Campements évacués au nord-est de Paris : que vont devenir les migrants ?

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ÉVACUATION - Une importante opération de démantèlement de deux camps de migrants situés dans le nord-est de Paris a été mise en oeuvre jeudi 7 novembre. En tout, ce sont 1606 personnes qui ont été évacuées, très tôt dans la matinée. Elles doivent être mises à l'abri dans des centres d'accueil et des gymnases aux quatre coins de l'Île-de-France.

C'est une évacuation d'une ampleur rare. Ce jeudi 7 novembre, 600 policiers étaient mobilisés pour évacuer deux camps de migrants du nord-est parisien. L'annonce de Christophe Castaner, mercredi lors de l'annonce du plan immigration du gouvernement, n'a pas traîné : il s'était engagé à évacuer les camps du nord-est parisien "avant la fin de l'année". Moins de vingt-quatre heures plus tard, Didier Lallement, préfet de police de Paris, a pris un arrêté d'évacuation pour ne pas "laisser une situation de danger de cette nature (...) Tout ça ne peut plus durer", a expliqué le préfet

Le campement de la Porte de la Chapelle démantelé, la préfecture d'Île-de-France a affirmé que la "colline du crack" le serait à son tour "avant Noël". Une information confirmée par le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, invité de France Info. "Là, il nous faut des places d'hébergement sanitaire parce qu'on a des situations toutes particulières", a-t-il précisé. "Ces situations particulières" sont liées à la porosité entre ce repère du trafic de drogues et les campements situés dans la zone. 

Combien de personnes ont-elles été évacuées ?

Entre 1500 et 3000 personnes exilées vivaient sous des tentes, aux abords du périphérique parisien, entre la Porte de la Chapelle, la ville de Saint-Denis et l'autoroute A1. Selon Guillaume Schers, directeur de l'urgence à France Terre d'Asile, ce jeudi 7 novembre, "il n'y a eu aucun refus de monter dans les bus". La grande majorité de ces personnes sont des hommes isolés et 281 personnes en famille. Ils viennent majoritairement d'Afghanistan, du Soudan et de l'Erythrée. 

Les évacuations ne concernent que les volontaires à une "mise à l'abri inconditionnelle". Les autres personnes ont été forcées de quitter les lieux par leurs propres moyens. 

Selon la Préfecture de police de Paris, plus de 1600 personnes ont ainsi été délogées de ces campements de fortune, installés aux abords du périphérique parisien.   Pour Guillaume Schers, "il est très difficile de faire une photographie de la situation administrative de ces personnes" mais il y a des tendances. "Il y a une majorité de primo-arrivants, sur ces campements avec de plus en plus de personnes en situation administrative dublinée ou anciennement dublinées", précise ce spécialiste. 

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Où seront logés les migrants ?

Les volontaires pour être "mis à l'abri" ont donc été transportés en bus, jusqu'à une quinzaines de gymnases et centres d'accueils répartis aux quatre coins de l'Île-de-France. Différentes sources expliquent que dans ces lieux, les personnes évacuées trouveront un point sanitaire, un point social ainsi qu'un point administratif géré par l'Office français de l'immigration. Pour l'heure, on sait que le gymnase de la ville de Vaujours, en Seine-Saint-Denis a été réquisitionné pour un mois. La ville de Villemomble a également été choisie pour mettre les personnes à l'abri. Selon nos informations, le gymnase Jean-Bouin, à Paris, a également été réquisitionné. 

Et après ?

Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur, a promis sur France Info que "chaque cas sera[it] étudié personnellement". "Il y a des hommes et des femmes qui sont en parcours de demande d’asile. On a des places dédiées pour cela, que nous avons doublées en France depuis 2015. Elles seront plus de 100.000 sur les différents dispositifs d’ici la fin de l’année, on a aujourd’hui une volonté forte de mettre à l’abri et de mieux accompagner celles et ceux qui sont en demande d’asile", a déclaré le ministre. Une fois identifiées comme demandeurs d'asile, réfugiés, dublinés ou déboutés, les personnes seront réparties dans différents centres d'hébergement et ce, de façon "pérenne", selon France Terre d'Asile.

Reste que "de nombreuses personnes font des allers-retours entre le centre d'hébergement et la rue. D'autres refusent d'être hébergées, en raison de l'éloignement des hébergements éloignés des administration et de fait, retournent à la rue", explique Guillaume Schers. Et de constater que "depuis plus d’un an et demi, on a des personnes qui préfèrent être dans les campements,  se "sdfisent". C’est un phénomène nouveau et le système a fabriqué des migrants SDF. Cela concerne peu de monde mais ça existe et ce phénomène peut grossir", dit-il.

Malgré la crainte de certaines associations de défense des migrants que l'opération ne se transforme en vaste coup de filet avec des placements en détention, il a été "garanti qu'il n'y aurait pas de placement en centre de rétention, suite à ces mises à l'abri". 

Comment éviter la reformation de ces campements ?

Pour Anne Hidalgo, le scepticisme est de rigueur. "Chaque fois on nous a dit : 'ça ne se reproduira plus'", souligne la maire de Paris. Présente au moment de l'évacuation, elle a précisé qu'il s'agissait de la 59e mise à l'abri depuis l'été 2015, au plus fort de l'afflux de réfugiés. "Il est clair pour que cela ne se reproduise plus, il faut un dispositif d'accueil adapté et digne", réclame-t-elle.

Alors pour éviter que de nouveaux campements se forment, des forces mobiles devraient "tourner 24 heures sur 24 sur place", pour effectuer des contrôles d'identité et "placer en centre de rétention s'il le faut". Le tout accompagné d'un "dispositif de vidéo-patrouilles, avec notamment quelques caméras tactiques spécifiquement prévues pour cette action". Cela sera-t-il suffisant ? Pas sûr. Pierre Henry, directeur de l'association France Terre d'asile, qui opère les comptages sur ces camps, pense plutôt qu'il faudrait "mettre des moyens" et avoir "une capacité d'hébergement". "Sans dispositif pensé nationalement", craint-il, "ça recommencera".

Les gymnases réquisitionnés font grincer des dents

A Vaujours, l'agacement est de mise, ce jeudi, après la réquisition du complexe sportif de la ville. Une centaine de migrants seront accueillis pour une durée d'un mois dans le gymnase. La maire de la ville, Dominique Bailly indique au Parisien que la commune a "été prise de court". "On n'a pas pu s'organiser", dit-elle. La mairie annonce par ailleurs qu'"elle va demander des indemnités à la préfecture", pour les enfants ne pouvait pratiquer leur sport. Dans le 16e arrondissement de Paris, Claude Goasguen, maire de l'arrondissement ne cache pas non plus sa colère. Sur son blog, le maire en appelle même aux parents d'élèves, à exprimer leur mécontentement. 

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