"C'est un enfer" : deux mois après les effondrements à Marseille, le parcours du combattant d'un sinistré

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Marseille sous le choc après l’effondrement de trois immeubles du centre-ville

LOGEMENT - Il y a un peu plus de deux mois, Maël Camberlain quittait précipitamment avec sa femme et leur enfant son appartement de la rue de Noailles. Deux jours après le drame, son immeuble sera démoli. Depuis, la famille alterne les séjours chez des amis ou des proches. Retour sur deux mois de galère.

"Depuis quelques jours, ils retravaillent sur notre immeuble, ils entrent et ils sortent… Mais nous ne sommes informés de rien, même en étant membre du syndic. Nous avons demandé les rapports d'expertise, sauf qu'ils ne communiquent rien." Plus de deux mois l'effondrement des immeubles de Noailles,  Maël Camberlain demeure sidéré devant la gestion de ce drame qui a coûté la vie à huit personnes. Un drame que cet ingénieur a vécu de près : avec sa femme et leur bébé de neuf mois, ils résidaient au 69 de la rue d'Aubagne, deux numéros plus haut. Un logement qu'ils ne reverront plus jamais, leur immeuble ayant été déconstruit deux jours après la chute des numéros 63 et 65.

"Nous sommes partis le matin du 5 novembre avec ma conjointe et notre bébé, et nous n'avons jamais pu revenir. Ils ont détruit notre appartement avec nos affaires dedans. Nous avons tout perdu. Nous n'avions pas de vêtements, à part ceux que nous portions sur nous ce jour-là. Seule notre fille avait un rechange puisqu'elle allait à la crèche", se souvient-il en ce début d'année. A la rue le jour du drame, Maël est relogé dans l'urgence à l'hôtel, comme l'ensemble des évacués. Après cinq jours, la famille est hébergée par des copains. Puis des collègues de travail, des proches, à nouveau des copains… "On vient enfin de nous proposer un logement temporaire", explique-t-il à LCI. Le premier succès d'un parcours du combattant. Car depuis le drame, son quotidien est devenu une bataille administrative. "C'est un enfer", concède-t-il.

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"Un manque d'engagement" de la mairie

"Notre immeuble a été considéré comme instable et risqué… sauf qu'on se demande s'il l'était vraiment, estime Maël. Dans l'arrêté, que nous avons eu seulement mi-décembre, il est mentionné seulement une expertise orale. Les documents ne sont pas clairs, nous n'avons aucun rapport d'expertise ou de travaux que nous exigeons depuis longtemps. Voilà où nous en sommes : les démarches avec les assurances, les services de contentieux… notre emprunt par exemple court toujours ! Nous voulons une suspension complète et non son report, qui signifie que nous payons les intérêts, ni une franchise qui signifie que tout est seulement décalé. Nous avons contacté le médiateur des crédits pour intervenir en notre faveur. Si cela ne marche pas, nous aurons recours à un courrier d'avocat…"

Au-delà des galères avec les assurances et les experts, ce père de famille de 35 ans se heurte à un autre obstacle : le "manque d'engagement" de la municipalité au quotidien : "C'est fou : ils veulent bien discuter avec les associations et les collectifs, mais de là à diffuser des compte-rendus de ces réunions… Ils nous font comprendre que c'est à nous de relayer les infos aux 1.900 personnes qui seraient délogées. D'ailleurs, nous ne savons pas combien nous sommes : eux-mêmes ne le savent pas. Il y a une confusion totale." Et ce délogé parmi tant d'autres de décrire une situation archaïque dans les services de la mairie : "La deuxième semaine, nous sommes retournés en mairie, où nous avons été reçus par trois dames autour d'une table. Nous leur avons fait la remarque : "Mais… vous êtes trois, pourquoi ne pas faire trois tables pour accueillir plus de monde en prenant chacune un ordinateur ? " Chaque fois que nous venions, il fallait repartir à zéro, il n'y avait même pas de dossier de suivi."

Depuis le drame, Maël a rejoint le Collectif du 5 novembre, qui s'est rapidement formé pour rassembler des habitants solidaire des victimes et des sinistrés. Il l'assure : certains d'entre eux sont dans une situation plus précaire que la sienne. "Il y a ceux qui restent à l'hôtel depuis deux mois, par exemple des personnes âgées. D'autres sont malades. Pui il y a des sans-papiers qui ont peur de faire pression sur la mairie et de se faire éjecter de leur hôtel." Celui qui a évité le drame de justesse en est convaincu : la prochaine étape est l'adoption d'une charte, défendue par le Collectif et qui devrait être signée par les pouvoirs publics pour sanctuariser et mettre en place des droits pour  les délogés actuels et à venir. Revenir à Noailles ? Il hésite. "On nous a proposé des logements tout proche, mais après réflexion nous avons préféré éviter de repasser devant tous les jours… Je sais pas."

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