40.000 logements indignes à Marseille : "Si on ne fait pas quelque chose, il y aura d'autres immeubles effondrés"

 40.000 logements indignes à Marseille : "Si on ne fait pas quelque chose, il y aura d'autres immeubles effondrés"

IMMEUBLES EFFONDRÉS - Après l'effondrement tragique de deux immeubles à Marseille, de nombreux acteurs locaux dénoncent une tragédie qui aurait pu être évitée. À Marseille, on dénombre plus de 40.000 logements insalubres. Une situation que peinent à contrer les autorités.

Le réveil est difficile pour les Marseillais, au lendemain de l’effondrement de deux immeubles dans le 1er arrondissement de Marseille. Pour le moment les secours, toujours mobilisés, n’ont pas retrouvé de survivants. Plusieurs corps ont été retirés des décombres. D'autres sont toujours portées disparues. Et pourtant de l’aveu de tous, cette tragédie aurait pu être évitée. 

L’association "Un Centre-Ville pour tous" estimait ainsi auprès de nos confrères de la Provence que cet incident était "une conséquence directe de l’incurie de la mairie dans la prévention et le traitement de l’habitat indigne et dangereux". Elle souligne d'ailleurs que "c’est le troisième immeuble insalubre qui s’effondre dans le 1er arrondissement depuis 5 ans."

Si la fondation Abbé Pierre ne nie pas que des actions sont menées par les autorités, elle estime également "qu'il y a urgence à changer d'échelle dans les offres qui sont faites. Car, prévient Florent Houdmon, le directeur de l’agence régionale à Marseille, ce genre de drame va se reproduire si on ne fait pas quelque chose rapidement."

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Même son de cloche auprès des personnalités politiques d'opposition. "L’effondrement de deux immeubles est un drame trop prévisible : 10% des Marseillais vivent dans des logements insalubres", souligne ainsi Alexandra Louis, députée LREM, dans le quotidien local. 

"L’effroi n’est malheureusement pas le seul sentiment qui saisit aujourd’hui les Marseillais, et la colère qui monte est légitime", abonde Benoît Payan, chef de file PS au conseil municipal. "Chacun connaît ici la situation du logement dégradé, insalubre et indigne à Marseille, et notamment en centre-ville. Chacun a en mémoire la terrible sentence du rapport Nicol qui révélait déjà en 2015 qu’un Marseillais sur 8 vit dans un logement qui représente un danger pour sa santé ou sa sécurité."

Ce rapport, réclamé par la ministre du logement d'alors, Sylvia Pinel, dressait le bilan de la lutte contre l'habitat indigne dans la cité phocéenne. Et l'inspecteur Christian Nicol n'était effectivement pas tendre : "Un parc privé indigne et dégradé d’une rare ampleur" concluait-il, "une situation critique", "des acteurs mobilisés mais peu efficaces". 

42.400 appartements y étaient ainsi jugés indignes, soit 13% du parc. "Dans les arrondissements centraux, le taux du parc privé potentiellement indigne (PPPI) atteint plus de 35%", estimait même le rapport. Et de fait, la santé et la sécurité de 100.000 personnes y étaient considérées à risque. Quant aux copropriétés, sur les 20.000 recensées, 6.000 étaient qualifiées de "fragiles". Face à ce constat alarmant, l'inspecteur de l’administration du développement durable critiquait un "effet marginal" des "dispositifs mis en place depuis plusieurs années". 

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Dans le quartier de Nouailles, 48% des immeubles sont insalubres

Trois ans après, les choses ne se sont pas améliorées. Tous les acteurs - des associations jusqu'à l'Agence régionale de la santé (ARS) - évoquent une situation assez similaire. Dans des documents plus récents datant du mois de janvier, la Société  locale d'équipement et d'aménagement (Soleam), chargée du réaménagement du centre-ville, décrivait plus spécifiquement sur le quartier de Nouailles "une forte dégradation du bâti notamment liée à vétusté des immeubles". 48% des immeubles y relèvent du logement insalubre, la Soleam évoque notamment des "taudis".

Alors comment expliquer une telle situation ? Les recommandations du rapport Nicol ont-elles été suivies ? Philippe Silvy, ingénieur principal d'études sanitaires à l'ARS, assure qu'il y a eu des améliorations. Un nouveau protocole a été mis en place avec l'Etat et la Métropole, désormais compétente en matière de politique de l'Habitat pour 5 ans. Un moyen de mieux coordonner les acteurs, comme le préconisait le rapport, que ce soit en termes de repérage ou de suivi des actions.

Le délégué départemental évoque également des actions de formation notamment par le biais du pôle départemental de lutte contre l'habitat indigne piloté par la préfecture. "On y travaille sur la mise en œuvre de procédures concrètes comme l'évaluation de l'insalubrité ou la sécurisation des procédures" pour éviter que les actions ne soient jugées invalides.

Le rapport préconisait aussi le recrutement de 4 à 5 personnes au sein de l'agence, ce sont finalement trois postes qui ont été créés : "un ingénieur d'études, un technicien et un administratif".

"Il y a eu des renforts d'effectifs", reconnait Florent Houdmon de la fondation Abbé Pierre, "mais on reste timide". Il cite pour exemple le nombre d'arrêtés d'insalubrité : 84 en 2016 pour toute la région, (61 sur la ville de Marseille selon la mairie - mais 11 en 2018). "Comparé aux 40.000 logements indignes, ça ne fait pas beaucoup" se désole-t-il.

Pour Philippe Silvy, cet outil n'est pas représentatif, car des situations sont aussi réglées à l'amiable avec les propriétaires. L'agence nationale de l'habitat finance notamment des dispositifs incitatifs, c’est-à-dire des aides financières pour réhabiliter les logements très dégradés. 

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"On reste défaillant par rapport à l'enjeu et à l'ampleur du phénomène", lui répond Florent Houdmon. Il souligne un manque de moyens et des délais bien trop longs.

Bien qu'il ne nie pas un manque de moyens,  l'ingénieur de l'ARS justifie le temps d'attente par "des délais légaux incompressibles". "Nous touchons à la propriété privé donc nous sommes tenus à un respect très strict des procédures, ce qui peut expliquer que les gens peuvent trouver ça extrêmement long." 

Un simple exemple, la mairie a mis 10 ans pour acquérir l'un des immeubles qui s'est effondré rue d'Aubagne – frappé par un arrêté de péril. Ce lundi, l'adjointe à l'urbanisme de la ville, Arlette Fructus, a déploré dans cette affaire  la lenteur des procédures judiciaires engagées par les  propriétaires pour éviter l'expropriation. 

Pour la fondation Abbé Pierre, la solution serait de développer en parallèle le logement social et une meilleure mixité sociale. "Il faut proposer une offre de logement social abordable dans d'autres quartiers que les quartiers nord", détaille-t-il.

Le ministre de l'Intérieur a avancé une autre idée : il a demandé à la préfecture d'effectuer un "audit de l'habitat indigne" dans la cité phocéenne, un diagnostic qui se fera "immeuble par immeuble", a promis Christophe Castaner. Les moyens alloués n'ont cependant pas été évoqués...

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