VIDÉO - Elle va inspecter Mercure : la mission BepiColombo s'est élancée pour un périlleux voyage de sept ans

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COSMOS - Mercure reste l'une des planètes les moins explorées de notre système solaire. La mission européenne et japonaise BepiColombo doit permettre d'en savoir plus. Elle s'est élancée cette nuit pour un voyage de sept ans. Peu de vaisseaux spatiaux ont visité Mercure en raison de sa proximité avec le soleil - moins de 60 millions de kilomètres en moyenne - contre presque 150 millions de kilomètres entre la Terre et le soleil.

Cap sur la planète Mercure et ses innombrables mystères. Ce samedi 20 octobre,  une fusée Ariane 5 a décollé depuis la base aérospatiale de Kourou, en Guyane. A son bord, une sonde spatiale embarquant deux petits satellites d’observation, répondant aux doux noms de MPO (surnommé Bepi) et MMO (surnommé Mio). Cette mission d’exploration, pilotée par l’agence spatiale européenne (Esa) conjointement avec l’agence d’exploration aérospatiale japonaise (Jaxa), doit permettre de reconstituer quelques chapitres de l’histoire de Mercure. 


Avant d’atteindre Mercure, les deux orbiteurs vont devoir voyager pendant sept ans et parcourir 9 milliards de kilomètres à travers le cosmos. Bien que Mercure se trouve à "seulement" 90 millions de kilomètres de la Terre, la sonde spatiale européano-japonaise va en effet devoir effectuer deux passages près de Vénus afin de bénéficier d’une assistance gravitationnelle et ainsi prendre suffisamment de vitesse pour se rendre jusqu'à Mercure. Sur place, les deux satellites observeront pendant deux ans, jusqu’en 2027, la surface et l’atmosphère de Mercure.

Pourquoi ce nom ?

Nom de code la mission : BepiColombo. Dans les années 1970, à l’occasion d’une mission principalement consacrée à Vénus, la sonde américaine Mariner 10 avait effectué trois survols de Mercure. Parmi les chercheurs impliqués, un certain Giuseppe Colombo, surnommé "Bepi", professeur à l’université italienne de Padoue. La nouvelle sonde, toute première collaboration entre l’Esa et Jaxa, a été baptisée en son honneur. 


Le décollage de la fusée Ariane 5 qui transportera les deux orbiteurs a eu lieu à l'heure prévue, 3h45 du matin (heure de Paris). Voici les images : 

En vidéo

Mission BepiColombo : décollage du satellite à bord d'une Ariane 5

Que va nous permettre de comprendre BepiColombo ?

Connue depuis l’Antiquité, Mercure n’a pas encore livré tous ses secrets. Seize instruments scientifiques, pour un poids total de près de 100 kilos, ont été installés sur Mio et Bepi. Une fois à destination, les deux satellites seront libérés en deux temps. D’abord Mio, puis Bepi qui s’insérera dans l’orbite la plus basse jamais effectuée autour de Mercure. Le premier s’occupera principalement de cartographier entièrement la planète et d’étudier sa surface, sa structure interne et son exosphère. Le second se focalisera quant à lui sur l’environnement magnétisé de la planète.  


"Pour comprendre la formation de la Terre, explique Alain Doressoundiram, astronome de l'Observatoire de Paris, cité par l'AFP, il faut comprendre la formation des planètes rocheuses (Mercure, Vénus, le Terre et Mars, ndlr) dans son ensemble. Or Mercure se démarque de ses consœurs" sans que l'on ne comprenne pourquoi. Outre la Terre, Mercure est notamment la seule autre planète rocheuse à disposer d’un champ magnétique. Un champ magnétique est généré par un noyau liquide. Or, étant donné la taille de Mercure, son noyau aurait dû refroidir avec le temps et devenir solide, comme Mars. Plusieurs pistes sont à l'étude pour comprendre cette possible anomalie, comme la présence d'un élément dans le noyau qui l'empêcherait de refroidir.

Les deux sondes, en étudiant le champ de gravité de Mercure, permettront aux chercheurs de définir la composition et la structure de la planète. Restera alors à comprendre pourquoi le noyau de la planète est différent de ceux de ses consœurs, alors qu'elles se sont formées quasiment au même endroit. Les précédentes missions sur Mercure ont pourtant mis en évidence la présence de glace au fond de cratères polaires. Les scientifiques présument que cette glace se serait accumulée là au fur et à mesure des bombardements de comètes et aurait depuis échappé aux rayons UV du Soleil.

Que sait-on de Mercure, la planète la plus proche du Soleil ?

Avec un diamètre de 4.879 km (à titre de comparaison celui de la Terre est de 12.756 km), Mercure est la plus petite planète rocheuse du système solaire. Cette particularité laisse penser que, dans sa jeunesse, elle a dû être percutée par un gros objet. Un énorme cratère visible à sa surface pourrait être la cicatrice de ce cataclysme.


La proximité de la planète avec le soleil engendre des conditions extrêmes. A sa surface, il fait ainsi extrêmement chaud le jour (+ 400°C) et très froid la nuit (- 150°C), sachant que l'on ne passe de l'un à l'autre que tous les trois mois terrestres. Le contraste thermique est encore augmenté par l'absence d'atmosphère : rien ne transporte la chaleur vers le côté froid.

Pourquoi a-t-on aussi peu exploré cette planète ?

À l’exception de la Terre, Mercure est la seule autre planète tellurique à disposer d’un champ magnétique intrinsèque ; elle n’a pourtant jusqu’ici été explorée qu’à l’occasion de deux missions spatiales. La proximité du Soleil complique en effet les visites : manquer le champ de gravité réduit de Mercure condamne à foncer vers une boule de feu à 5500 °C.  Dans  les années 1970, Mariner 10 a donc été la première sonde spatiale à étudier Mercure de près. Entre 1974 et 1975, elle a survolé l'astre à trois reprises et a capturé plus de 2.000 photographies.


Un peu moins de trente ans après, la sonde Messenger a de nouveau survolé à trois reprises la planète. Entre 2008 et 2009, elle a pris plus de 277.000 photos et a permis de dévoiler une grande partie de la face cachée de la planète. BepiColombo promet ainsi une formidable moisson pour la communauté scientifique. Les astronomes en sauront davantage sur cette planète mal-connue, ainsi que sur la formation des planètes rocheuses. Et aussi donc sur l'origine de notre bonne vielle planète. Rendez-vous en 2025.

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