"Alimentée par des robots", "illégale" ? Questions sur la cagnotte pour les forces de l'ordre

Social

Toute L'info sur

La colère des Gilets jaunes

EXPLICATIONS - La cagnotte en ligne pour aider les forces de l'ordre blessées lors des manifestations de gilets jaunes, a dépassé le million d'euros en deux jours. Un engouement qui suscite des suspicions sur les réseaux sociaux. Leetchi, l'hébergeur de la cagnotte, a démenti toute manipulation.

A chaque nouvel épisode de la crise des gilets jaunes son lot de théories du complot. La cagnotte pour les forces de l'ordre blessées lors des manifestations - lancée par le président LR de la région PACA Renaud Muselier - vient de dépasser le million d’euros de dons, 48 heures à peine après sa mise en ligne. Un montant tellement énorme qu'il en serait suspect pour certains internautes qui ont largement fait circuler leurs arguments sur les réseaux sociaux, évoquant même un piratage du site Leetchi, hébergeur de la cagnotte.

Des soupçons sur une activité trop régulière en pleine nuit

Ces soupçons ont été principalement alimentés par le site Yetiblog.org, qui a relaté plusieurs "étranges événements" ayant eu lieu dans la nuit de mercredi 9 à jeudi 10 janvier. Les faits : le montant de la cagnotte, censé se mettre à jour au fur et à mesure des dons, a continué de grimper avec la même régularité au fil des heures. Et ce, même en plein milieu de la nuit. En s’appuyant sur des captures d’écrans et des graphiques crées par des internautes, la page relève l’incohérence d’une telle régularité dans les dons, censés émaner de particuliers. Sur les réseaux sociaux, la thèse d’une cagnotte "piratée" , "artificielle" et "alimentée par des robots" commence à circuler.

Autre preuve selon les internautes à l'origine de la "théorie du robot" : l'installation sur Leetchi de l'outil de protection "Cloudflare", qui sert à sécuriser les sites pour éviter les cyber attaques, au petit matin. Mettant selon eux en évidence que la plateforme a bien été piraté les heures précédentes. Enfin, la multiplication de commentaires "identiques" sur la page de la cagnotte, a été pour certain, le signe d'une automatisation de l'activité, et donc de la présence de robots.

"Aucune contribution générée par des robots" selon Leetchi

Le directeur général de Leetchi, Benjamin Bianchet, a rejeté en bloc les accusations dont a fait l'objet la cagnotte :  "Il n'y a pas eu et nous n'avons jamais subi d'attaque de robots" a-t-il assuré au HuffingtonPost . Il a également insisté sur le fait que la plateforme de dons en ligne "n'accepte aucune contribution automatique générée par des robots".

Alors comment expliquer une telle augmentation du montant dans la nuit ? "Avant d'être affiché, chaque don fait l'objet d'un traitement automatisé afin notamment de garantir la sécurité informatique du donateur", a précisé Benjamin Bianchet au Huffington Post. "Dans la journée de mercredi, nous avons subi un ralentissement qui a freiné la validation et donc l'affichage en temps réel des sommes versées." Après avoir réglé le problème, "il y a eu un effet file d'attente et le rattrapage du retard accumulé s'est fait graduellement tout au long de la nuit. D'où cette impression de montants augmentant de manière automatique" a conclu le CEO de la plateforme. 

Autrement dit : un simple bug au niveau de l'affichage, dû selon le directeur de Leetchi à "l'exposition médiatique exceptionnelle" que connaissent les cagnottes depuis le début de la semaine. Concernant l'installation de l'outil Cloudflare, ce serait "non parce que nous répondions à une attaque mais parce que cet outil permet aussi d'accélérer l'affichage des pages", assure Benjamin Bianchet.

