Coronavirus et confinement : l'urgence de la prise en charge des sans-abri

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Coronavirus : la pandémie qui inquiète la planète

CORONAVIRUS - L'épidémie de Covid-19 touche toute la population. A l'heure des restrictions de déplacements et du confinement des Français, le sort des personnes vulnérables, sans-abri, face au virus, est une urgence pour tous les acteurs sociaux.

Comment rester chez soi quand on vit dans la rue ? Se laver les mains sans eau, se soigner sans matériel, appeler le Samu sans téléphone ? Emmanuel Macron a annoncé lundi de nouvelles mesures pour lutter contre la propagation du Covid-19, impliquant notamment le confinement de la population. Ce mercredi, la Rapporteuse spéciale de l'ONU sur le droit à un logement décent, Leilani Farha, a ainsi appelé les pays à "prendre des mesures extraordinaires" pour s'assurer que toutes les personnes disposent d'un abri pendant la pandémie.

L'experte en droits humains de l'ONU a ajouté que "le logement a rarement autant été une question de vie ou de mort, il est devenu la première ligne de défense face au coronavirus". Lors de son discours, le président français avait alors assuré que "pour les plus démunis", le gouvernement ferait en sorte "qu’ils puissent être nourris, protégés, que les services que nous leur devons soient assurés". Sur le terrain, la situation des sans-abri, des personnes précaires et des migrants, est devenue l’urgence numéro un pour les acteurs sociaux dans cette crise sanitaire.

La fin de la trêve hivernale reportée de deux mois

Leilani Farha a notamment confié être "profondément préoccupée par deux groupes de population : ceux qui vivent dans des centres d'hébergement d'urgence, dans des refuges pour sans-abri, et ceux qui sont confrontés à des difficultés économiques qui pourraient entraîner des arriérés de loyers et des expulsions". Préoccupation partagée par le gouvernement, qui a repoussé de deux mois la fin de la trêve hivernale, soit jusqu'au 31 mai. "C'était la première des urgences : anticiper et éviter des remises à la rue dans le contexte sanitaire actuel", explique le ministère de la Cohésion des territoires. "Concrètement, cela signifie que les 14.000 places exceptionnelles ouvertes cet hiver resteront ouvertes deux mois de plus et qu’il n’y aura pas d’expulsions locatives jusqu’à cette date", est-il précisé dans un communiqué.

Contacté par téléphone, le cabinet du ministre du Logement, Julien Denormandie, ajoute qu'en plus du rallongement de la trêve hivernale, une recherche active est actuellement en cours pour trouver des lieux désertés durant l'épidémie. L'objectif : "augmenter encore le nombre de places d'urgence, qui est de 157.000 aujourd'hui".

Les associations s'organisent avec des équipes réduites

Le ministère est formel : "Les structures d’hébergement doivent rester ouvertes afin de pouvoir continuer à héberger les personnes en situation de détresse". Etant ainsi "indispensables à la vie du pays", ces établissements ne sont pas concernées par la décision de fermeture des lieux recevant du public. "Dans le contexte actuel, leurs activités peuvent être cependant fortement perturbées", précise le communiqué.

En effet, pour l'heure, les associations en charge de ces centres doivent déjà réorganiser leurs effectifs. Seuls les sites proposant le gîte, la restauration et l'hygiène restent ouverts. Les autres services - comme les aides à la réinsertion, ou aux devoirs - sont temporairement suspendus. Les centres d'accueil de jour, où la promiscuité est trop importante pour respecter les consignes sanitaires de sécurité durant cette pandémie, ont également fermé pour la plupart. L'association Aurore, qui gère près de 250 lieux d'aides aux personnes précaires, explique que ces fermetures "ont permis de redéployer du personnel vers les sites les plus urgents". Une bonne stratégie pour compenser des équipes réduites. "Nous avons demandé à nos bénévoles de rester chez eux, et certains de nos employés sont maintenus à domicile, pour garder leurs enfants notamment. Il faut s'adapter", résume l'association. Un plan B a même été anticipé. Dans le cas où le personnel serait en sous-effectif sur le terrain, il sera demandé à l’ensemble des salariés en télétravail - de la communication ou de la comptabilité - de venir prêter main forte, sur la base du volontariat.

