A-t-on battu des records en matière d'immigration, comme l'affirme Jordan Bardella ?

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À LA LOUPE - Le député européen du rassemblement National a taclé le gouvernement ce 13 mai sur Europe 1, l'accusant d'être "champion national de l'immigration" et de battre "tous les records". Que disent les chiffres ?

"Ce gouvernement est le champion national de l’immigration : il a battu tous les records !", s'est emporté Jordan Barnella, ce 13 juin au micro de Europe 1. Pour preuve, il évoque les "chiffres des demandes d'asile", communiqués cette semaine par l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides). Qu'en est-il ?


Depuis 2015 et l'explosion du nombre de migrants en Europe, les demandes d'asile enregistrent effectivement des niveaux records en France. Selon l'Ofpra, cette hausse est "le reflet de situations de guerres ou violences généralisées", en Afghanistan, Syrie, ou encore en Irak. 

Comme le révèle le graphique ci-dessous, les "pics" de demandes, observés en 1989 et en 2004, sont largement dépassés. En 2015, on enregistre 80.075 demandes, la barre des 100.000 est franchie en 2017  avec 100.755 demandes mineurs inclus, jusqu'à atteindre 123.625 demandes  d'asile en 2018, soit une augmentation de 22,7 % par rapport à l’année précédente. 


Toutefois, il convient de noter que demander l'asile ne revient pas à une obtention du statut réfugié. Encore faut-il que l'Ofpra valide le dossier de ces migrants. Pour obtenir la protection internationale, il faut justifier d'une discrimination dans son pays d'origine "du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques" ou encore "en raison de son action en faveur de la liberté". Le réfugié peut enfin craindre pour sa vie "en raison d’une violence généralisée résultant d’une situation de conflit armé interne ou international". 

Pour l'année 2018, seuls 26,6% des cas étudiés par l'Ofpra ont donné lieu à ce statut. Un taux qui atteint les 35,9% après intervention de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), qui est saisie par 9 déboutés sur 10. Si en nombre, cela représente là encore un record avec 46.700 personnes, proportionnellement, seul un tiers des demandes est validé. Un chiffre stable ces dernières années (31,5% en 2015, 38,1% en 2016 et 36% en 2017).


Cela n'a pas toujours été ainsi : jusqu'au début des années 80, ce taux d'admission global avoisinait plutôt les 80%. Ce n'est qu'avec la première crise de l'asile qu'il s'effondre. Comme on le distingue ci-dessous, le nombre de rejets dépasse celui des admissions à partir de 1985, un cas de figure qui n'a pas changé depuis.

La proportion d'admissions est cependant loin d'atteindre aujourd'hui son plus bas niveau. On compte plus de 70.000 rejets en 1990, après la chute du mur de Berlin et le début de la guerre en ex-Yougoslavie. A l'époque, le nombre de demandes avait explosé et avait dépassé les 80.000, soit le niveau de 2015. Le taux de protection n'était alors que de 15,4%.

L'eurodéputé RN n'est pas le seul à regretter la situation actuelle. Le gouvernement lui-même souhaite y mettre un terme.  Lors de son discours de politique générale, Edouard Philippe soulignait une situation atypique de la France dans le paysage européen : "Cette réalité, c’est un nombre de demandeurs d’asile qui a baissé de 10% en Europe l’année dernière, mais qui continue d’augmenter en France de 22%. Si nous voulons bien accueillir et bien intégrer ceux qui rejoignent notre pays, nous devons maîtriser ces flux migratoires".


Selon Eurostat, sur l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne, 580.800 primo-demandeurs d'asile ont introduit une demande de protection internationale en 2018, un chiffre en baisse de 11% par rapport à 2017. Si le nombre reste impressionnant, il faut le relativiser : cela représente 1 133 nouveaux demandeurs d'asile par million d'habitants. Du côté de la France, le nombre de primo-demandeurs a augmenté de 25,1% (92.338 demandes). Les 22% évoqués représentent en réalité la hausse de l'ensemble des demandeurs d'asile (primo-demandeurs ou non), migrants compris.

Dernier point : si l'on parle d'immigration, le nombre de réfugiés reste une infime part des immigrés accueillis en France. Selon des chiffres provisoires, publiés par le ministère de l'Intérieur en janvier dernier, les titres de séjour accordés pour raisons humanitaires ne représentaient que 13% des nouveaux arrivants en 2018. Les immigrés entrent toujours en France majoritairement pour raisons familiales ou dans le cadre de leurs études.

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