EXPLORE – Les astéroïdes, une menace bien réelle au-dessus de nos têtes

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APOCALYPSE NOW - Et si un astéroïde fonçait sur la Terre... La Nasa, en collaboration avec les grandes agences spatiales du monde entier, planche cette semaine sur l'éventualité d'un tel événement. Mais à partir de quand un astéroïde est-il considéré comme "dangereux" ?

T. Rex et la plupart de ses congénères de la période du Crétacé ont été rayés de la surface de la Terre à la suite de la collision d’un astéroïde, il y a 66 millions d’années. Alors pourquoi pas nous ? S'il n'y aucune menace imminente, le risque d'un tel cataclysme, bien que très faible dans l’absolu, est  bien réel. La perspective que la Terre doive se défendre contre un astéroïde se heurtait autrefois à ce que les experts appellent le "facteur gloussement".  Mais, le 15 février 2013, un météore a contribué à mettre fin aux ricanements.


Personne ne l’avait vu pointer le bout de son nez. Pas même la Nasa ! Ce jour-là, un rocher spatial de 20 mètres de large a explosé au-dessus de la ville de russe de Tcheliabinsk, libérant une énergie correspondant à l'explosion de 500.000 tonnes de trinitrotoluène (TNT). A l'aplomb de celle-ci, le village de Yemanzhelinsk, dans l'Oural, l'onde de choc fut si forte que des piétons furent projetés à terre. La chaleur de l'explosion a été ressentie jusqu'à 60 km à la ronde. Non loin de là, à Tcheliabinsk, plus d'un millier de personnes ont été blessées par des éclats des vitres des bâtiments qui avaient été soufflées.

Les films hollywoodiens privilégient généralement la méthode forte, comme l'usage d'armes nucléaires afin de réduire en miettes un éventuel visiteur venu des confins du Système solaire. Mais c’est rarement l’option préférée des scientifiques. "Ce n'est pas Hollywood", a tenu d'ailleurs à rappeler l'administrateur de la Nasa, Jim Bridenstine, lors de son discours d'ouverture de la sixième Conférence internationale de défense planétaire, qui se tient jusqu'au mercredi 1er mai sur le campus de l'Université du Maryland, à College Park (Etats-Unis).


A cette occasion, la Nasa et les grandes agences spatiales du monde entier, réunies par le Bureau de coordination de défense planétaire (PDCO) et l'Agence américaine des situations d'urgence (FEMA), procèdent à un exercice d'anticipation d'impact d'un astéroïde. Le pitch de ce scénario catastrophe, imaginaire mais néanmoins plausible, a été élaboré par une équipe de scientifiques du Jet Propulsion laboratory de la Nasa, Pasadena, en Californie.

PDC 2019, un astéroïde fictif de 140 mètres de large

Dans ce scénario, nous sommes le 26 mars 2019, une équipe d’astronomes détecte sur les écrans de contrôle d’un télescope un rocher spatial filant à 14 kilomètres par seconde, dont le diamètre est compris entre 100 et 300 mètres. Au-delà de sa taille, l'objet pourrait un jour croiser l'orbite de notre planète. Le nom de cet astéroïde dit "géocroiseur" : "PDC 2019". Après quelques mois d'observation, en se basant sur des simulations informatiques, les astronomes estiment à une chance sur cent la possibilité qu'il rencontre la route de la Terre le 29 avril 2027. 


Une chance sur cent, c'est justement le seuil à partir duquel les organisations internationales qui s'occupent de ces questions ont convenu qu'elles devraient mettre en œuvre un plan d'action. Les participants à l'exercice de simulation auront pour mission d’organiser la parade… et surtout de sauver l’humanité ! Des missions de reconnaissance à la déviation de l'astéroïde - en tirant un projectile ou en utilisant un tracteur gravitationnel, jusqu’à la mise en place d’un plan d'urgence pour évacuer les populations. Si l'astéroïde fait moins de 50 mètres, le consensus international est d'évacuer la région susceptible d'être touchée. 

Evaluer la capacité de réaction des différents acteurs

L'objectif de l'opération est avant tout "d'évaluer la capacité de réaction des différents acteurs au sein d'une chaîne de commandement, des astronomes aux décideurs politiques, en passant par les services de secours et les populations", écrit l'agence spatiale européenne sur son site internet. Le Bureau de coordination de la défense planétaire entend ainsi améliorer la communication entre toutes les parties pour déployer la réponse la plus efficace possible si un tel événement venait à se produire dans la réalité. Après tout, on n'est jamais trop prudent !


Les scientifiques ont identifié à ce jour dans notre Système solaire plus de 1.700 astéroïdes d'une taille supérieure à 140 mètres, qui présentent une distance minimale d'intersection avec l'orbite terrestre de 7,5 millions de kilomètres. "A partir de ce seuil de grandeur, même dans un désert, l’énergie libérée serait telle que l’onde de choc atteindrait inévitablement des zones habitées, souligne auprès de LCI l'astrophysicien Patrick Michel. A l'heure actuelle, nous en connaissons moins de 20%. Les scientifiques de la Nasa estiment qu'un astéroïde comme celui qui a décimé les dinosaures - dont la taille était supérieure à 10 km de largeur - s'écrase tous les 1 million d'années environ.

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Quelle serait l'autorité décisionnaire?Romana Kofler, du bureau des affaires spatiale à l'ONU.

Pour ces mastodontes du cosmos, l'idée n'est pas d'envoyer une bombe atomique comme dans le film Armageddon, prévient Patrick Michel, astrophysicien et directeur de recherches au CNRS. "Si nous effectuons un impact au-delà du seuil de destruction, nous risquons d’aboutir à un gros nuage de fragments qui ne se consumera pas dans l’atmosphère. Au final, nous n’aurons pas résolu le problème, voire pire, nous risquons de l’aggraver." En fait, l'idée consisterait à lancer un appareil vers l'astéroïde pour effectuer un impact d'une puissance modérée.


"Une déviation de vitesse même infime, de l’ordre de quelques centimètres par seconde, suffirait à faire passer un astéroïde menaçant à plusieurs millions de kilomètres de notre planète, si elle est initiée avec plusieurs années d’avance", explique Patrick Michel. La Nasa envisage de réaliser un test grandeur nature sur un astéroïde de 150 mètres, en 2022, dans le cadre de la mission DART. Reste le problème politique, comme l'a souligné Romana Kofler, du bureau des affaires spatiales de l'ONU: "Quelle serait l'autorité décisionnaire?".


Pour suivre en direct les conférences (en anglais) sur le site de l'Agence spatiale européenne, cliquez ici

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