Renvoyer ou non son enfant à l’école, le dilemme des parents

Renvoyer ou non son enfant à l’école, le dilemme des parents
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CASSE-TÊTE - A l'approche du 11 mai, pères et mères se retrouvent confrontés à une décision, plus ou moins difficile à prendre concernant le retour en classe, ou en crèche, de leur progéniture, basé sur le volontariat, et soumise à des contraintes sanitaires.

Alexandra et son mari ont fait marche arrière. Il y a une semaine, quand la direction de l’école leur a demandé s’ils souhaitaient que leur fille, en grande section de maternelle à Voisins-Le-Bretonneux, dans les Yvelines, retourne en classe dès le 12 mai, la réponse était "oui". 

"C’est une discussion qu’on a eue dès l’annonce d’une réouverture progressive des établissements scolaires, c’était assez clair pour nous deux, et on pensait tout simplement ne pas avoir le choix : la vie doit reprendre, puisqu’on retourne au travail tous les deux, à temps plein, il faut qu’Emma reprenne le chemin de l'école et que Jules retrouve sa nounou", raconte-t-elle, évoquant aussi le cas de son cadet de deux ans. Puis les grands-parents ont fait part de leur avis et, là, le doute s’est installé au sein du couple. 

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"On s'est imposé un confinement justement assez strict"

"Mes parents se sont proposés spontanément de garder les enfants jusqu’à la fin de l’année scolaire, ce que je n’aurais jamais osé leur demander dans ce contexte", explique celle qui a du convaincre son conjoint. "Il était plutôt contre cette option car c’était leur faire courir un risque. Je n’étais pas vraiment d’accord, car on s'est imposé un confinement justement assez strict pour protéger les grands-parents a la sortie du confinement", explique la trentenaire qui a fait le choix de privilégier des courses substantielles et le stockage pour n’avoir à se rendre au supermarché que trois fois depuis le 17 mars. 

Il a suffi d’un argument pour clore le débat : la médiatisation, la semaine dernière, de plusieurs cas suspects chez des enfants touchés par la maladie de Kawasaki, potentiellement liée au coronavirus. "Concernant le retour à l’école, on avait jusque-là plutôt la conscience tranquille puisqu’on nous répétait que les enfants ne couraient aucun risque mais l’infime possibilité que ça puisse ne pas être le cas, et dans des proportions graves, nous a mis le doute à tous." Ils ont finalement averti l'école et l'assistante maternelle que leurs enfants ne retrouveraient pas la collectivité pour le moment, prêts à prendre toutes les précautions qui en découlent.

"Les bons parents seraient ceux qui gardent leurs enfants à la maison"

Un tiraillement qu'éprouve aussi Rania. "J'ai le sentiment que si je remets mes enfants à la crèche et à l'école je suis une mauvaise mère car je ne me soucie pas de leur santé, un peu comme si je les envoyais en première ligne face au virus", lâche la Parisienne, pour résumer son état d’esprit. "En gros, les bons parents seraient ceux qui gardent leurs enfants à la maison pour les protéger". 

Alors, quand la crèche et l’école où sont inscrits son fils et sa fille lui ont précisé ne pas être certains de pouvoir ouvrir de nouveau, tout en soulignant que certains élèves seront prioritaires, elle a ressenti une forme de soulagement : "quelque part, ça m’arrange bien si ça ne rouvre pas, ça m’évite d’avoir à prendre une décision car je ne sais pas quoi faire ; oui la vie doit reprendre son cours mais, comme tout le monde, je ne suis pas rassurée". Le pire juge-t-elle, c’est d’avoir à " composer avec l’avis de chacun", à commencer par les proches qui, sans s’en rendre forcément compte, en arrivent à "faire culpabiliser". 

"Quand j'ai dit à ma mère qu'elle n’irait plus à l'école, j’ai senti le soulagement"

Renvoyer ses enfants à l’école serait donc une décision familiale au sens large ? Il semblerait. Caroline, qui se décrit comme une "parano des microbes" et qui craignait le cas échéant "de transmettre son stress à sa fille", a elle aussi pris sa décision depuis plusieurs semaines. Une décision semble-t-il très attendue. Elle se souvient avoir reçu un coup de fil de sa mère le jour de l’annonce du chef de l’Etat. "Elle m'a tout de suite demandé ce que je comptais faire", dit-elle. "Quand je lui ai dit que Mila n’y retournerait pas, j’ai senti un vrai soulagement". 

