Météorite tombée en Ardèche : "Si on ne la retrouve pas d'ici un an, sa valeur sera en grande partie altérée"

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COSMOS - Une chute de météorite a été détectée en milieu de semaine dernière aux alentours du village de Sceautres, en Ardèche. Les premières fouilles se sont révélées infructueuses et la chasse au caillou spatial continue. Pour en savoir plus, LCI a contacté l'astronome François Colas.

Dans ce petit bourg de 146 habitants, c'est l'effervescence depuis quelques jours. Mercredi 27 février, à 5h24 du matin, un caillou venu de l’espace a fendu le ciel ardéchois avant de finir sa course dans la campagne environnante, non loin du village de Sceautres. "Un événement rarissime", souligne François Colas, directeur de recherche à l’IMCCE (Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides) de l’Observatoire de Paris : seules quarante-cinq chutes ont été observées en France au XIXe siècle, et à peine neuf au XXe. Pour repérer et de percer le secret des bolides et autres boules de feu, l'Agence nationale de la recherche a mis en place un réseau de détection unique au monde, baptisé "FRIPON".


Depuis 2013, une centaine de caméras "all Sky", capables de filmer l'ensemble du ciel à 360°C, ont été déployées dans l'ensemble des régions. Un ordinateur détecte automatiquement les bolides qui passent et envoie un e-mail pour alerter les astronomes. "Cette météorite a été filmée par quinze caméras depuis différents endroits, reprend l'astronome. Par triangulation, on a pu étudier la trajectoire du bolide et de ce fait déterminer approximativement son site d’atterrissage". Un périmètre d’un peu plus d’un kilomètre carré. Quarante-huit après la détection de l'objet, François Colas s'est rendu sur place. Il a passé trois jours sur le terrain, accompagné d’une quinzaine de bénévoles de l'association drômoise d'astronomie. En vain.

Sa taille serait de quatre ou cinq centimètres

"Il est possible que l’objet ait plané au cours de sa chute, poursuit le scientifique. Lorsque l’on fait nos calculs, on part du principe qu’il s’agit d’une sphère. En réalité, on ne sait jamais à l’avance quelle est sa forme. Il y a donc toujours une marge d’erreur." L’astronome n’a pas prévu de retourner sur le terrain. D’autres recherches seront organisées dans les mois à venir dans le cadre du programme de sciences collaboratives Vigie-Ciel mis en place par le Muséum d’histoires naturelles. "La zone de chute est couverte de bois. Et il y a des ronces partout. En plus, elle n’est pas très grosse. On peut donc passer à trois mètres d'elle sans le voir !", souligne le chercheur.

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Le corps céleste, ou plutôt ce qu’il en reste, de couleur noire, mesurerait quelques centimètres de circonférence. "En étudiant la vitesse de freinage, on a pu établir la masse de l’objet", explique François Colas. Selon les estimations de l’astronome, sa taille serait de quatre ou cinq centimètres, pour un poids d’environ 150 grammes. "C’est déjà un beau caillou, poursuit-il. Avant sa traversée dans l’atmosphère terrestre, il devait mesurer une vingtaine de centimètres. Il filait à la vitesse de 19 kilomètres par seconde. Au moment de l’impact avec le sol, sa vitesse ne devait pas excéder 300 kilomètres par heure. C’est la même allure qu’un parachutiste en chute libre". Le caillou venu de l'espace a sans doute rebondi sur le sol. A la différence des météorites anciennes, elle n’est pas enterrée sous terre. "On devrait donc finir par la retrouver", prédit le scientifique.

Elle a parcouru des millions de kilomètres

Ce rocher spatial "a parcouru des millions de kilomètres, souligne l'astronome. Il provient sans doute d’une région qui se trouve entre Mars et Jupiter, qu’on appelle communément la ceinture d’astéroïdes." Au-delà de sa rareté, ce corps céleste est un vestige de la formation du Système solaire. Un indice précieux. "Il s'agit d'une météorite primitive. Grosso modo, c’est la matière cosmique qui nous a fabriqués", résume l'astronome. Ce rocher spatial ne sait jamais agrégé à une grosse planète, comme la Terre, Mars ou Vénus. De ce fait, il est toujours en état. "Dans notre jargon, on parle de météorites très fraîches. C'est-à-dire qu'elles n'ont pas été altérées par la pluie et l’érosion. Si celle-ci n'est pas retrouvée d'ici un an, sa valeur scientifique sera en grande partie altérée", insiste-t-il.


Sur Terre, il est quasiment impossible de trouver un caillou qui a plus d’un milliard d’années. En étudiant ces cailloux venus des confins du Système solaire, les scientifiques espèrent donc obtenir des informations supplémentaires sur la manière dont s’est formé le Système solaire il y a 4,5 milliards d’années. "L'idée n'est pas de la mettre sur une étagère ou qu'elle prenne la poussière dans la réserve d'un musée, rappelle François Colas. Le but, c'est de faire de la science en l'étudiant. Pour vous donner un exemple, une météorite primitive a été retrouvée le siècle dernier, près de Montauban. Tous les ans, deux à trois articles scientifiques sont publiés. Et des laboratoires du monde entier contactent le Muséum d'histoire naturelles pour obtenir un échantillon." En attendant, la chasse au caillou spatial continue. 

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