Gilets jaunes : pourquoi ce 18e samedi est plus violent que les précédents

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MANIFESTATION - Depuis la mi-février, les Gilets jaunes des groupes Facebook s'organisent pour un "acte 18", samedi 16 mars, intitulé "ultimatum". En plus de demander un regain de la mobilisation, certains espèrent aussi l'arrêt du pacifisme. Dans la capitale, les affrontements ont d'ailleurs commencé beaucoup plus tôt que les samedis précédents.

"Nous lançons un ultimatum au président Macron." L’événement prévu ce samedi 16 mars est au cœur de toutes les discussions sur les groupes Facebook de Gilets jaunes. Prévu depuis près d’un mois, cet "acte 18" a pour objectif de remobiliser les troupes. Avec la possibilité de voir resurgir des scènes de violences. 


Car le week-end dernier été vécu comme un fiasco par beaucoup. Prévu, lui aussi, depuis la mi-février, il a été marqué par une baisse de la mobilisation. Le ministère de l'Intérieur a comptabilisé 28.600 Gilets jaunes en France. En comparaison, ils étaient 39.300 dans la rue la semaine précédente à la même heure. 


Le "Nombre jaune", une méthode de recensement de la mobilisation créée en réponse aux chiffres de l'Intérieur, contestés par les Gilets jaunes, a lui aussi observé une baisse. Avec 90.000 personnes dans la rue, ce sont 6.400 de moins que le samedi précédent. Parmi les causes de cet échec, un "sit-in" prévu sur le Champ-de-Mars qui n’a jamais vu le jour à cause de l’intervention des forces de l’ordre. 

Un regain de mobilisation…

Dans les rangs, tous les espoirs se concentrent dorénavant sur la date du 16 mars. Pour Éric Drouet, qui l’a annoncée il y a près de quatre semaines, ça ne fait aucun doute : "Ça va être une date très, très importante". Dès le 4 mars, il estimait dans un direct sur YouTube que cet "acte 18" serait l’un des "plus important depuis le 17 novembre". Et promettait une longue mobilisation : "Ça ne va pas être un samedi où on va rentrer chez nous à 17h, 18h ou même 20h."

Encore une fois, celui qui est à l’origine du premier "acte" est arrivé à motiver les troupes. Alors, depuis un peu moins d’un mois, sur les groupes de Gilets jaunes, on s’organise. Des covoiturages sont prévus par région, des consignes sont données pour éviter d’être "bloqué" par les forces de l’ordre, notamment en évitant "les signes distinctifs". Sont même programmés des hébergements dans la capitale. Le groupe "Covoiturage et hébergement Gilet jaune"sur Facebook n’a jamais été aussi actif depuis le début de l’année. Les initiatives locales proposant de se rejoindre à Paris ce sont donc multipliées, avec des événements tels que "La grande Normandie descend à PARIS", "Strasbourg monte à Paris" ou encore l'Aquitaine, bastion de la colère, qui "envahit Paris !"

... et de la violence?

Si redonner du souffle à la mobilisation est le principal objectif dans les groupes Facebook, il s’accompagne d’un réveil de la violence. Depuis près de deux semaines, la page "Cerveaux non disponibles", qui fait partie des organisateurs du 18e "acte" sur Facebook, partage des clips galvanisants. Et massivement partagés. Dignes de bande-annonces hollywoodiennes, ils sont visualisés des dizaines de milliers de fois. 


L’une des vidéos, intitulée "appel à tous les citoyens", a été partagée par Éric Drouet, Priscillia Ludosky et Maxime Nicolle. Elle condense des extraits de mobilisations passées et estime qu'"après avoir manifesté dans toutes les villes de France", Paris "appelle" les Gilets jaunes. Mais la plus populaire reste celle postée ce jeudi. Et partagée plus de 35.000 fois. Elle peut paraître insolite à première vue, utilisant en bande-son la chanson "Résiste" de France Gall. Mais elle permet clairement d’alimenter une certaine agressivité. Débutant avec des images de Gilets jaunes appelant à s’unir "en masse", elle montre ensuite le ministre de l’Intérieur et des violences policières. Avant que n’arrivent des images de guérillas urbaines : des manifestants qui bousculent des forces de l’ordre sous l’Arc de Triomphe, Christophe Dettinger, l’ancien boxeur, qui frappe un gendarme, ou la porte du ministère de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, détruite. 

Mais ces vidéos ne sont pas les seules porteuses d’un message à double tranchant. Dans plusieurs directs, Maxime Nicolle partage son ras-le-bol. Et s’il se défend à de nombreuses reprises d'appeler à la violence, dans un "live" Facebook publié dimanche dans la nuit, il promet notamment aux représentants de l'Etat, qu'"ils subiront les conséquences de dix-sept semaines de foutage de gueule", lâche-t-il ainsi. 


Cette figure des Gilets jaunes estime que "pendant des semaines" il a tenté de faire comprendre à ses compagnons de lutte que "le pacifisme c’était important de le garder et qu’il fallait écouter". Mais face à un gouvernement qu’il estime mutique, il déclare désormais : "Pour l’acte 18, ils ont deux solutions : soit ils écoutent, soit c’est de leur faute si ça part en couille." Interrogé en plein direct sur cet appel à la violence, il répond que ce n’est "absolument pas le cas". 

C’est donc sans surprise que les commentaires demandant l’arrêt du pacifisme se sont multipliés cette semaine. "On élève le niveau, on bouscule le monde" publie un internaute, quand un autre demande un "16 mars offensif". Sur Facebook, un Gilet jaune tente même de prouver dans une publication pourquoi il faut désormais "faire la différence entre casser et avancer avec force et honneur". Terminant son message par : "À vous de voir … Moutons ou lions ?" Un "acte" charnière, qui fait même peur à certains internautes... sans pour autant les pousser à prendre la fuite. Une Gilet jaune écrit, fataliste: "Je viens d’Alsace avec une amie. Mortes de trouille, mais on vient."

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