À Rungis, des Gilets jaunes moins nombreux mais toujours déterminés

Social
REPORTAGE - Les Gilets jaunes étaient une quinzaine à se retrouver devant le marché de Rungis, mardi soir. Pas suffisant pour bloquer des camions, comme la veille, mais assez pour se motiver en vue de la manifestation de samedi dans la capitale.

Comme d’habitude, ils se sont donné rendez-vous sur le groupe Facebook des Gilets jaunes du 94. Mardi soir, une quinzaine de manifestants se sont retrouvés à l'une des entrées du marché national de Rungis (Seine-et-Marne) pour tenter de bloquer en partie ce poumon économique de la France. La veille, ils étaient 80, et sont parvenus à bloquer une cinquantaine de camions à une entrée du site avant d’être délogés.


Rémi, 26 ans, est le premier sur les lieux. "Il devrait y avoir des gilets jaunes du 91 ce soir", explique-t-il au milieu de ce paysage d'entrepôts et de lacets d'autoroutes plongé dans la nuit. Vendeur dans un magasin de surgelés à Paris, il veut continuer le mouvement et compte sur "une montée en puissance d'ici le 10 décembre", date à laquelle il espère un blocage des "pôles économiques" du pays, dont Rungis.

La lutte continue

"On n'est pas un bunker, tout le monde peut venir", lance-t-il, envisageant une convergence des luttes avec "les lycéens, le comité Adama", avec qui il dit être en contact, ou encore avec les routiers, après que les fédérations CGT et FO transports ont annoncé une grève à partir de dimanche. "Mais il faut qu'ils viennent sans affiche, sans logo, sans banderole de leur syndicat, sinon ça va banaliser le mouvement".


Vers 23h, Rémi est progressivement rejoint par le reste du groupe, dont son frère Eric, qui administre la page des Gilets jaunes du 94. Celui-ci n'est pas sûr de pouvoir venir manifester samedi. Il travaille aussi dans la grande distribution, mais à Thiais, tout près d’ici. "Il faudrait que je pose un jour", regrette-t-il. 


Et les autres, sont-ils motivés ? Vu du groupe Facebook, "c’est mitigé", estime Eric. "Certains ont été satisfaits des annonces du gouvernement d’aujourd’hui, mais pour moi ils sont tombés dans le panneau. Je ne vois pas l’intérêt de recommencer ce mouvement dans 6 mois après la fin du moratoire sur la hausse des taxes."

Les Gilets jaunes veulent du pouvoir d'achat

Autour des deux frères, les membres du groupe enfilent leur gilet jaune. Tous ne seront pas tous disponibles pour défiler ce samedi dans la capitale, mais aucun d’entre eux n’a été convaincu par les mesures de l’exécutif. "Après son moratoire, ça va recommencer", lance Emilie, 31 ans. Au chômage, elle touche le RSA et raconte avoir "galéré" pour toucher la CMU. Elle a entendu une rumeur affirmant que ces deux aides allaient être supprimées mais, même après s’être vue expliquer que rien de ceci n’avait été annoncé, elle souhaite une poursuite du mouvement "pour le pouvoir d’achat".


Tout comme Laetitia, 26 ans, qui pour sa part ne pourra pas se rendre à la manifestation parisienne, car elle doit s’occuper de ses enfants à domicile. Elle espère cependant un samedi moins violent que le précédent car "pour l’instant, il y a eu de la casse mais aucun résultat".


De la casse, il n’y en aura pas ce soir là, en tout cas. La quinzaine de Gilets jaunes discute tranquillement sur le trottoir qui borde l’entrée du vaste complexe, sous les yeux d’une dizaine de policiers et d’agents de sécurité de Rungis. Tout le monde s’est résolu à passer une soirée tranquille.

"On réclame du pouvoir d’achat, et la réponse du gouvernement c’est de suspendre des augmentations de taxes qui n’ont pas encore eu lieu !", tonne Cédric, 35 ans. Au chômage depuis 2 mois après 3 ans dans le transport, il a défilé "tous les samedis" depuis le début du mouvement, et ne compte pas manquer le prochain. Après le dernier rassemblement parisien, dans lequel il a «  vu des grands-pères monter des barricades », Cédric se refuse à "condamner toutes les violences".


"Qu’on arrête avec les casseurs. Les casseurs, ce sont aussi des gilets jaunes comme tout le monde", abonde Manu, 27 ans. Ce commerçant peu avare de blagues participe à l’ambiance bon-enfant du rassemblement, grâce à son enceinte qui diffuse du rap US. Lui ne pourra pas être présent samedi mais, comme les autres absents, il soutient ses camarades. Méfiant envers les médias, il estime que "désormais, grâce à internet, on sait comment les choses se passent, contrairement à la génération de nos parents, à qui on pouvait dire n’importe quoi". Peu avant minuit, il se décide à rentrer chez lui. La moitié du groupe fait de même et les autres ne tardent pas. Une heure plus tard, un nouvel événement est déjà créé sur le groupe Facebook des Gilets jaunes du 94 pour le blocage de Rungis le 10 décembre.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

La colère des Gilets jaunes

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter