Le 21 juillet 1969, il est resté en orbite autour de la Lune : Michael Collins, héros méconnu d'Apollo XI

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La Lune avant Mars : la conquête spatiale redécolle

PORTRAIT - Michael Collins est le troisième membre d'équipage de la mission Apollo XI. Le 21 juillet 1969, il attendait seul à bord du vaisseau-mère Columbia, resté en orbite, pendant que ses équipiers foulaient pour la première fois le sol lunaire.

Il était aux premières loges pour assister à l'alunissage historique puis à la sortie lunaire, les 20 et 21 juillet 1969. Probablement pas à la place qu'il espérait. Pendant que Neil Armstrong et Buzz Aldrin gambadaient à la surface de la Lune, Michael Collins, lui, attendait seul aux commandes du vaisseau-mère, resté en orbite. A quelque 350.000 kilomètres de la Terre, depuis le hublot de du module Columbia, il a regardé ses deux compagnons s’élancer en direction de l'astre lunaire, sans savoir s’ils reviendraient de leur expédition.


Sa mission consistait à ne pas manquer le rendez-vous pour récupérer les deux marcheurs lunaires, avant de repartir vers la Terre. Il devint ce jour le voyageur solitaire à s'exiler le plus loin de notre planète. En transit autour de la Lune, coupé du reste du monde, il a survolé la face cachée du satellite naturel de la Terre, avant de retrouver, 28 heures plus tard, ses deux coéquipiers. Collins reste néanmoins le grand oublié de la mission Apollo XI. La plupart des gens se souviennent encore du nom des premiers marcheurs et de cette phrase, restée célèbre : "Un petit pas pour l’homme, mais un bond de géant pour l’Humanité." Peu d'entre eux se rappellent cependant de Michael Collins, au nom il est vrai très commun outre-Atlantique.

De l'US Air Force à la Nasa

Né le 31 octobre 1930 à Rome (Italie), où son père, colonel dans l'armée, est attaché à l'ambassade américaine, Collins intègre après ses études secondaires la prestigieuse académie militaire de West Point. A la différence de son paternel, qui a fait carrière dans l'armée de Terre, il rejoint l’US Air Force. En 1954, il est détaché à la base aérienne de l'Otan, à Chambley-Bussières (Meurthe-et-Moselle). Il y restera trois ans. Collins y fait la connaissance de Patricia, une Américaine, responsable du centre récréatif de la base. 


A la fin de l'année 1957, le couple, qui s'est marié en France, repart aux Etats-Unis. Collins est muté à la base de Chanute, dans l'Illinois, en tant qu'officier de maintenance pour inspecter les avions. Lui veut continuer à piloter. Il finit par être entendu par sa hiérarchie. Il est alors nommé officier d'entraînement dans une unité mobile, où il forme les pilotes au maniement des appareils. Ce travail lui permet d’accumuler suffisamment d’heures de vol pour poser sa candidature à la prestigieuse école des pilotes d’essai d’Edwards en Californie, où il est admis en 1960.

Le goûteur de la mission Apollo XI

Michael Collins intègre ensuite la Nasa en 1962. Il a alors 32 ans. Au cours de sa carrière d’astronaute, il effectuera deux voyages dans l'espace. En 1966, d'abord, lors la mission Gemini 10 au cours de laquelle il effectue deux sorties extravéhiculaires. Puis, en janvier 1969, il est sélectionné pour participer à la fameuse mission Apollo XI. Collins sait d'ores et déjà qu'il ne marchera pas sur la Lune. Il en fallait un parmi les trois pour rester aux commandes du module principal. La Nasa n'a jamais donné les raisons de ce choix. 


Sans doute parce que Collins a vécu en France, le pays de la gastronomie, l'Agence spatiale américaine lui demande de goûter les plats qui seront embarqués à bord du vaisseau. Sur les menus qui lui sont soumis, l'astronaute ne trace pas de croix en face de "médiocre", "assez bon" ou "bon". Il s’inspire plutôt des guides français dont il a apprécié la lecture. Il dessine des fourchettes et des couteaux entrecroisés ainsi que des étoiles devant chaque plat décrit. Très satisfaite, la Nasa retient son système de notation qu’il complète par des remarques ironiques du genre "assaisonnement subtil", "un délice pour le palais", "riche et moelleux".

"Nous y sommes, Aigle… Attention les gars !"Michael Collins, le troisième membre d'équipage d'Apollo XI

Le 16 juillet 1969, lui et ses deux compères sont propulsés en direction de la Lune à bord d’une fusée Saturn V. Puis arrive l’instant où Collins doit détacher le module lunaire Eagle du vaisseau-mère Columbia. Il prévient ses deux compagnons : "Nous y sommes, Aigle… Attention les gars !". A cet instant, Collins est chargé de les secourir, si l'alunissage avorte. Moins de vingt-quatre heures plus tard, les trois membres de l'équipage sont de nouveau réunis. Les échantillons lunaires sont placés dans un compartiment. Mission accomplie. 


Lors du retour vers la Terre, peu avant la rentrée dans l’atmosphère, l’équipage reçoit cet appel : "Apollo 11 ? Ici Houston ! Vous avez l’autorisation d’atterrir". Collins répond alors : "Je vous assure que nous en sommes très heureux  !". Après l'atterrissage, il grave les mots suivants sur le poste de navigation pour manifester sa reconnaissance envers sa machine : " Vaisseau spatial 107, alias Apollo 11, alias Columbia. Le meilleur vaisseau de tous. Dieu le bénisse ".

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Michael Collins quitte, comme prévu avant même le voyage vers la Lune, le Corps des Astronautes de la Nasa en août 1969. Après une brève carrière politique dans l'Administration Nixon, il devient en 1971 le premier directeur du Musée National de l’Air et de l’Espace de Washington. En 1974, diplômé en management de l’Ecole de Commerce d’Harvard, il se lance dans le monde des affaires. Il est nommé vice-président de la Vought Corporation, une importante compagnie aérospatiale et de défense. En 1985, il fondé l'entreprise Michael Collins Associates qui regroupe des consultants dans les domaines de l’aéronautique et de l’espace. 


Aujourd'hui âgé de 88 ans, le troisième homme de la mission Apollo XI continue de perpétuer la mémoire de l'exploit historique auquel il a participé, cinquante ans plus tôt. Même s'il n'a pas foulé la surface sacrée, ce héros méconnu - l'un des vingt-quatre Terriens qui ont survolé la Lune - a marqué de son empreinte l'histoire de la conquête spatiale. Modeste, jusqu'au bout, il a demandé à ses héritiers d'inscrire le mot "Lucky" ("chanceux", en français) sur sa pierre tombale.

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