Certains dorment depuis 3 jours à l'hôpital : avec la grève des transports, les personnels soignants au bord de l'épuisement

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La réforme des retraites d'Emmanuel Macron

HÔPITAL -Avec la grève dans les transports, des mesures d'urgence ont été mises en place dans les hôpitaux de Paris pour permettre aux personnels soignants de se rendre sur leur lieu de travail et, si besoin, d'y trouver un lit pour dormir sur place faute de RER ou de métro. Mais cette solution ne suffit pas.

Les difficultés s'accumulent. Alors que l'hôpital public connaît depuis plusieurs mois une crise majeure, le quotidien de certains personnels s'est encore compliqué un peu plus ces derniers jours. En cause : la grève contre la réforme des retraites qui paralyse les transports, en particulier en région parisienne.  

Dès le 28 novembre, les soignants avaient été informés des complications à venir, ainsi que des solutions mises en place pour tenter d'y remédier : covoiturages, transports collectifs alternatifs par bus, dépassements d'horaires non-facturés pour les crèches... Mais pas seulement. Pour ceux qui n'ont pas d'autre solution, 'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a même autorisé des hébergements temporaires dans des chambres d’hôpitaux de jour, des chambres de garde ou inoccupées.

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450 places d'hébergement leur ont ainsi été affectées : les lits des hôpitaux de semaine sont mis à disposition le week-end, tandis que ceux des hôpitaux de jours sont disponibles la nuit. Au total, 1200 membres du personnel de l'AP-HP les ont utilisés depuis le 4 décembre, veille du premier jour de grève, indique à l'AFP Éric Roussel, DRH du groupe Paris Centre (Cochin, Hôtel-Dieu, Broca, La Collégiale, Necker, Georges Pompidou, Corentin Celton). 

Des solutions qui ne règlent cependant pas tous les problèmes de logistique et d'organisation dans les services, déjà affectés par des manques de moyens, et ce alors même que le trafic s'annonce encore "très perturbé" à la SNCF comme à la RATP ces prochains jours. 

Hier, j'ai discuté avec une infirmière qui avait dormi trois jours de suite à l'hôpital, elle avait l'impression de ne jamais arrêter de travailler.- Professeur Michel Lejoyeux

Pour le professeur Michel Lejoyeux, président du syndicat des médecins des hôpitaux de Paris, la grève dans les transports affecte "considérablement" les personnels soignants. Et dans plusieurs domaines. Selon lui, si les solutions mises en place par l'AP-HP permettent de parer au plus pressé, celles-ci ne peuvent être pérennes. "C'est une logique de crise absolue", nous explique-t-il, insistant sur "l'épuisement" et "la perte de la réalité" qu'une telle situation engendre. Sans compter qu'à cette fatigue, s'ajoute "l'inquiétude quant à l'avenir de l'hôpital public", rappelle le professeur Lejoyeux. "Hier, j'ai discuté avec une infirmière qui avait dormi trois jours de suite à l'hôpital, elle avait l'impression de ne jamais arrêter de travailler."

"Les personnels sont les premières victimes de cette double peine"

"Nos infirmiers sont les moins bien payés d'Europe avec, de fait, une nécessité d'habiter loin de leur lieu de travail. Car avec 1500 euros, impossible d'habiter Paris", poursuit-il. "Les personnels sont les premières victimes de cette double peine : celles des salaires et, aujourd'hui,de  l'incapacité à accéder rapidement à leur lieu de travail, du fait des grèves."

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Il y a une désorganisation totale des rendez-vous de consultations- Professeur Michel Lejoyeux

"Il y a une désorganisation totale des rendez-vous de consultations, des annulations majeures, et d'autres en urgence sans rendez-vous. La consultation est une activité programmée, or, là, nous sommes dans un désordre permanent. Les gens prévus viennent de moins en moins et nous avons de plus en plus de situations imprévues. Cela ajoute de la désorganisation à une organisation déjà difficile. Les infirmières qui gèrent les consultations passent un temps fou à s'occuper des annulations et des demandes d'intervention en urgence."

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Et les interrogations demeurent. "Que vont devenir leurs demandes légitimes concernant leurs conditions de travail et les revalorisations salariales ? Et comment continuer à affronter, comme tout le monde, les difficultés des transports ? (...) Ce que je constate, c'est une augmentation de l'épuisement des personnels, de jour en jour (...) On est dans un climat d'extraordinaire insatisfaction collective, nourri par les difficultés quotidiennes."

Reste que malgré cet épuisement et cette inquiétude, le professeur Lejoyeux souligne l'"extraordinaire disponibilité et solidarité des équipes, comme on peut le voir dans tous les moments de crise". Et d'ajouter : "Avec toutes ces difficultés, tous ceux qui peuvent venir savent que la priorité de leur mission est d'être au service des patients. C'est d'ailleurs plus qu'une mission, c'est du dévouement."

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