Après la blessure de Jérôme Rodrigues, les Gilets jaunes se remobilisent pour un "acte 12"

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La colère des Gilets jaunes

UNION - Alors que la vidéo de la blessure de Jérôme Rodrigues bat des records d'audience et que des messages de soutien affluent sur les groupes de Gilets jaunes, un "acte 12" est déjà prévu. Organisé depuis plusieurs semaines, il doit rendre "hommage aux victimes" du mouvement.

Séparés en trois cortèges dans la capitale pour l’acte 11, divisés par l’annonce d’une liste aux européennes, partagés entre Paris et les villes en région pour les manifestations... Depuis plusieurs semaines, le mouvement des Gilets jaunes se morcelle. Jusqu’à ce dimanche 27 janvier. La blessure de Jérôme Rodrigues, touché par un projectile venant des forces de l’ordre sur la place de la Bastille samedi, met désormais tout le monde d’accord. Si la séquence devrait remobiliser les troupes, elle risque aussi de les faire basculer dans la violence. 

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"L'impact"

Une blessure de plus, et sûrement de trop. La séquence, filmée en direct sur le profil Facebook de cette figure influente du mouvement, bat des records. Elle avait d’ores et déjà été visualisée 1.800.000 fois dimanche soir. Et devrait booster la mobilisation. Car Jérôme Rodrigues n’est pas n’importe qui. Et l’élan de soutien qu’il a provoqué aura forcément une forte portée sur les Gilets jaunes des groupes Facebook. Depuis 24 heures, les messages de soutien affluent. Les images le montrant dans le camion de pompier le poing levé, depuis son lit d’hôpital l’œil ensanglanté, ou accompagné de ses amis dans un fauteuil roulant, ont une forte portée symbolique.

Et, hasard du calendrier, cette blessure arrive une semaine avant la marche en "hommage aux victimes" du mouvement, organisée à Paris. Coïncidence rapidement relevée par Éric Drouet qui a partagé dans la soirée l'événement intitulé "Acte 12 : L’impact". Prévue à Daumesnil, dans le 12e arrondissement de la capitale, la manifestation a été déclarée. Dans sa publication, ce porte-voix du mouvement invite "tous les Gilets jaunes" à le rejoindre. 

Le trio historique se reforme

Un désir d’union autour de ce blessé qui avait été diffusé dans un communiqué du collectif "La France en colère!!!" On y lit : "Organisez-vous plus que jamais, laissez vos querelles de côtés." Suivi d’une phrase plus ambiguë appelant à un "soulèvement sans précédent ". Phrase sur laquelle le collectif est revenu ce mardi 29 janvier, demandant un "rassemblement pacifique". "Nous ne changeons absolument pas de cap, hormis que nous appelons à un rassemblement de plus en plus nombreux, plus fort et plus tenace."

 Car depuis quelques semaines, les membres du trio historique de la contestation étaient en froid. Priscillia Ludosky, à l’initiative de la première pétition sur les prix du carburant, Maxime Nicolle, dont le groupe Facebook est l’un des plus actifs et Éric Drouet, organisateur du premier "acte", ne manifestaient plus ensemble. Pire : la communication semblait avoir disparu entre eux, chacun partageant sa propre stratégie. 

Mais samedi soir, Priscillia Ludosky était avec la "bande" d’Éric Drouet. Dans un "live" depuis la brasserie, où des Gilets jaunes attendaient des nouvelles de Jérôme Rodrigues, la personne qui filmait a listé les personnes présentes, ajoutant un "eh oui, même Priscillia" lourd de sens. Maxime Nicolle, qui était à Bordeaux, a lui aussi fait savoir qu’il rejoindrait le cortège parisien en l'honneur de la victime du projectile provenant des forces de l’ordre. Interrogé à la sortie de l’Hôtel de Police, où il était entendu après avoir été interpellé, il a promis, avec un sourire, qu’il serait dans la capitale.

Un désir de vengeance

Lors de sa prise de parole samedi soir, le Breton a ajouté une petite phrase de la plus haute importance. "J’ai un ami qui s'appelle Jérôme Rodrigues qui a été atteint par une grenade de décenserclement (...) donc on essaye de rester quand même pacifique, mais on lâchera rien." 

Car ce Gilet jaune sait que l'image de la blessure de son compagnon de bataille, qui luttait contre la violence en marge des cortèges et était l'un des premiers à demander de déclarer les manifestations, provoque la colère dans les rangs. Sous la photo du visage ensanglanté de ce père d'une fille de 13 ans, un commentaire a été aimé plus de 2.800 fois : "Ils viennent de toucher l’homme le plus pacifique qu’il y avait. Vous venez de déclarer la guerre." Sur les groupes Facebook, ce personnage influent a changé de statut, certains le considérant déjà comme un "martyr", comme un "symbole".

Même constat d’une possible montée de la violence du côté de Ramous. Gilet jaune de la première heure, il est, comme son compagnon d’arme, connu dans les groupes pour ses "lives" depuis les cortèges parisiens. Ce matin, dans un direct visionné plus de 250.000 fois en quelques heures, il apparaît en larmes devant l’hôpital Cochin, où est hospitalisé Jérôme Rodrigues. Il partage d’abord sa tristesse, celle de "toute une famille". Avant d’accuser le gouvernement, pointant du doigt la caméra : "C’est votre boulot de faire régner l’ordre et la justice !" 

La tristesse laisse ensuite place à la colère. Ramous explique que, si lui restera pacifique, il est fatigué de réclamer le calme. "On a appelé à être pacifique depuis des semaines et des semaines. Maintenant nous ne parlerons plus, on n'a plus d’ordres à donner." Et d’ajouter que désormais, chacun réagira "comme il veut". "On vous[les membres du gouvernement] laissera vous démerder avec ce que vous avez créé. La haine des gens qui sont dehors, c’est vous qui l’avez créée."

Une position qui n’est pas celle de la victime elle-même. Depuis son lit d’hôpital, le quadragénaire à la barbe poivre et sel a rappelé qu’il était pacifiste et continuerait à l’être. Sa sœur a fait savoir au micro de LCI qu’il ne souhaitait pas que cette blessure "engendre une quelconque haine". Quant à savoir si ce message sera porté au sein du cortège parisien il est trop tôt pour le savoir. Cette figure du mouvement, a assuré : "Ce qui ne tue pas rend plus fort. Ils pourront me couper un bras, ils pourront me couper une jambe, je ne lâcherai pas." 

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