La Croix-Rouge, qui gère 1000 structures en France, explique ne pas encore avoir de vue d'ensemble sur leur organisation d'urgence. "Cela se met en place directement sur le terrain. La continuité des activités et les fermetures de sites se décident au cas par cas, notamment en fonction des demandes des Préfectures", développe l'association. "Cela dépend également de l'avancée de l'épidémie dans chaque région". Mais tous les sans-abri ne pouvant pas encore être accueillis, le cabinet de Julien Normandie insiste : "Il faut que les maraudes continuent". C'est précisément pour cette raison que le gouvernement a créé l'option "Déplacements pour l’assistance aux personnes vulnérables" sur l'attestation de sortie désormais obligatoire pour sortir de chez soi.

Des "centres de desserrements" pour accueillir les malades

Comme pour l’ensemble de la population, les personnes hébergées dans les centres d'urgence et présentant des symptômes sans sévérité doivent pouvoir être confinées, autant que possible dans la structure qui les accueille déjà, rappelle le gouvernement ce mercredi. Des mesures appliquées depuis déjà plusieurs jours dans les centres Aurore. "Dans nos centres, les personnes ont des hébergements personnels, on peut donc appliquer les mêmes consignes que pour tout le monde", décrit l'association, qui ajoute avoir "actuellement trois cas positifs de Covid-19, malades sans nécessité d'hospitalisation, dans des chambres individuelles".

Depuis la semaine dernière, chaque centre Aurore qui en avait la possibilité a aussi réservé des espaces isolés pour d'éventuels malades. Mais le gouvernement s'attend à observer rapidement un manque de ces espaces confinés. Il souhaite donc ouvrir "le plus rapidement possible" des établissements spécialisés pour accueillir les malades non graves du Covid-19, qui étaient sans hébergement.

Nous étudions encore la faisabilité du projet- Association Aurore

En coordination avec les Agences régionales de santé (ARS) et les préfectures, ces centres seront "gérées avec du personnel soignant" assure le cabinet de Denormandie. "L’accès à ces centres se fera sur avis médical. Les ARS mettront en place les mesures permettant une mobilisation adéquate des médecins, du personnel médical et de la réserve sanitaire pour assurer ces orientations et les éventuelles mesures de dépistage", complète le communiqué. Deux de ces centres dits de 'desserrements' doivent ouvrir à Paris d'ici la fin de la semaine, pour un total de 150 places. Ce déploiement va ensuite "s’accélérer dans le reste du territoire" dans les jours suivants. Plus de 80 sites auraient été pré-identifiés dans toute la France par les préfets et feraient déjà l’objet d’une analyse approfondie, pour un total de 2 875 places.

Les associations ne sont pas si catégoriques. "On a été sollicité pour un des centres parisiens par le ministère, mais on étudie encore la faisabilité du projet", tempère Aurore. "Il faut vérifier que tout soit au point sur le plan social et médical, il faut pouvoir mobiliser suffisamment de personnel. Il s'agit de ne pas faire prendre de risques ni à ces personnes ni à nos équipes, pour les soigner dans de bonnes conditions". La Croix Rouge, deuxième association approchée pour le dispositif selon le cabinet de Julien Denormandie, préfère même ne s’exprimer tant que les détails de leur création ne sont pas réglés.

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Si associations, autorités et collectivités travaillent donc sans relâche depuis des semaines, en anticipation du stade 3 de l’épidémie de Covid-19, il reste beaucoup à faire pour mettre les personnes déjà vulnérables à l’abri du virus. Dans une tribune cosignée dans Libération ce mercredi, plusieurs médecins et responsables d'associations assurent que les mesures du gouvernement, "certes utiles, ne sauraient suffire" pour protéger toute la population de l'épidémie. Selon eux, "il y a urgence" pour adapter "les recommandations préconisées, [qui] ne sont adaptées ni à la vie à la rue, ni aux demandeurs d’asile et sans-papiers, ni à ceux qui leur viennent en aide".

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