersey, il rejoint d'abord l'académie militaire de West Point. Il intègre ensuite l'US Air Force et sert pendant la guerre de Corée. A son retour, il obtient un doctorat en astronautique au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) puis entre à la Nasa en 1963.


Une deuxième vie, après une carrière militaire. Sa thèse sur les voyages spatiaux permet à Buzz d'être sélectionné, avec Neil Armstrong, comme remplaçant de l'équipage d'Apollo VIII, une mission d'observation autour de la Lune. Pas question, encore, d'alunir. Finalement, Apollo XI, la mission pour laquelle il est choisi, sera la bonne. Reste à savoir qui sera le premier à fouler le sol lunaire. Ce sera finalement Armstrong. 

Ce dernier avait été incorporé comme civil à la Nasa, alors qu'Aldrin était resté malgré tout sous statut militaire. Or l'agence spatiale américaine tenait à ce que ce soit un civil qui pose le pied sur la Lune pour la première fois, de peur qu'on puisse associer cet événement à une conquête militaire. Sur les clichés pris pendant la sortie, Aldrin y apparaît cependant quasiment à chaque fois. Jaloux de ne pas avoir été désigné pour sortir le premier, il se serait ainsi vengé. Version que le commandant Armstrong démentira par la suite, expliquant qu'il n'y avait qu'un seul appareil photo et que celui-ci se trouvait entre ses mains.

  

Rentré sur Terre, le "space hero" troque sa combinaison d'astronaute pour enfiler le costume d'homme-sandwich de la conquête spatiale américaine. "Armstrong s’est protégé en raréfiant ses entretiens avec les médias. Michael Collins, le troisième homme resté en orbite, n’était pas en mesure de faire le job puisqu’il n’avait pas foulé la surface sacrée. Aldrin a pris le relais. Ça arrangeait tout le monde, la Nasa en premier lieu", relève auprès de LCI Olivier Sanguy, rédacteur en chef du site d'actualités de la Cité de l'espace. 

L’espace est une drogue dure. Aldrin en était totalement accrocL'ancien astronaute Philippe Perrin à LCI.

Difficile toutefois de garder les pieds sur Terre... quand on a décroché la Lune. Que peut-il accomplir de plus dans la vie, après être allé là-haut ? Lors d’Apollo 11, Buzz avait 39 ans.  Les astronautes du programme étaient préparés à voler, à se poser sur la Lune, mais pas à revenir sur Terre. Résultat : le "blues de l'espace" s'empare de lui, comme de plusieurs des douze hommes qui ont marché sur la Lune entre 1969 et 1972.  Il sombre dans la dépression et l'alcoolisme. Une descente aux enfers aussi lugubre que la montée qu’il venait de connaître était jouissive. 


"L’espace est une drogue dure. Aldrin en était totalement accroc. Il a passé sa vie à ressasser la mission. Buzz, c’est l’archétype de l’astronaute qui n’a pas réussi à redevenir un terrien", décrit pour LCI Philippe Perrin -l'ancien astronaute français, qui est allé dans l'ISS au début des années 2000 pour la Nasa, a eu l’occasion de rencontrer les deux têtes d’affiche du programme Apollo. Ce "syndrome de l'astronaute" est d'ailleurs évoqué dans le documentaire "The Wonder of it All" ("Ils ont décroché la Lune"), sorti en 2017. Dans ce film, Buzz Aldrin parle ouvertement de ses problèmes d'alcool. "Je me suis repris en main", explique-t-il. 

Il a inspiré le personnage de Buzz l'Eclair dans "Toy Story"

Aujourd'hui, les jeunes générations le connaissent davantage sous les traits de "Buzz l'éclair". Car si Aldrin n’a (toujours) pas eu droit à son biopic ("First Man" raconte la vie de Neil Armstrong, ndlr), son nom a tout de même inspiré les studios de Disney et Pixar pour nommer le "ranger de l'espace" de la saga d'animation "Toy Story", sortie en 1995.


A la même époque, "Buzz" fonde Starcraft Boosters, une entreprise spécialisée dans la conception des propulseurs qui équiperont les fusées qui emmèneront des astronautes sur la Lune et sur Mars. Sa fondation, Sharespace, fait aussi la promotion d'un tourisme spatial abordable. Son projet phare : organiser des loteries dont le premier prix sera un voyage dans l'espace. 

L'équipage d'Apollo XI était payé 63 dollars par jour

Ces dernières années, le cow-boy de l'espace a surtout participé à d’innombrables campagnes publicitaires, de Louis Vuitton à Apple. On l'aperçoit régulièrement aux côtés de people à l'occasion de soirées de gala. De quoi, peut-être, compenser la maigre pension que lui reverse l’US Air Force ? D'après Moondust : In search for the men who fell to Earth ("Poussière de Lune : à la recherche des hommes qui sont tombés sur la Terre"), paru en 2005 aux Etats-Unis, l'équipage d'Apollo XI était payé 8 dollars par jour, soit 63 dollars aujourd'hui avec l'inflation. "Quand ils sont allés sur la Lune, ils ont reçu la même compensation qu'ils recevaient sur leur base d'entrainement : huit dollars par jour, avec diverses déductions (comme pour le logement), car le gouvernement fournissait le lit dans le vaisseau spatial", expliquait Andrew Smith, l'auteur du livre. 


Pas cher payé pour réaliser l'exploit du siècle. Un exploit encore remis en cause. Apparue dès les années 1970, le "Moon Hoax", l'idée selon laquelle Apollo n'a été qu'une fiction montée par les Etats-Unis pour gagner la course à l'espace contre l'Union soviétique, fait toujours des adeptes. Un matin de 2002, Buzz Aldrin mit ainsi une beigne à un conspirationniste qui niait son épopée spatiale. Il avait 72 ans. La vidéo a glané plus de 2 millions de vues sur YouTube. Le space cow-boy a toujours eu le sang chaud.

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21 juillet 1969-21 juillet 2019 : il y a 50 ans, l'homme marchait sur la Lune

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