Interpellation musclée au "Bœuf Blanc" à Dijon : désinformation des Gilets jaunes, violences policières... que s'est-il passé ?

Interpellation musclée au "Bœuf Blanc" à Dijon : désinformation des Gilets jaunes, violences policières... que s'est-il passé ?

A LA LOUPE - Une vidéo virale montre une intervention de la Police nationale dans le restaurant "Le Bœuf Blanc", à Dijon le 30 mars en marge d'une manifestation des Gilets jaunes. Alors que les policiers devaient interpeller un individu dans l'établissement, plusieurs personnes - dont la gérante du restaurant et son amie - ont été blessées. LCI a pu s'entretenir avec elles et avec des témoins de la scène. D'après nos informations, deux plaintes ont été déposées.

La vidéo documente une altercation entre des agents de la Police nationale et un groupe de personnes rassemblées à l’intérieur et autour du restaurant “Le Bœuf Blanc" à Dijon, le samedi 30 mars. Vers 18h30, après une journée calme pour "l'acte 20" des Gilets jaunes, des street médics - ces volontaires prodiguant les premiers soins aux blessés lors des manifestations -  et des passants ont assisté à une interpellation dans le restaurant, qui a dégénéré en quelques secondes.

La vidéo est devenue virale lorsque le compte "Street Medic France" l'a publiée sur son compte Twitter. Avec en légende : "#Acte20 Rafle dans le restaurant le Bœuf Blanc (tabassage/interpellation) à #Dijon. Résultat des radios : côtes cassées, doigts cassés, une épaule cassée. Toutes des femmes. Pour rappel ce restaurant est le QG des médics (accueil de blessés pour être soigner ect..) #GiletsJaunes".

Dans un second tweet, Street Medic France indique que la source est un compte Facebook. La légende de la vidéo source a été modifiée sept fois entre samedi 21h28 et dimanche 15h56, avec des informations fluctuantes. La dernière version intègre un : "[EDIT de dimanche] : Bonne nouvelle, il est confirmé que l'épaule n'est pas cassée. Les informations d'hier sont arrivées par bribes et dans la confusion nous avions cru que l'épaule était cassée."

Entre temps, le préfet de la Côte d’Or a réagi sur Twitter, en commençant son message par : "Assez de la désinformation et faux bilans médicaux démentis le lendemain pour attiser la vindicte des manifestants." Depuis, les internautes se montrent partagés au sujet de cette vidéo et des informations qui l’accompagnent.

Bilan médical ou déduction hâtive ?

Contacté par LCI pour comprendre le déroulé de l’événement, l’auteur de la vidéo - qui utilise un faux nom sur Facebook et qui tient à garder l’anonymat - est revenu sur ce qu’il appelle "une erreur" commise "dans l’urgence et sous le choc de ce qu’on venait de vivre (...), mais sans aucune mauvaise intention".

"J’ai été outré quand j’ai vu la réponse du préfet" nous explique-t-il par téléphone. "Ce n’était pas une volonté de ma part de désinformer. Sur le moment, j’ai fait avec les informations qui me parvenaient. J’ai entendu des amis dire que les filles étaient à l’hôpital et que c’était cassé, j’ai supposé que c’était le résultat des radios". Même s’il reconnaît "une déduction hâtive", il estime qu'elles ont été violentées et blessées. "Ce ne sont pas nos messages mais ce genre d’actes de la part de la police qui attise la haine !", continue-t-il.

L’auteur de la vidéo précise aussi qu’il filme tous les samedis les interventions des street médics avec sa Go-Pro "pour avoir des preuves, au cas où", mais qui, jusque-là, les avait toujours gardées pour lui. Celui qui n'a même pas de compte Twitter assure qu'il "en met une pour la première fois sur les réseaux sociaux, parce que là c’était quand même grave et qu’il fallait que ça circule. (...) Mais je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle soit autant diffusée."

L'emploi du mot "rafle" en légende, a également déclenché un début de polémique. A ce sujet, l'auteur de la vidéo comprend que le terme puisse être connoté et "[s]'excuse pour ceux qui cela a pu choquer", mais se défend avec la définition du mot : "Opération policière exécutée à l'improviste dans un lieu suspect, en vue d'appréhender les personnes qui s'y trouvent et de vérifier leur identité."

Que s'est-il passé et qui sont les blessés ?

Si les forces de l'ordre sont intervenues dans cet établissement présenté comme le QG des street médics, c'est, selon la préfecture, dans l'objectif d'"interpeller un individu soupçonné de violences". D'après une source judiciaire, ces violences auraient été commises sur des policiers plus tôt dans l'après-midi. 

