Falcon Heavy a réussi son 1er vol commercial : on vous présente la fusée la plus puissante du monde

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La Lune avant Mars : la conquête spatiale redécolle

ESPACE - Falcon Heavy, le lanceur lourd de SpaceX, l'entreprise spatiale d'Elon Musk, a effectué son premier lancement commercial jeudi soir. Voici ce qu'il faut savoir sur ce mastodonte qui pourrait ramener des Américains sur la Lune, voire sur Mars.

SpaceX, la compagnie spatiale d’Elon Musk, a effectué jeudi soir le premier vol commercial de Falcon Heavy, ouvrant la voie à une nouvelle ère de l'industrie spatiale. Les 27 moteurs Merlin répartis sur les trois propulseurs de la fusée la plus puissante du monde se sont allumés simultanément, générant une poussée de plus de 2.500 tonnes, l'équivalent de dix-huit Boeing 747 à la verticale. Le lanceur lourd de SpaceX s’est élancé depuis le Centre spatial Kennedy, en Floride (Etats-Unis), avant de placer en orbite un satellite de communication pour le compte de l'opérateur saoudien Arabsat. 

Voici ce qu'il faut savoir sur la fusée la plus puissante du monde en opération à l'heure actuelle.

Le lanceur le plus puissant depuis la Saturn V d'Apollo 11

Haute de 70 mètres et large de douze mètres, Falcon Heavy est en fait un assemblage complexe de trois fusées Falcon 9, le lanceur moyen de SpaceX, attachées de front pour former le premier étage sur lequel est installé un second étage. L’engin peut emporter jusqu'à 63,8 tonnes en orbite terrestre basse, soit "une masse équivalente à un Boeing 737 chargé de ses passagers, équipage, bagage et carburant", précise l'entreprise américaine sur son site internet.

C'est deux fois plus de charge utile que la Delta IV Heavy de Boeing et Lockheed Martin (United Launch Alliance), le plus gros lanceur en service actuellement, pour "un coût trois fois inférieur", affirme Elon Musk - le coût d'un lancement de la Delta IV Heavy est d'environ  300 millions d'euros. Dans l'histoire de l'industrie spatiale, seuls Saturn V, conçue par la Nasa dans les années 1960 et qui emporta les astronautes du programme Apollo, et le lanceur lourd Energia, développé par l'Union soviétique dans les années 70, offraient une puissance supérieure à la Falcon Heavy.

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Un pari : des propulseurs réutilisables

Le lancement de jeudi soir est le premier depuis le vol d’essai du 6 février 2018. Fidèle à son image d'inventeur de génie un brin excentrique, Elon Musk avait alors choisi une charge utile un peu particulière : pas de satellites ni d’instruments de mesure, mais une voiture décapotable rouge cerise de la marque Tesla - dont il est également le fondateur - au volant duquel avait été installé un mannequin vêtu d'un scaphandre, le bras gauche nonchalamment posé sur sa portière et "Space Oddity" de David Bowie diffusé en boucle dans l'autoradio. Ses aventures étaient diffusées en direct par SpaceX sur les réseaux sociaux, où elles étaient suivies par des millions de personnes, subjuguées par ce véhicule flottant dans l’espace. 

Lors de ce premier vol d’essai, SpaceX avait tenté de faire revenir sur Terre le premier étage et les deux propulseurs d’appoint pour les réutiliser et de fait réaliser d’importantes économies. L'opération s’était finalement  soldée par un succès en demi-teinte : les deux boosters s'étaient posés quasiment simultanément sur deux zones d'atterrissage de Cap Canaveral, à quelques dizaines de mètres seulement l'une de l'autre. Mais le troisième, celui du milieu, censé se poser sur une plateforme en pleine mer, avait quant à lui manqué sa cible. Les trois boosters sont théoriquement capables d’être réutilisés jusqu'à dix fois. Jeudi soir, l'opération a réussi, les trois boosters ont été récupérés.

En lice pour amener les Américains sur la Lune en 2024

La semaine dernière, Jim Bridenstine, le patron de la Nasa, a indiqué que l'agence américaine avait examiné diverses options pour amener à nouveau des humains sur la Lune d'ici 2024. Selon le site américain Ars Technica, cela pourrait se faire en utilisant la fusée Delta IV Heavy de la United Launch Alliance, la Falcon Heavy de SpaceX ou bien une combinaison des deux — une option qui serait assez surprenante, a-t-il cependant indiqué. Le développement de la grande fusée Space Launch System (SLS) de la Nasa, qui a déjà coûté 12 milliards de dollars et pris des années de retard, s'assombrit quant à lui un peu plus - initialement, elle devait être opérationnelle en 2020.

L’agence spatiale américaine compte donc s'appuyer sur des lanceurs privés pour ses prochaines missions lunaires et pour envoyer ses astronautes dans la Station spatiale internationale (ISS) sans l’aide des Russes, comme c'est le cas depuis la fin du programme de la navette spatiale en 2011. La dernière fois que la Nasa a dû acheter des sièges à l'agence spatiale russe (Roscosmos), c'était au prix de 81 millions de dollars le siège - cela comprend l'entraînement pour voler à bord, toujours selon Ars Technica. L'enjeu est donc de taille pour l'entreprise d'Elon Musk. Déjà liée à la Nasa par un contrat à 1,6 milliard de dollars, elle pourrait bien se tailler une part encore plus importante du gâteau. Un gâteau qui pourrait ensuite s'appeler Mars.

Pour ce qui est des vols commerciaux, d'autres clients devraient suivre, assure l'entreprise spatiale sur son site internet : deux opérateurs privés de satellites, Inmarsat et Viasat, et l'armée de l'air américaine. 

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