15.000 morts par an imputables au chômage : Juan Branco dit-il vrai ?

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À LA LOUPE - Selon l'avocat Juan Branco, le chômage engendrerait à lui seul 15.000 décès chaque année. D'où vient ce chiffre ? Et comment l'expliquer ? Suicides, maladies, soins limités ? A La Loupe s'est penché sur la question.

Juan Branco a très vite soutenu le mouvement des Gilets jaunes et est devenu l'un des avocats phare des manifestants. Invité à s'exprimer sur la question de la violence de ce mouvement lors de l'émission "Interdit d'interdire" sur RT France la semaine dernière, l'ancien avocat de Jean-Luc Mélenchon, auteur de Crépuscule, a sans surprise dressé un parallèle avec la violence politique incarnée par la classe dirigeante.

"Qu’est-ce que c’est la violence ?, a-t-il interrogé, est-ce que c’est casser une vitrine, est-ce que c’est tuer quelqu’un, est-ce que c’est les 15.000 morts par an que provoque le chômage de masse en France depuis 30 ans selon l’Inserm ?"

15.000 décès annuels imputables au chômage, un chiffre que Juan Branco mettait déjà en avant en décembre dernier (tweet ci-dessous). Ce chiffre est-il bel et bien issu de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale comme il l'avance ? 

Presque. Pierre Meneton, chercheur à l'Inserm, met en avant un ordre de grandeur de 10.000 à 14.000 décès liés au chômage chaque année. Il s'appuie pour cela sur une étude qu'il a mené sur les effets du chômage sur la santé cardiovasculaire et la mortalité globaleet publiée en décembre dans la revue International Archives of Occupational and Environmental Health. Le chiffre de 14.000 a d'ailleurs été mentionné mardi 18 juin par le député LFI Adrien Quatennens, invité de LCI.

De 1995 à 2007, Pierre Meneton a suivi près de 6.000 volontaires âgés de 45 à 64 ans, qui ne souffraient ni de maladies cardiovasculaires, ni d'autres problèmes cardiaques. Les résultats sont accablants : le risque d'événements cardiovasculaires, qu'ils soient ou non mortels, augmente de 80% chez les chômeurs. Le taux de mortalité, de manière générale, est quant à lui trois fois supérieur à celui des personnes actives du même âge, soit un effet comparable à celui du tabagisme.

Alors comment l'expliquer ? Certes, des études soulignent régulièrement que les chômeurs développent plus de comportements à risque que la population active : consommation d'alcool, sédentarité, régime alimentaire de faible qualité ou absence de soins en raison de leur condition économique. Mais cela n'explique pas tout. Indépendamment de ces facteurs, le chômage favorise en outre l’apparition de troubles du sommeil, d'anxiété et de dépression, syndromes connus pour augmenter les risques cardiovasculaires. "C’est bien la condition sociale représentée par le chômage qui a été étudiée par les chercheurs et non l’inactivité professionnelle en soi, précise l'auteur, puisque l’augmentation du risque cardiovasculaire et la surmortalité ne se retrouvent pas chez les personnes volontairement inactives ou chez les retraités."

Et les résultats seraient même une sous-estimation de la réalité puisque l'échantillon de volontaires étudié était plus favorisé que la moyenne des Français et présentait une meilleure hygiène de vie. 

Si l'étude en elle-même ne contient pas le nombre de 14.000 décès par an, l'auteur met régulièrement en avant ce chiffre comme en dans cette interview accordée en juin 2015. "Si on extrapole nos chiffres de surmortalité, on obtient une estimation de 14.000 morts du chômage chaque année en France", y indique ainsi Pierre Meneton. Il évoque par ailleurs entre "500 et 600 suicides" directement liés à cette situation de non-emploi. Une étude menée entre 2000 et 2010 par le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’Inserm (CépiDc) et l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) montre d'ailleurs que pour une augmentation  de 10% du taux de chômage, le taux de suicide grimpe de 1,5%.

Ces 14.000 décès liés au chômage ont été repris en 2016 dans un rapport du Cese. Citant l'étude de l'Inserm, le Conseil souligne que "10 à 14.000 décès par an sont imputables au chômage en France par maladies chroniques, hypertension, rechute de cancer... et la mobilisation collective est quasi inexistante". Le Conseil appelait à l'époque à un meilleur accompagnement des chômeurs en les orientant par exemple vers un bilan médical dès le premier entretien à Pôle emploi. Cet ordre de grandeur se retrouve également dans le rapport 2018 de l'association Solidarités face au chômage.

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