5 choses à savoir sur Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan-Mitsubishi dans la tourmente

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PORTRAIT - A la tête de la plus grande entreprise de construction automobile, Carlos Ghosn a été rattrapé par la justice japonaise. Arrêté ce lundi, le Français est aujourd'hui accusé de malversations, mais qui est vraiment cet entrepreneur hors-norme ? Retour sur sa carrière.

Carlos Ghosn, chef d'entreprise mondialement connu et reconnu, a été arrêté ce 19 novembre au Japon. Actuellement toujours en garde à vue (un tribunal de Tokyo a décidé ce mercredi de son maintien en détention durant 10 jours), le PDG de Renault-Nissan est accusé entre autres d'avoir caché au fisc une part de ses rémunérations. 


Une chute libre pour celui qui était jusqu'alors au sommet. LCI revient sur les aspects marquants voire étonnants de ce chef d'entreprise qui se voulait jusqu'alors plutôt discret sur sa vie privée.

Il est franco-libano-brésilien

Carlos Ghosn est né il y a 64 ans au Brésil, à Porto Velho. Il déménage rapidement au Liban, pays d'où sont originaires ses parents, notamment pour des raisons de santé. Il y suivra ses études, plus précisément au collège Notre-Dame de Jamhour, non loin de Beyrouth. "Nous étions formatés à l'ordre", raconte l’un de ses cousins, Henri Bichara, à nos confrères de France Inter. "En sortant des pères jésuites, nous étions capables de nous auto-discipliner, une pratique qui est restée jusqu’à présent ancrée en nous." C'est peut-être cette éducation très stricte qui lui a permis d'atteindre les sommets de l'entrepreneuriat mondial. 


Cette enfance multiculturelle fera aussi de lui un "citoyen du monde". C'est d'ailleurs ainsi qu'il titre son autobiographie publiée en 2003 (ed. Grasset). Avec ses trois passeports en poche et ses sept langues parlées dont l'arabe, le portugais et le japonais, il voyage sans cesse d'un bout à l'autre de la planète pour gérer ses entreprises.

Il est l'un des dirigeants les plus puissants de la planète

L’histoire de Carlos Ghosn est celle d’un self-made man qui a réussi à atteindre les plus hautes sphères. Il est une machine à gagner. Après l’école nationale supérieure des mines de Paris, il débute sa carrière chez Michelin, le plus grand fabricant de pneus européens. Il y grimpe peu à peu les échelons jusqu’à atteindre la place de numéro 2, 18 ans plus tard. Toujours insuffisant, lui ne veut être que le numéro 1.


Il intègre Renault en tant que directeur général adjoint et se forge alors un empire. En 1999, il forme une alliance avec Nissan et s'installe rapidement dans le siège du PDG du groupe. Il assoit également sa place dans le groupe automobile russe AvtoVAZ dont il prend la tête du conseil d’administration en 2013 puis enchaîne avec le CA de Mitsubishi. 


En 2017, le groupe Renault-Nissan se hisse au premier rang mondial des constructeurs automobiles faisant de Carlos Ghosn l'homme le plus puissant de son secteur d'activité - et le patron français le mieux payé ! Selon Le Figaro, il est à la tête de 470.000 salariés et 122 usines à travers le monde. Le groupe vend plus de 10 millions de voitures vendues chaque année et affiche, selon Vanity Fair, "un chiffre d’affaires de 130 milliards d’euros - autant que le PIB de la Hongrie".

On le surnomme "cost killer" et à raison

Pour arriver à un tel niveau, Carlos Ghosn n’a pas employé la manière douce. "Il n'a aucune empathie, il ne donne pas de lui-même. Personne ne le déteste, mais personne ne l'aime non plus", confiait un cadre de Renault au Figaro en 2013. Pour l’analyste financier Loïc Dessaint, "il met en concurrence ses propres salariés entre eux. C’est terrible. Il parvient à  faire régner une forme de terreur." Surtout, il n’hésite pas à faire des coupes drastiques. L’équipe dirigeante qui entoure le chef d’entreprise serait même surnommée "les Khmers rouges"

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C’est d’ailleurs ainsi qu’il a réussi à redresser Nissan, au bord du gouffre quand il débarque en 1999. Son traitement de choc : "fermeture de 3 usines, départ de 21000 salariés (sur 140000) et cession de plusieurs milliards d'actifs", rapporte L’Expansion.

Il est une star au Japon (et a son propre manga)

Malgré les méthodes radicales, sa réussite au Japon n'est pas passée inaperçue. Le "sauveur de Nissan", "Mister Fix-it", est devenu une véritable icone au pays du soleil levant, pourtant peu emprunt aux effusions envers les dirigeants étrangers. Carlos Ghosn y est un habitué des plateaux télé. 


Consécration suprême, un manga sur sa vie - de son enfance au Liban à ses réussites industrielles - parait en 2001. "L"histoire vraie de Ghosn-san", monsieur Ghosn en français, est l'histoire d'un héros des temps modernes où la cape rouge et le collant sont remplacés par le costume-cravate. 

Il aime (un peu trop) l'argent

L'homme de 64 ans est accusé d’avoir sous-évalué de moitié sa rémunération depuis 2011 pour tromper le fisc, soit 38,8 millions d'euros non déclarés. On le soupçonne aussi "de nombreuses autres malversations, telles que l'utilisation de biens de l'entreprise à des fins personnelles", a indiqué Nissan lundi. Et ce n'est pas la première fois que Carlos Ghosn joue avec le feu pour s'enrichir un peu plus. 


"Il est cupide. À la fin, ce n’est qu’une question d’argent", a ainsi déclaré un responsable de Nissan dans le quotidien Yomiuri. "Il demandait à ses subordonnés de remplir des objectifs difficiles, mais lui-même continuait à percevoir un salaire élevé même quand les activités de Nissan n’allaient pas si bien". Le dirigeant, de son côté, s'est toujours voulu très discret sur le montant de sa rémunération, que 'on estime toutefois à 15 millions d'euros annuels.

La France, actionnaire de Renault, a plusieurs fois tenté de s'opposer aux hausses conséquentes de son salaire. Pour autoriser sa reconduction pour 4 années supplémentaires à la tête de Renault en février 2018, le gouvernement français avait poussé Carlos Ghosn à revoir ses revenus à la baisse, notamment après qu'il soit passé en force en 2016 en augmentant ses rémunérations contre l'avis de ses actionnaires.


D'autres "affaires" peuvent être évoquées. En 2017, Reuters dévoilait notamment un montage financier qui permettait "de verser des millions d’euros de bonus annuels supplémentaires au PDG Carlos Ghosn et à d’autres dirigeants via une société de service créée spécialement pour l’occasion".


France Inter rapporte également une enquête du syndicat Force ouvrière chez Renault menée sur des flux financiers entre le siège français et les filiales du groupe a l'étranger "qui transitaient via une curieuse société, la Société financière et foncière, banque d'affaires dotée de 106 millions d’euros au moment de sa dissolution en 2009, sans information des actionnaires". Encore plus étrange, ces actifs auraient été transférés "sur une plateforme virtuelle située en Suisse" et non sur les comptes de l'entreprise.

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Carlos Ghosn : l’ex-patron de Renault rattrapé par les affaires

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