Coronavirus : "Que ça marche ou non, désinfecter les rues ne peut pas faire de mal"

Coronavirus : "Que ça marche ou non, désinfecter les rues ne peut pas faire de mal"
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GRAND NETTOYAGE – Juste avant ou après le début du confinement mi-mars, plusieurs communes de France ont choisi de désinfecter leurs rues dans le cadre du plan de lutte contre l’épidémie de coronavirus. Saisi par le ministère de la Santé le 26 mars, le Haut Conseil de la santé publique doit rendre dans les prochains jours un avis sur l’efficacité de cette mesure.

Les décisions ont en général été prises au cours de conseils municipaux ou de réunions, et elles n'ont pas tardé à être mises en oeuvre. "Nous n'avons pas attendu le confinement pour désinfecter les rues. Avant même le 17 mars, quand nous avons pris conscience de ce qu'il se passait, cette mesure nous a paru indispensable", insiste Amirouche Laïdi, adjoint au maire de Suresnes joint ce mercredi par LCI. Dans cette ville des Hauts-de-Seine, une partie des agents de la propreté s'affairent chaque jour, du lundi au samedi, à nettoyer les rues avec un produit spécial, mélangé à de l'eau. "C'est le produit que nous utilisons pour nettoyer les marchés alimentaires. Ça sent bon, et ça nettoie tout à fond. Merci de ne pas révéler son nom car il ne faudrait pas que l'entreprise soit en rupture", poursuit l'adjoint. 

Si Suresnes a été la première en France à désinfecter ses rues, beaucoup ont suivi par la suite. Nice, Cannes, Menton, Reims, Asnières-sur-Seine, Saint-Florent en Corse… Pourtant, l'efficacité de cette mesure pour lutter contre la propagation du Covid-19 n'est pas prouvée à cette heure. 

La Direction générale de la Santé (DGS), "dans son avis du 25 mars, a ainsi décrété que 'l’aspersion de Javel ou autre désinfectant est inutile tout en étant dangereuse pour l’environnement", explique dans un communiqué la métropole du Grand Nancy, qui a décidé de ne pas mettre en place la mesure. Interrogée mardi, la DGS dit avoir demandé au Haut Conseil de santé publique de réaliser une étude sur les pratiques déployées dans d'autres pays, puis d'indiquer si cette mesure était "opportune".

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"C'est rassurant pour les gens"

Claudy Olmeta, maire de Saint-Florent en Corse, a décidé de l'appliquer en fin de semaine dernière, sans attendre l'avis du Haut Conseil de la santé publique. "J'ai vu les images de Cannes et de Nice, les agents en combinaison, avec des masques et des gants, travailler dans de bonnes conditions d'hygiène et pour le bien des gens, j'ai trouvé ça très bien", explique l'édile à LCI. La décision prise en conseil municipal, "à distance" du fait du confinement, a été adoptée à l'unanimité. "Ici, tous les habitants sont contents et ce procédé les rassure, continue l'élu. Les rues sont désinfectées deux fois par semaine, avec de l'eau et de la javel. Que ça marche contre le Covid ou non, désinfecter les rues ne peut pas faire de mal". 

Concernant le coût de cette nouvelle mesure, le maire corse indique "que ça n'est démesuré", "que la santé n'a pas de prix" et qu'"il y a des priorités dans la vie". A Suresnes, Amirouche Laïdi indique lui que les agents sont de toute façon payés et qu'il ne faut compter que le "fameux" produit en plus sur la facture, produit dont le prix est selon lui "loin d'être exorbitant". 

Dati contre Hidalgo

Dans d'autres villes, la question se pose et divise.  A Paris, la candidate à la mairie Rachida Dati (LR) a également demandé à la Ville de ne pas "se priver d'une mesure simple et de bon sens".

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L'équipe en place de la maire Anne Hidalgo (PS), qui attend un "avis éclairé", pointe de son côté les "réserves de la part des scientifiques". La désinfection "peut être pertinente mais aussi avec des impacts sur l’environnement", estime pour sa part Toulouse Métropole. "N'est-il pas contre-productif d'utiliser des produits désinfectants qui sont des produits chimiques ?", s'interroge Laurent Hénart, le maire radical de Nancy.

A Bordeaux, la "piste de travail" avancée par Nicolas Florian (LR) a été "fortement déconseillée" par la préfecture, appuyée par l'ARS qui ne voit pas dans cette dispersion de "produits toxiques" une "nécessité de santé publique". Pour le maire EELV de Grenoble Eric Piolle, c'est non et la ville "se conformera aux préconisations de la DGS".

A la métropole de Lyon, on voudrait "une consigne nationale s'appuyant sur une base scientifique étayée", dit un porte-parole, pointant des produits "qui au mieux se retrouvent dans les stations d'épuration, au pire, dans les fleuves".

L'initiative "à ce jour nous paraît démesurée et inutile d'autant que les rues, avec le confinement, sont quasi vides", dit-il.

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