Enfin, les commentaires qui apparaissent en doublon, pourrait eux s'expliquer par un phénomène "humain" bien connu : lorsqu'un site est ralenti et que le temps de réponse est trop long, nous avons tendance à multiplier les clics, et recommencer les démarches au lieu d'attendre patiemment que cela se débloque... Ajoutant encore du trafic à gérer pour la plateforme.

Dès mercredi soir, Leetchi avait d'ailleurs posté un message sur Twitter pour signaler les ralentissements. Soit avant les "étranges" activités nocturnes de la plateforme. Mais malgré le démenti, les internautes ont continué à décrédibiliser la cagnotte. 

"Nous pouvons vous garantir qu’il n’y a eu aucun piratage", assure l'entourage de Renaud Muselier à LCI

Une vague de suspicion suffisante pour inquiéter le cabinet de Renaud Muselier, à l'initiative de la cagnotte. "Un conseiller du cabinet de monsieur Muselier a été dépêché ce mercredi matin chez Leetchi, pour faire le point", a confié l'entourage du Président de la Région PACA à LCI. "Il apparaît que la plateforme a été victime de son succès. Il y a eu énormément de dons qui se sont bousculés, ce qui a donné une impression de bug. Mais nous pouvons vous garantir qu’il n’y a eu aucun piratage" a ensuite affirmé notre source.

Voir aussi

Une cagnotte "illégale" ?

La cagnotte pour les forces de l'ordre, cible des gilets jaunes depuis son apparition, est également accusée par certains internautes d'être "illégale". Guillaume Champeau, juriste spécialisé dans le droit numérique, déconstruit cette allégation dans un thread Twitter : "Ceux qui disent ça se basent sur l'article 433-11 du code pénal qui punit de 10 ans de prison le fait de proposer "des dons (...) à une personne dépositaire de l'autorité publique (...), pour elle-même ou pour autrui" rappelle-t-il pour commencer.

"On pourrait déjà faire remarquer que les dons ne sont pas versés aux policiers et gendarmes dépositaires de l'autorité publique, mais à une Amicale. Mais surtout, l'article du code pénal ne s'arrête pas là. Pour être illégal, il faut que le don soit proposé : soit 1) pour qu'elle accomplisse ou s'abstienne d'accomplir, ou parce qu'elle a accompli ou s'est abstenue d'accomplir, un acte. Soit 2) pour qu'elle abuse, ou parce qu'elle a abusé, de son influence réelle ou supposée en vue de faire obtenir d'une autorité ou d'une administration publique des distinctions, des emplois, des marchés ou toute autre décision favorable." résume-t-il en citant le contenu de la loi. Avant de conclure : "Or la cagnotte ne vise ni à provoquer ou récompenser l'action policière, ni à faire du trafic d'influence. Il s'agit de permettre à l'Amicale d'apporter une aide aux policiers et gendarmes blessés dans le cadre de leurs actions."

C'est en effet ce qu'a annoncé par voie de communiqué de Presse l'Amicale de la Police Nationale , qui rappelle que leur association "consiste en un comité d'entraide et d'action sociale" et "se félicite que ces dons lui soient destinés, au profit des agents du Ministère de l'Intérieur". 

De nombreux tweets mettent également en avant l'article 59 du Décret n°95-654 du 9 mai 1995, fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale. Il interdit, en des termes simplifiés, de faire croire que l'on est un policier et de s'en approprier les avantages pour recueillir des dons. Et, pour les policiers, de demander à une personne tiers, de recueillir des dons pour la police.

Contacté sur Twitter par LCI, Guillaume Champeau a de nouveau démystifié l'usage de cet article : "Muselier ne s'est pas "prévalu d'une qualité de fonctionnaire actif de police" pour solliciter des dons (1ère hypothèse de l'article), ni semble-t-il n'a été mandaté par des policiers ou gendarmes pour le faire (2ème hypothèse). Cet article se serait appliqué si un policier lui-même avait appelé à donner, ou s'il avait demandé à un tiers à le faire." 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter