Il a vécu pendant neuf mois au Pôle Sud, à -80 degrés Celsius : "Vous avez l’impression d’arriver sur une autre planète"

Il a vécu pendant neuf mois au Pôle Sud, à -80 degrés Celsius : "Vous avez l’impression d’arriver sur une autre planète"
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Sept à huit

SEPT À HUIT – Cyprien Verseux est ce qu’on appelle un chercheur de l’extrême. Pendant neuf mois, ce scientifique français a vécu au beau milieu du Pôle Sud, isolé de tout ou presque. Il nous raconte cette expérience unique et stupéfiante.

Les scientifiques sont parfois mis à rude épreuve pour collecter des données, installer des instruments de mesure ou réaliser des expériences. Pendant neuf mois, avec douze coéquipiers, Cyprien Verseux a pris ses quartiers dans la base Concordia, au beau milieu du Pôle Sud. Âgé de 27 ans, ce chercheur de l’extrême a vécu sur Terre comme on pourrait vivre sur la Lune ou Mars. "A Concordia, les conditions sont idéales pour l’astronomie, la glaciologie, les sciences de l’atmosphère et l’exploration spatiale. Les conditions sont celles qui se rapprochent le plus d’une future base sur la Lune ou sur Mars. C'est pour cette raison que l’Agence spatiale européenne s’intéresse beaucoup à la manière dont le corps humain s’adapte à ces conditions extrêmes", explique-t-il à Sept à Huit.

Un voyage au bout de l’extrême. Encore plus inaccessible pendant l’hiver que la Station spatiale internationale (ISS), qui orbite autour de la Terre à 400 kilomètres d’altitude, ce laboratoire scientifique du bout du monde est l’un des endroits les plus isolés et les plus froids du globe. Là-bas, les températures peuvent atteindre jusqu’à  - 80 degrés Celsius !  "Vous avez l’impression d’arriver sur une autre planète. Il n’y a pas d’animaux. Il fait trop froid. De plus, la côte étant trop éloignée, il n’y a rien à manger. Il n’y a pas non plus de plantes et quasiment aucun microbe", décrit le chercheur. Climatologue de formation, Cyprien Verseux avait également pour mission d’étudier le réchauffement climatique. 

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Pendant 100 jours, le Soleil n’atteint pas la ligne d’horizon

Dans ce désert de glace, pendant 100 jours, le Soleil n’atteint pas la ligne d’horizon. Une interminable nuit noire, au cours de laquelle une fête est organisée. "Cette fête, c’est ‘mind winter’ (en français, "l’esprit d’hiver", ndlr). Elle a lieu chaque année, le 21 juin. Cela dure quatre jours. C’est une façon de briser la monotonie et aussi de remonter le moral de l’équipage", révèle-t-il. Le thème de la première soirée était : ‘île paradisiaque’.  "Nous avons projeté une vidéo de mer et de plage sur le mur et nous avions augmenté le chauffage suffisamment pour que les gens puissent venir en maillot de bain. On avait presque l’impression d’être sur la plage alors qu’à l’extérieur il faisait -75 degrés", s’amuse le jeune scientifique. 

Deux tours de trois étages, chacune reliées par un couloir suspendu, voilà à quoi ressemble la base Concordia. A l’intérieur, le confort est sommaire. "Ça ressemble à ce que pourrait être une base sur la Lune ou Mars. Il y a une salle de musculation, un atelier, un restaurant, des espaces de stockage, un hôpital, les chambres et les laboratoires", liste le scientifique. Que mange-t-on dans la base Concordia ? De la nourriture congelée, principalement. "Comme les températures ne seront jamais positives dehors, nous mettons tout dans des conteneurs et puis cela reste congelé toute l’année. La chambre froide est même chauffée à -20".

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Pour se figurer ces températures extrêmes, Cyprien et ses coéquipiers se sont livrés à quelques expériences, comme jeter de l’eau bouillante et la voir instantanément se transformer en neige. Cela a donné lieu à des photos stupéfiantes d’œufs qui se figent avant même d’avoir atteint le poêle, de fourchette en apesanteur prise dans des nouilles congelées en à peine une seconde ou encore de fromage à raclette tout en même temps fondu et glacé.  

Dans cet univers hostile, la moindre erreur ne pardonne pas. D'ailleurs, Cyprien en a fait l’expérience peu de temps après son arrivée à Concordia. Il raconte : "La première fois que j’ai creusé un puits de neige pour effectuer des mesures à différentes profondeurs, il faisait aux alentours de - 50 degrés Celsius, ce qui pour l’hiver est plutôt chaud. Je suis resté plusieurs heures dehors. J’ai commencé à sentir que je tombais en hypothermie. Je m’en suis rendu compte car mes pensées n’étaient pas claires. J’ai commencé à emballer mes affaires pour me rendre dans l’abri le plus proche. Une fois à l'abri, j’ai essayé pendant deux minutes d’enlever mon bonnet. Et au bout d’un moment, j’ai compris qu’en fait le bonnet était déjà posé sur la table", raconte le jeune homme.

J’aimerais beaucoup aller sur Mars, mais je ne dirais pas non à la Lune.- Cyprien Verseux.

Candidat pour être parmi les premiers humains à coloniser une autre planète, Cyprien Verseux se prépare. Lors d'une précédente mission pour le compte de la Nasa, il était resté enfermé pendant un an avec cinq autres personnes dans un dôme qui faisait 11 mètres de diamètre. "J’aimerais beaucoup aller sur Mars, mais je ne dirais pas non à la Lune", reconnaît l'intéressé. Il ne sera probablement pas le seul candidat et il le sait : "Nous ne savons pas encore quand auront lieu les sélections. Et surtout, nous ne savons pas exactement quels profils seront recherchés." 

Une chose est sûre : Cyprien Verseux est actuellement l'un des Français les mieux placés pour espérer participer à une telle odyssée. Et son âge, 27 ans, est l'un de ses atouts.

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