A LA DÉCOUVERTE DU SVALBARD (2/4) - Sur les traces de l'ours polaire

DirectLCI
SEIGNEUR DE LA BANQUISE - LCI s'est mêlé aux touristes d'une croisière polaire dans l'archipel du Svalbard, au cœur de l'océan Arctique. L'occasion de vous faire découvrir les richesses de cette région mais aussi les interrogations qui entourent son avenir. Pour cet épisode, nous sommes partis à la recherche de l'ours polaire, un animal sauvage vulnérable.

Claude aime les croisières, voyager "en prenant son temps". Avec sa femme, ce photographe de l’Education Nationale à la retraite a sillonné le Nil, s’est frotté à la culture russe en voguant sur les flots, mais cette fois, il a voulu sortir des sentiers battus. Car Claude a un rêve un peu fou : voir la banquise et le seigneur des lieux, l’ours blanc.


Avec une trentaine d’amateurs du Grand Nord, il a embarqué à Longyearbyen, la capitale du Spitzberg, pour réaliser une croisière polaire. Ils se trouvent alors à un peu plus de 1000 km du pôle nord !

A peine à bord, il faut suivre les règles de sécurité : comment évacuer du bateau en cas de danger bien sûr, mais surtout comment se comporter dans cet environnement glacé. Les organisateurs insistent sur un point : si l’un des buts de la croisière est de rencontrer des ours blancs, ils n’en restent pas moins des animaux sauvages et dangereux. Dans la région, les mâles pèsent entre 400 et 500 kilos et mesurent pas loin de 3 mètres. De sacrées bêtes, carnivores qui plus est.


En dehors de Longyearbyen, il est d’ailleurs obligatoire de se déplacer armé sur l’île du Spitzberg, comme dans tout l’archipel du Svalbard. Avant chaque excursion à terre, des guides partent en éclaireurs avec un premier zodiak. Ils inspectent les lieux, fusil sur l'épaule et veillent à ce qu’aucun ours ne rôde dans les parages avant d’autoriser les touristes à quitter le navire de croisière.


Et dans tous les cas à la moindre apparition d’un ours blanc, tout le monde doit immédiatement remonter sur les zodiaks. "Si j’insiste", prévient Christophe Bouchoux, le chef d’expédition, "ce n’est pas parce j’ai peur pour vous, c’est que je ne souhaite pas avoir à tuer un ours à cause de la négligence de quelqu’un". Moins d’une semaine plus tard malheureusement un guide allemand a dû en arriver là pour sauver l’un de ses collègues.

Malgré ce triste incident, c’est au Svalbard que l’ours est le mieux protégé. Tout d’abord, grâce aux touristes. "Le tourisme détourne les chasseurs et les braconniers de leur travail primaire", nous explique Fabrice Capber, vétérinaire et guide polaire. "Souvent les guides sont des anciens braconniers donc c'est positif pour l'animal, les gens ne veulent plus tuer l'ours. Il n'y a rien d'empathique là-dedans", reconnaît-il cependant. "C'est juste une manne financière, c'est devenu plus intéressant de les protéger. Après, il y a tourisme et sur-tourisme."


Beaucoup des croisiéristes à bord en ont conscience. Claude a mis plus d’un an à se documenter pour s’assurer des bonnes conditions de la compagnie. Il se dit "pour une réglementation très stricte et sévère" car il "pense à (ses) enfants et petits-enfants" et espère qu’ils pourront profiter eux aussi de la beauté des lieux. "On n’est pas chez nous, on est dans un territoire sauvage où la nature est maîtresse", abonde Hadrien, 16 ans, le plus jeune touriste de la croisière.


