En grève illimitée, ces internes nous racontent leurs conditions de travail

En grève illimitée, ces internes nous racontent leurs conditions de travail
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MOUVEMENT SOCIAL - Depuis le 10 décembre dernier, les internes en médecine sont entrés en grève illimitée à l'appel de leur principal syndicat, l'Isni pour dénoncer une dégradation des soins et la situation des hôpitaux, lieux de leur formation. Dans le cortège, nous avons rencontré Gabriel et Pierre. Tous deux sont internes dans des établissements parisiens.

Ils sont l'un des maillages essentiels au fonctionnement des services dans les hôpitaux de France et ils ont pris part au cortège qui s’est élancé hier mardi 17 septembre, entre l’hôpital Lariboisière et la place de la République, pour dénoncer la politique d’austérité qui concerne l’hôpital public. Depuis le 10 décembre dernier, les internes dont le principal syndicat, l’Isni, sont entrés en grève illimitée pour dénoncer une dégradation des soins et la situation des hôpitaux, lieux de leur formation. Dans le cortège, nous avons rencontré Alexandre et Pierre. Tous deux sont internes dans des établissements parisiens. Âgés de 25 et 27 ans, la route est encore longue pour eux, avant la fin de leurs études. 

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S’ils étaient dans la rue le mardi 17 décembre, c’est par solidarité pour le Collectif Inter-Hôpitaux et pour dénoncer eux aussi, des conditions de travail difficiles où l’on estime parfois faire de la maltraitance envers les patients et où les cadences deviennent de plus en plus difficiles à tenir. "C'est inédit comme mouvement, on ne voit jamais les seniors et les chefs de service dans la rue", disent-ils. 

Pour Alexandre comme pour Pierre, les semaines sont longues, très longues. Souvent autour des 60 heures hebdomadaires. Leurs salaires ? 1400 euros. "Alors on fait des gardes de 24h payées 100 euros pour gonfler nos salaires", disent-ils. Reste qu'avec un salaire pareil, en région parisienne, la vie est tout de suite plus compliquée qu'en province. "Nos salaires sont les mêmes partout en France sauf qu'à Besançon, la vie est moins chère qu'à Paris", explique Alexandre. Alors ils vivent en colocation où dans la grande couronne parisienne, là où les loyers sont plus accessibles, rallongeant ainsi les temps de trajet, accumulant la fatigue. 

S'ils décrivent un enseignement de "grande qualité", tous deux reconnaissent que parfois, avec des semaines aussi chargées, "les cours ne sont pas toujours accessibles". Une difficulté soulevée récemment par le syndicat des internes qui pointait du doigt les dérives du temps de travail des internes et de la formation. "Les internes reprochent de devoir sacrifier leur formation pour faire fonctionner des établissements qui n’investissent et n’entretiennent plus depuis 10 ans", explique le syndicat. 

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Comme de nombreux personnels hospitaliers, ils décrivent un quotidien avec toujours plus de patients à soigner et de moins en moins de temps à leur consacrer. "On a le même problème que nos confrères : aucune structure pour accueillir les patients en aval des urgences", raconte Pierre. 

Encore en formation, la responsabilité que l’on fait parfois peser sur leurs épaules est lourde. "Le soir, on rentre chez nous, on se demande si on n’a pas oublié de prescrire un médicament ou si on a correctement traité le patient. Les seniors ne sont pas toujours là pour vérifier. Ce n’est pas facile à vivre. D’ailleurs, le taux de suicides chez nous est deux fois plus élevé qu’ailleurs", relèvent ces futurs médecins. 

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Lorsqu’ils ont commencé tous les deux, ils savaient que l’hôpital n’était pas un lieu facile, ils s’en sont accommodés. "On s'habitue au manque de moyens, mais on ne devrait pas avoir à gérer ça", explique Gabriel. Imaginaient-ils devoir faire face à de telles difficultés ? "Je ne m'attendais pas à ça", relève Pierre. "Encore que dans nos services, on est plutôt préservés comparés aux urgences, par exemple. Mais on est tous conscients que sans nous, les services ne pourraient pas fonctionner", poursuit-il. 

"Il faut se rendre compte qu'avec l'objectif national des dépenses d'assurance maladie (Ondam) misérable avec lequel on va devoir travailler, tout va devenir encore plus difficile", disent-ils. Jusqu'où sont-ils prêts à aller dans ce mouvement ? "C'est difficile à dire... On est en grève illimitée. On ne peut pas faire grand chose de plus".

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