VIDÉO - Artistes Vs machines ? "Une IA qui vous sort du Chopin, ça n’existe pas", le coup de gueule de Manoukian

Sciences
FUTUR - Des intelligences artificielles permettent aujourd'hui à des musiciens de programmer des machines qui créent à leur tour. Vont-elles un jour les remplacer ? LCI a posé la question à André Manoukian. Le compositeur a notamment fondé Muzeek, une start-up qui accompagne les musiciens dans leur processus créatif.

"Le premier instrument, c’est Cro-Magnon qui l’a découvert quand il a commencé à souffler dans un os de renne. Et l’intelligence artificielle, c’est Jean-Sébastien Bach qui l’a créée avec ses déclinaisons algorithmiques dans l’Art de la fugue. Finalement, avec la technologie, on ne fait que réécrire l’histoire !" Ce qui met en rogne le compositeur André Manoukian, c’est l’idée qu’une machine puisse remplacer le compositeur. Lui, en tout cas, n’y croit pas du tout ! L’ancien jury de la Nouvelle Star participait, la semaine dernière, à une table ronde organisée dans le cadre de l’événement Microsoft Experiences 2018 au sujet de la place de la technologie dans la composition musicale. 


Car avec l’irruption du "deep learning" (en français, l’apprentissage profond) et des réseaux de neurones artificiels, les machines ne se contentent plus d’appliquer les consignes qui leur ont été données. Elles sont désormais capable d’apprendre, de créer et même de composer. Au point que certains vont jusqu’à imaginer un futur où elles deviendraient des virtuoses. "Une IA qui vous sort du Chopin, ça n’existe pas ! Quand on imite son maître à la perfection et bien finalement on ne crée rien du tout. Vous aurez beau les gaver avec tous les compositeurs que vous voudrez, Mozart, Bach, etc., ça ne marchera pas", martèle l'ancien membre du jury de l'émission La Nouvelle Star sur M6.

Il ne s'agit en en aucun cas de remplacer le musicien par une machineAndré Manoukian, musicien et fondateur de Muzeek.

Une musique avec la machine plutôt que par, c’est justement le concept de la start-up fondée par André Manoukian il y a quelques mois. "Muzeek, contraction de ‘muse’ et de ‘geek’, est un générateur de musique intelligent, explique-t-il. De la même manière que Bach avait ses algorithmes dans la tête, nous avons formé une intelligence artificielle pour qu’elle soit en mesure de décliner un morceau en plusieurs versions, tout en respectant l’harmonie. C’est une aide créative, un partenaire de rebond dans l’invention d’une mélodie, d’une rythmique, d’un timbre". L’idée, souligne l’ancien jury de la Nouvelle Star, "c’est d’utiliser l’intelligence artificielle pour augmenter le compositeur. Nous sommes très attachés au droit d'auteur. Il ne s'agit en en aucun cas de remplacer le musicien par une machine".


Concrètement, un logiciel analyse le morceau et un algorithme génère ensuite une vingtaine de déclinaisons pour chaque instrument. "C’est un travail que nous réalisons déjà avec la musique assistée par ordinateur. Le musicien essaie plusieurs choses, expérimente telle ou telle rythmique. Ce que permet notre logiciel, c'est de prendre en compte ces essais et de produire automatiquement différentes combinaisons. Cela représente un gain de temps non négligeable pour l’artiste. Michel-Ange, Raphael avaient des apprentis qui travaillaient pour eux, c’était des ateliers. Un maître faisait une esquisse et les apprentis réalisaient l’œuvre. Aujourd’hui, c’est davantage vers cela qu’on tend avec Muzeek", insiste le pianiste.

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Pour ce jazzman de renom, l’intelligence artificielle n'est donc rien d'autre qu'un nouvel outil dans la palette de l’artiste. "Au-delà de la capacité que la machine a d’improviser,  il y a l’inspiration : c’est un acte magique. ‘Le charme du je ne sais quoi’, comme dirait le philosophe Vladimir Jankélévitch. C’est cet instant où l'artiste s’approche de quelque chose. Il essaie de retrouver ce moment mais il n’y arrive pas. Or, c'est justement en faisant ce travail de deuil que le musicien va se mettre à créer. C’est ce qu'on appelle l’acte de la création. Et ça, une machine ne sera jamais capable de faire". En revanche, si elle aide l’homme à se libérer des taches un peu subalternes...

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Jusqu'où ira l'intelligence artificielle ?

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