Pour plusieurs raisons détaille cette Yvelinoise, dont une qui témoigne effectivement d'une décision collective, dans bien des familles : "Renvoyer son enfant à l’école, c’est aussi faire le choix de les priver potentiellement plus longtemps encore de leurs grands-parents et inversement", explique la mère de famille qui préférait épargner aux uns et aux autres cette frustration. 

"J’ai coché ‘oui’ dans l'optique de ne pas l'envoyer avant fin mai"

Même dilemme pour Diane, qui vit à Boulogne et qui n’attend qu’une chose : pouvoir se rendre chez ses parents en banlieue. Pour les revoir d’abord, et surtout pour que ces derniers profitent à nouveau de leur petite fille. Pas inquiète outre-mesure concernant le risque pour Ellie, 4 ans, de développer une forme grave de la maladie en cas de retour à l’école, c’est en revanche l’éventualité qu’elle puisse être porteuse du virus et donc le transmettre à des proches, qui donné lieu à bien des hésitations avant de renvoyer le questionnaire à l'école. 

Sa reprise d’activité ne se profilant que pour début juin, cette event manager dans un hôtel des Haut-de-Seine a finalement opté pour un entre-deux qui, elle l’espère, lui permettra de conforter son choix. "J’ai coché ‘oui’ au questionnaire envoyé par l'école, mais je ne compte pas l’y envoyer avant fin mai", avoue-t-elle en toute transparence, "déjà pour me laisser le temps de voir comment tout cela s’organise, et aussi pour revoir mes proches avant".

Un scénario que Geoffroy a lui-même envisagé un temps avant de se raviser. "Après coup, on s’est dit qu’il fallait jouer le jeu à fond, d’abord pour que l’école puisse prendre une décision sur la réouverture en connaissance de cause, et ensuite si on veut que les conditions d’accueil qui nous sont présentées soient fidèles à la réalité." 

"Le risque zéro n’existe clairement pas ; il faut juste l’accepter et apprendre à vivre avec"

Et c’est dire si la décision relevait du casse-tête pour ce père de deux garçons de 5 et 7 ans. Séparé de leur mère, il a du bien entendu en discuter avec cette dernière, qui en a elle-même parlé avec son conjoint. Geoffroy a lui aussi évalué la situation avec sa nouvelle compagne, maman d’une petite fille de 6 ans. Et sans surprise, dans cette famille aussi, les grands-parents ont pris part aux discussions…

 "Ça n’a pas été si simple de trancher mais on en est arrivés à la conclusion que le virus va être là pendant des mois et que le risque zéro n’existe clairement pas ; il faut juste l’accepter et apprendre à vivre avec, en prenant le maximum de précautions pour ne pas avoir de regret si quelque chose devait malheureusement arriver", explique le papa de Tilio et Raphael, qui revient sur l’argument principal qui a fait pencher la balance en faveur du retour en classe : "Ne pas les renvoyer, ça voulait dire les désocialiser pendant six mois, et on trouvait ça vraiment compliqué pour des enfants de cet âge". 

"Ils râlent contre le risque du retour et font jouer leurs enfants avec d'autres"

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Plutôt confiant concernant les mesures sanitaires qui seront mises en place dans les établissements scolaires, le père de famille estime que "le brassage qu’il y aura à l’école sera plus contrôlé de toute façon que celui que l’on peut déjà observer certains jours dans la rue, ou dans les grandes surfaces." Et de déplorer : "On voit bien que les gens commencent à se recroiser, à s’arrêter, se parler… "

Sur ce point, ce n’est certainement pas Fabrice, papa de deux filles de 5 et 7 ans, qui irait le contredire. Pour lui, la décision a été claire d’emblée : "retour à l’école direct". Et de s’agacer : "j'ai un peu de mal à comprendre les parents qui râlent contre les risques du retour, mais qui en même temps emmènent jouer leurs enfants en bas de la rue pour y retrouver les copains."

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