Agressions homophobes à répétition : "On imagine souvent que l’on sera mal reçu dans un commissariat"

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HOMOPHOBIE - Face aux actes homophobes qui font l’actualité depuis quelques mois, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures pour améliorer la prise en charge des victimes. Les associations craignent un simple élan de communication. Pour le président de l’association Flag !, qui regroupe des policiers et gendarmes LGBT, "les choses évoluent, doucement, mais elles évoluent".

Comment endiguer les actes homophobes et anti-LGBT + ? Comment aider les victimes à porter plainte ? Et former les policiers dans les commissariats ?  Trois ministres du gouvernement  ont annoncé mardi soir une série de mesures. Parmi celles ci :  la possibilité de déposer plainte en ligne, "l’amélioration de la formation des magistrats" et la mise en place d’un personnel référent LGBT dans les commissariats et unités de gendarmerie. "Des mesures qui vont dans le bon sens mais seront insuffisantes", analyse Joel Deumier, le président de SOS Homophobie. "Nous sommes dans une situation grave avec une infraction tous les trois jours. Il y a une colère des personnes LGBT qui ne peuvent pas vivre sans crainte des insultes."

Les formations existent déjà mais pas partout...

De fait, parmi les associations , ces mesures annoncées ont suscité à la fois la satisfaction mais aussi de nouvelles questions. Ainsi,  des formations de sensibilisation existent déjà. Depuis 2013, l’association Flag !, qui regroupe des policiers et gendarmes LGBT, organise ainsi des sessions au sein des écoles de police et gendarmerie. Durant deux heures, ils questionnent ces futurs gardiens de la paix et militaires face à des situations concrètes. Lorsque nous rencontrons Mickaël Bucheron, président de l’association, il revient de Nîmes où il a dispensé ses conseils au sein de l’école de police. Il l’avoue lui-même : en ce sens, "les choses évoluent, doucement, mais elles évoluent". "Les personnels sont demandeurs et très curieux", ajoute-t-il. "Mais deux heures, c’est assez peu, finalement."

On imagine souvent que l’on sera mal reçu dans un commissariatMickaël Bucheron

"En avril dernier, on nous a annoncé des policiers référents dans les commissariats. Depuis, nous attendons leur mise en place", déplore Mickaël Bucheron, qui parle d'une mesure que l'association demandait il y a une quinzaine d’années mais qu'elle ne préconise plus désormais. Selon lui, la mise en place d'un tel dispositif n'aurait rien d'évident. "Ce sont des personnels qu’il faut choisir, former. Parfois, par manque de moyens humains, ils seront mis sur d’autres affaires... C’est pour cela que nous sommes finalement revenus sur cette idée."


Pour lui et les membres de l’association, il faudrait plutôt un service dédié à la communauté LGBT afin que les victimes d’actes LGBT-phobes soient rassurées lorsqu’elles viennent déposer plainte. Avec des professionnels formés, à l’écoute attentive et sensibilisés à la question des trans. Car les préjugés concernant la police et la gendarmerie ont la vie dure. "Dans l’imaginaire de la communauté, on imagine souvent que l’on sera mal reçu dans un commissariat, ou qu’il n’y aura pas de suivi. Certains préjugés demeurent et, parfois, ils se vérifient. Mais il faut dire que l’Institution n’est pas homophobe. Et cela passe par des campagnes de communication qui doivent expliquer que la loi protège face à ces actes", analyse le policier. Peut-être faudrait-il alors se tourner vers les Pays Bas, l’Australie et la Belgique qui ont déjà mis en place ces services dédiés, avec succès.

Mieux former les magistrats ?

Sauf que l'accueil des victimes n'est pas l'unique problème. Selon les derniers chiffres de l’ONDRP, sur 1026 plaintes déposées, seules 70 condamnations ont été prononcées. "Il faut absolument que nous améliorions ce rapport", a souligné Nicole Belloubet. Si les agresseurs ne sont pas toujours retrouvés, reste la question de la sensibilisation des magistrats à ces sujets. Un point sur lequel la Gardes des Sceaux est également revenue dans les locaux de SOS Homophobie : "Une circulaire devrait rappeler à tous les procureurs généraux l’importance de la lutte contre les discriminations ainsi que l’importance des pôles anti-discriminations dans les parquets." 


Interrogé sur le sujet en juillet dernier, le Premier Ministre avait rappelé que la Dilcrah était chargée d'actions de formation et de sensibilisation sur l'accueil des victimes au sein de l'Ecole nationale de la magistrature de même qu'au sein des écoles de police et de gendarmerie. Elle aussi favorable à une meilleure formation des magistrats, l’association Flag ! estime par ailleurs que la sensibilisation devrait s'étendre dans l’administration pénitentiaire, au sujet des personnes trans notamment.  Pour SOS Homophobie, les choses doivent aller encore plus loin avec une formation obligatoire des magistrats, policiers et enseignants qui sont en contact avec les victimes. "Ces formations ont lieu, mais nous demandons que cela soit contraignant et obligatoire, dès la formation initiale", explique Joel Deumier.

La crainte d'une explosion des actes homophobes avec les débats sur la PMA

Selon le dernier rapport de SOS Homophobie, qui s'appuie sur l'enquête annuelle "Cadre de vie et sécurité" de l'Insee, "seulement 4% des victimes d'insultes LGBTphobes déposent effectivement plainte". Un chiffre extrêmement bas qui s’explique par plusieurs facteurs, comme l'indiquait récemment le président de l'association, Joel Deumier, à LCI. "Les victimes minimisent les faits de violences homophobes, il y a un vrai travail de sensibilisation à faire. L’homophobie est intériorisée par les personnes LGBT. La police est de plus en plus formée mais il y a encore la croyance que la police n'est pas un endroit sûr pour déposer une plainte. Ce qui est faux car la police est plus attentive à ces questions."  


Pourtant, les plaintes sont essentielles pour la reconnaissance des victimes. "Même si on ne connait pas l’auteur, il faut déposer plainte", insiste Mickael Bucheron, ajoutant que les victimes doivent, en parallèle, se rendre dans les unités médico-judiciaires (UMJ) car les interruptions temporaires de travail (ITT) délivrées influeront sur la condamnation et les dommages et intérêts.

 

Toujours est-il que si le gouvernement semble prendre la mesure du problème, nombreuses sont les associations qui craignent un coup de communication et souhaitent que le calendrier s'accélère. "Les mots du président de la république sur Twitter sont un soutien fort à la communauté LGBT, mais ces mesures doivent être complétées", estime ainsi Joel Deumier qui réclame notamment une hausse des moyens aux associations, le lancement d'une campagne de sensibilisation contre l'homophobie et espère  la mise en place rapide des premières mesures annoncées par les ministres.


Car avec la perspective de l’ouverture des débats sur la procréation médicale assistée (PMA), qui devraient se poursuivre jusqu’en 2019, beaucoup craignent de revivre une nouvelle fois la déferlante de haine et d'homophobie vécue en 2013, au moment du mariage pour tous. Il y a cinq ans, les débats s’étaient en effet accompagnés d’une explosion significative des violences contre les LGBT+. 

  

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