VIDÉO - Qui est Copernicus, cette constellation de satellites ultra-perfectionnés au chevet de la Terre ?

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LA FIN D'UN MONDE - Notre planète face au péril environnemental

ENVIRONNEMENT - Pour évaluer l'état de santé de notre planète, les scientifiques s'appuient en grande partie sur des données collectées depuis l'espace, grâce à des satellites dotés de technologies de pointe. Pionnier dans ce domaine, le programme européen Copernicus, lancé en 2014, est aujourd'hui le plus grand pourvoyeur de données sur la Terre.

Regarder la Terre depuis l’espace, avec le recul d’un alien, a joué très tôt un rôle primordial dans la prise de conscience des enjeux écologiques. Considérée comme la photo environnementale la plus influente, le célèbre cliché "Earthrise" (en français, "lever de Terre") de l’astronaute américain William Anders, capturé le 24 décembre 1968 à plus de 350.000 kilomètres de la Terre, résume à lui seul la fragilité de notre monde. Jamais la Terre n'avait été vue d'aussi loin par l'Homme. Petite bille bleue, fragile et vulnérable, voguant dans la nuit éternelle du Cosmos, tel un vaisseau spatial. Un vaisseau spatial dont l'Humanité ne pourra s'échapper, car il n'y a pas de plan B, d'où la nécessité de le préserver. 

"L'aventure spatiale permer de voir la Terre comme un ensemble. Et aujourd'hui, des engins spatiaux lui servent de vigie pour la sauvegarder", constate auprès de LCI Véronique Mariette, ingénieur au Centre national d'études spatiales (Cnes), en charge des relations avec l'Agence spatiale européenne (Esa) pour l’observation de la Terre. Au chevet d'une planète que l'on dit à bout de souffle, des satellites scientifiques, chargés de scruter le niveau des océans, l’évolution de la végétation ou encore la qualité de l’atmosphère, ont pour mission de veiller sur elle. En rotation permanente autour du globe, ces machines volantes fournissent aux scientifiques une quantité faramineuse de données et d'images pour diagnostiquer, avec précision, l’état de santé de notre planète. 

Une constellation de sept satellites ultras perfectionnés

Pionnière dans ce domaine, l'Europe a lancé dès le début des années 2000, bien avant les autres pays, son propre programme spatial de surveillance de l'environnement. Le GMES (pour "Global Monitoring for Environmental Security", ou "Surveillance mondiale de l'environnement et de la sécurité", en français), défini en 1998, a servi de tremplin à Copernicus*, qui a été initié, lui, en 2014 par l'Union européenne. Il est coordonné par la Commission européenne et mis en oeuvre en partenariat avec l'Esa. En vingt ans, l'Europe a consacré un budget de 8 milliards d'euros (dont 4,3 milliards pour la période 2014-2020) à sa constellation : une flotte de sept satellites, à laquelle s'ajouteront bientôt cinq autres appareils actuellement en préparation. 

De la taille d'une petite voiture, les "Sentinel", c’est leur nom, embarquent toute une ribambelle d’instruments scientifiques, allant du radar à l'altimètre, en passant par des technologies laser, des capteurs optique ou infrarouge. "Chaque satellite est doté d’instruments spécifiques lui permettant d’obtenir des informations ciblées sur les océans, la qualité de l’air, les surfaces continentales ou encore les risques", reprend Véronique Mariette. En rotation permanente autour de la Terre, ces petits bijoux de technologie effectuent des relevés à intervalles réguliers, qui vont de l'heure pour certains à plusieurs jours pour d'autres, de sorte à balayer toute la surface du globe.

Plus concrètement, ils sont en mesure de mesurer la fonte des glaces dans les zones polaires, la montée des océans, cartographier la déforestation ou évaluer la quantité de gaz à effet de serre présente dans l'atmosphère. "Les échantillons de données brutes ne sont pas utilisables en l’état, souligne la spécialiste du Cnes. Des opérateurs de l'Esa sont chargés de les passer à la moulinette avant de les coupler avec d'autres données,comme des informations in situ, des statistiques socio-économiques, ou encore intégrées à des modèles mathématiques, ce qui permet par exemple d'établir des prévisions sur l'évolution du climat sur Terre." Toutes ces informations sont en accès libre et gratuit sur une plateforme en ligne. Que l'on soit citoyen, scientifique, patron de startup ou décideur politique. D'ailleurs, de nombreuses PME s'en sont emparées et proposent des services ou des applications à partir des données de Copernicus.

Aujourd'hui, le programme européen est de loin le plus grand fournisseur d'observations au monde, devant celui des Etats-Unis. Et de nombreuses institutions internationales, à l'instar du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), utilisent ce réseau de surveillance de l'écosystème terrestre pour établir leurs prévisions. Outre son rôle de vigie du climat, Copernicus sert également à mieux anticiper les catastrophes naturelles (feux de forêt, ouragans, tempêtes), dont la fréquence augmente en raison notamment de l'évolution du climat. "Lors d’une situation d’urgence, par exemple, il permet d’informer de la situation et de guider les équipes de secours au sol, souligne Véronique Mariette. Et donc à sauver des vies humaines."

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Dernièrement, le programme européen d'observation de la Terre a notamment joué un rôle clé dans la détection et la surveillance des feux de forêt en Amazonie. Il a également fait parler de lui en étant le premier à signaler les records de température battus pendant l'été dernier. 

Alors que l'alarme du péril climatique n'a jamais retenti si fort, Copernicus sera essentiel pour atteindre le 'Green deal'proposé par la future Commission européenne d'Ursula von der Leyen, dont l'un des grands objectifs est d'atteindre une neutralité carbone en 2050. "Les performances des pays en matière de pollution pourront être évaluées de manière fiable, transparente et impartiale", assure Véronique Mariette. Une sorte d'assurance vie pour les générations futures.

*du nom de l'astronome polonais Nicolas Copernic

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