Urgences en grève : un syndicat de médecins porte plainte contre X pour "mise en danger de la vie d'autrui"

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JUSTICE - Le syndicat Jeunes Médecins a annoncé mercredi 5 juin qu'il avait déposé plainte contre X pour "mise en danger de la vie d'autrui" auprès du procureurde la République de Paris pour dénoncer la "situation alarmante" des urgences de l'hôpital de Lons-le-Saunier.

Trop, c'est trop. L'affaire se réglera devant la justice. Pour dénoncer la situation "alarmante" du service d'urgences de Lons-le-Saunier. Le service, "à bout" selon les témoignages recueillis par LCI, est touché par une grève sans précédent et une recrudescence des arrêts maladies de ses soignants. Des personnels en moins donc, qui ont conduit le préfet à réquisitionner  des personnels, pour pallier le manque d'effectifs, le 28 mai dernier. 

"Le personnel est à bout de souffle. Vraiment."

Pour le syndicat Jeunes Médecins, la situation n'est plus tenable : il a déposé une plainte contre X pour "mise en danger de la vie d'autrui", auprès du procureur de la République. Les "tensions" évoquées dans la presse ces derniers jours par des soignants du service, en manque d'effectifs, "semblent tout d'abord mettre en péril les usagers, mais aussi les professionnels de santé, dont des jeunes professionnels encore en formation", indique le syndicat dans un communiqué.

Consultée par l'AFP, la plainte pointe l'"attitude" potentiellement "critiquable" des autorités (préfecture, agence régionale de santé et direction du centre hospitalier) et une possible "mise en danger" des patients et des praticiens. En cause, le maintien "insensé" de deux événements sportifs (la traversée du Jura à vélo et une course de moto-cross) "à fort potentiel accidentel", c'est-à-dire susceptibles de provoquer un afflux de patients aux urgences, pourtant déjà victimes d'une "situation catastrophique".

Joint par LCI, le porte-parole du syndicat a expliqué que cette plainte avait été déposée pour interpeller le gouvernement et obtenir des réponses face à la situation de Lons-le-Saunier. "Le personnel est à bout de souffle. Vraiment. Ils ont les yeux rouges et sont à deux doigts de craquer de nouveau. Ils tiennent à peine debout. Certains membres du personnels ont été amenés par la police.  L'un d'entre eux est réquisitionné pour 4 nuits supplémentaires. Il a déjà travaillé 2 nuits dans ces conditions. Ce soir, il ne se sent pas capable de continuer. Il est rentré chez lui en sachant que refuser une réquisition peut conduire a des sanctions pénales. Les médecins sont complètement dépassés", disait même une interne dans un témoignage que LCI s'est procuré.

En se mettant en arrêt maladie, ces soignants protègent les patientsEmmanuel Loeb, porte-parole de Jeunes Médecins

Et la tension est encore montée d'un cran, ces dernières heures, lorsqu'Agnès Buzyn a qualifié de "dévoiement" des arrêts maladie, le mode d'action choisi par les urgentistes de Lariboisière à Paris. Les propos de la ministre de la Santé sont extrêmement mal vécus du côté du syndicat Jeunes Médecins : "On n'a jamais vu un ministre de l'Intérieur dénoncer l’attitude des policiers. Il y a une volonté de stigmatiser les soignants et de monter la population contre eux", estime Emmanuel Loeb, porte-parole de ce collectif auprès de LCI. "On peut s’interroger sur le fait qu’une ministre de la Santé, elle-même médecin, et qui sait à quel point nous sommes investis, peut insinuer que les soignants ne seraient pas professionnels. En tant que ministre, elle connait la situation (...) En se mettant en arrêt maladie, ces soignants protègent les patients", dit-il. 

Et de pointer du doigt l'état dans lequel se trouvent certains soignants. "Au niveau hospitalier, les soignants font autant que possible pour garantir une qualité de soins aux patients mais on a trop tiré sur la corde. On constate chez certains des symptômes d'épuisement et de souffrance au travail qui ne sont pas pris en compte. Cela a des répercussions physiques et psychiques", poursuit le praticien. Selon une étude réalisée par le Dr Yves Léopold, publiée en 2008 dans la revue

de formation médicale Le concours médical, les médecins ont un risque de suicide 2,3 fois plus élevé que les autres professions. De son côté, l'Ordre des médecins a demandé mercredi 5 juin "l'organisation d'une concertation d'urgence". La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, serait "disponible pour recevoir" les urgentistes, selon la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye.

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