Selon M.P., une membre des street médics qui était à l’extérieur du restaurant lors de l’arrivée de la police, "ils sont sortis de leur fourgon comme des fous et ont forcé le passage (...). On ne parle plus de charge là, cela s’est passé de façon tellement monstrueuse." La jeune femme explique qu’ils ont été plusieurs à essayer de leur bloquer l’entrée pour "limiter les dégâts et éviter le saccage du restaurant." Elle affirme avoir reçu des coups de bouclier. "Ils m’ont massacré le dos, je vais faire des radios ce lundi", témoigne-t-elle.  

Une amie de la patronne du restaurant, qui souhaite être désignée par V., nous a confirmé qu’elle avait la 7e côte fracturée, et qu’il lui avait été prescrit 5 jours d’arrêt et 15 jour d’ITT. "Ils sont rentrés avec perte et fracas, les clients ont eu peur, j’ai voulu les éloigner et comme je me trouvais dans le passage, je me suis pris de coups de matraque, ainsi que la gérante". Elle dit souffrir d’un "traumatisme psychologique". La gérante quant à elle, a de très fortes douleurs aux doigts. Elle a consulté un chirurgien ce lundi matin et en saura plus sur son état de santé jeudi.

Après le départ des policiers, ayant réussi à interpeller et évacuer la personne, une femme a fait un malaise et a été victime de convulsions dues à l’état de choc, selon le bilan des street médics. Elle a ensuite été prise en charge par les pompiers. Selon une source judiciaire, nous savons également que 3 policiers ont été blessés, avec respectivement 0 jours, 2 jours et 4 jours d'ITT. 

Intervention en règle ou intrusion dans un lieu privé ?

La version des Gilets jaunes /street médics et celle de la Préfecture s'opposent sur la légitimité de cette interpellation. Selon l'auteur de la vidéo, le "Bœuf Blanc" a refusé plusieurs fois l'entrée à la police ces dernières semaines. Le considérant comme leur QG, il explique en commentaire de sa vidéo que "cet espace est protégé par les street médics et beaucoup de manifestants empêchent les forces de l'ordre d'entrer dans ce lieu privé.” Toujours selon lui, l’interpellation de l’individu serait alors "un prétexte pour faire une action coup de poing dans ce lieu".

D'après la préfecture, "ce lieu était ouvert au public". Une affirmation soutenue par le procureur de Dijon, Eric Mathais. "Cette intervention était nécessaire et légitime, dans le cadre d'une enquête judiciaire en flagrance", décrit-il sur Twitter. "Elle s'est déroulée dans un lieu ouvert au public. L'interpellation aurait, du reste, aussi pu juridiquement avoir lieu dans un domicile privé." 

C’est au niveau de la communication qu’il y aurait eu un problème, selon les personnes témoins de la scène. Les trois témoignages des personnes sur place - l’auteur de la vidéo, la street médics et la proche de la patronne du restaurant - rapportent tous que les policiers n’auraient pas expliqué la situation, ni alerté sur leur motif d’entrée dans les lieux, à savoir procéder à une interpellation.

Pour l’auteur de la vidéo, "les policiers se sont engouffrés à l’intérieur, suivis de plusieurs personnes qui les retenaient parce que nos amies et nos femmes étaient dans le restaurant. C’était une réaction humaine de panique, c’est cette confusion qui a fait le plus de dégâts. S’ils avaient prévenus, on les aurait laissé passer." Concernant cette version de l'altercation, la Préfecture de la Côte d'Or n'a pas souhaité ajouter de commentaires à la réaction déjà faite par le directeur de cabinet sur Twitter.

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Quelles seront les suites ?

L’homme interpellé dans le restaurant, âgé de 18 ans, a comparu ce lundi lors d’une audience de comparution immédiate du tribunal de Dijon pour violences sur personnes dépositaires et usage de stupéfiants. Il a été condamné à 4 mois de prison avec sursis et obligation d'effectuer un travail d'intérêt général de 140 heures, ainsi qu'une peine complémentaire d'interdiction de participer à une manifestation pendant 1 an.

Une enquête judiciaire est en cours pour "violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique", à savoir les trois policiers blessés au sein du "Bœuf Blanc". Par ailleurs, deux plaintes contre X auraient été déposées ce lundi par V., la proche de la gérante du "Bœuf Blanc" ayant une côte cassée, et la patronne de l’établissement.

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