Mais si le Svalbard est aussi préservé, c’est aussi parce que le gouverneur local y veille. Dans cet archipel administré par la Norvège, une "police" effectue régulièrement des rondes pour veiller à ce que chacun respecte la faune et la flore. Aucune chance de tomber sur un braconnier ici, mais ce n’est pas le cas partout. "Le premier ennemi de l’ours reste l’homme, rappelle Fabrice Capber. On estime à peu près à 1000 ours prélevés par an du fait de la chasse, notamment pour les trophées. 1000 sur une population estimée à 20 000, c'est énorme, ça fait 5% de prélèvement alors que le taux de renouvellement des populations d'ours est de l'ordre de 4%." En clair, il meure plus d’ours polaire qu’il n’en naît.

La rencontre

C’est lors d’une sortie en zodiac pour observer les morses que le miracle se produit. Au loin, une tête blanche sort de l’eau. Un ours est bel et bien en train de nager, non loin. 


Pour tenter de l’approcher, il faut attendre qu’il rejoigne la rive. Quand les zodiacs approchent enfin, Claude, Hadrien et les autres dégainent leurs appareils photos. Chacun chuchote et on ne perçoit plus que le seul bruit des appareils. Il s’agit d’un mâle assez âgé, majestueux et intrigué de voir ces visiteurs curieux. Il s’arrête parfois, semble prendre la pause. Un instant magique.

"Il a traversé d'une île à l'autre pour trouver de la nourriture." Celui que les Inuits appellent "le grand marcheur" continue ses périples, ses voyages pour trouver de la nourriture", détaille Fabrice Capber. "En été il faut qu'il nage alors qu'en hiver il n'a qu'à marcher sur la banquise." Car le décor ne ressemble en rien à l’idée que l’on s’en fait. Ici pas de mer gelée mais des îles désertiques où coulent des glaciers et où aucun arbre ne pousse. La raison est simple : la banquise, l’habitat naturel de l’ours, disparaît d’année en année. 

"On le voit de manière très factuelle, il suffit de venir ici", rapporte Jonathan Zaccaria, également guide polaire à bord de la croisière. "Il faut aller de plus en plus au nord, de plus en plus tôt, pour rencontrer cet environnement. Il y a 20 ans, les premières croisières autour du Svalbard se faisaient mi juillet, puisque plus tôt il était impossible de rejoindre le Svalbard qui était entouré par les glaces. Cette année, pour la première fois, j'ai fait ma première croisière autour du Svalbard à la mi-mai."


Faute de banquise, l’ours doit s’adapter. Habituellement, il se nourrit d’un phoque par semaine mais échoué à terre, il va trouver d’autres formes de nourriture. "On voit au Svalbard typiquement l'été des ours aux alentours des colonies d'oiseau, qui essayent d’attraper des œufs, des oiseaux" explique le guide polaire. "On voit des ours qui sont en économie d'énergie, ils dorment la plupart de l'été en attendant que la mer gèle de nouveau." 


"On se rend compte que l'ours est un prédateur, un carnivore et que les carnivores sont des espèces dites plastiques donc très adaptables et très opportunistes", avance de son côté le spécialiste des animaux. "L'ours va s'adapter, il le fait déjà sur certains endroits notamment au Canada ou en Sibérie, il va descendre plus bas, à terre, il va même aller dans certaines villes comme à Churchill au Canada pour trouver de la nourriture."

L’ours blanc va-t-il disparaître ou laisser la place à une autre espèce d’ours ? Les spécialistes ne s’accordent pas mais des hybrides entre ours blanc et grizzly ont déjà été découverts par des scientifiques. 


Le jeune Hadrien sait bien qu’il a bénéficié d’un énorme privilège. C’est bien cette rencontre avec cet animal extraordinaire qu’il retiendra de son séjour : "on l’a vu sous toutes ses formes, il a nagé, marché, c’était vraiment agréable, on est vraiment très chanceux pour ça."


"Je fais beaucoup de croisières mais celle-là est assez exceptionnelle", s’émerveille Claude. "C’est un peu la croisière unique qu’il faut faire une fois dans sa vie."

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter