Vague de plaintes citoyennes contre le glyphosate : "On donne la possibilité aux gens d'agir, ils en ont marre de signer des pétitions"

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Le scandale du glyphosate

PESTICIDES - La campagne anti-glyphosate lancée par des militants ariégeois prend de l'ampleur, de nombreux collectifs se sont créés aux quatre coins de la France. Les volontaires analysent les taux du pesticide décrié dans leurs urines et portent plainte pour forcer les autorités à rendre des comptes et à agir.

Leurs taux de glyphosate ont de quoi donner le vertige : "Moi, j'ai 33 fois la dose autorisée dans l'eau potable" dans mes urines, nous confie Dominique Masset, porte-parole de la "Campagne Glyphosate". "Et je n'ai pas le record, certains en avaient plus que moi !" 

Avec une vingtaine de militants écologistes, cet Ariégeois a lancé une grande campagne nationale de dépistage de cet herbicide controversé. Le but : prouver que tous les citoyens, sans exception, sont contaminés et surtout, poursuivre en justice les responsables : hommes politiques, responsables des entreprises de fabrication, agences sanitaires...

D'une recherche de preuves au lancement d'une campagne nationale

Tout a commencé il y a un peu plus d'un an, à l'été 2017. A l'époque, Dominique Masset et des membres du collectif "Faucheurs volontaires" (d'OGM) ne sont pas sur le banc des accusateurs mais des accusés. "On avait mis de la peinture sur des bidons de glyphosate dans des jardineries, on a rendu impropre à la vente plusieurs centaines de bidon", nous explique cet autoentrepreneur. "Et bien sûr, on a été poursuivi." Pour se défendre, et expliquer aux juges qu'ils étaient bien des victimes du pesticide, il décide avec l'ensemble du collectif de réaliser des analyses devant huissiers. "On en était sûrs, on avait du glyphosate dans nos urines." Les résultats sont édifiants. "Je ne somatise pas, (...) mais ça m'a conforté dans le fait qu'il fallait agir."

Cette fois c'est les entreprises qui nous poursuivaient que l'on attaque"- Dominique Masset, membre fondateur de l'association "Campagne Glyphosate"

La question est portée devant la Cour de Justice européenne mais il faut attendre, le militant le sait, elle ne "statuera que dans 16 ou 18 mois" et les décisions politiques concernant le renouvellement de l'autorisation du pesticide au sein de l'UE ne le rassurent pas. "On s'est dit c'est clair, on ne peut pas compter sur (nos dirigeants). Le temps de l'urgence sanitaire n'est pas du tout le même temps que le temps politique." 

Les militants lancent alors une campagne contre le glyphosate. Et ils veulent que cette campagne ne soit pas qu'informative : en plus des analyses, ils comptent bien porter l'affaire devant la justice.  Pendant un an, ils réfléchissent à une méthode d'action réplicable partout en France et créé à cet effet des "malettes pédagogiques" expliquant l'ensemble du processus, de la création d'un collectif au dépôt de plainte en passant par l'organisation des analyses.

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Procès du glyphosate : condamnation historique de Monsanto

Des plaintes, mais contre qui ? Toutes les personnes concernées et c'est là l'originalité, les militants ne veulent pas simplement condamner les institutions. "Quand on attaque la commission européenne, on inscrit 'le président et les membres de la commission des deux derniers trimestres 2017 et du premier trimestre 2018' donc ils sont identifiables. C'est la même chose pour l'Anses", nous explique Dominique Masset. "Pour les fabricants par exemple, on ne porte pas plainte contre Monsanto, mais contre 'le président et les membres du Conseil d'Administration, de telle date à telle date'." 

En pointant du doigt des personnes, les militants veulent enfin "savoir à qui (ils ont) affaire et leur demander des comptes". "Avec ces plaintes citoyennes, on dit également aux successeurs de ces décideurs 'méfiez-vous parce que les citoyens peuvent vous demander des comptes, vous serez tenus responsables devant la justice'." Pour Dominique Plancke, un militant écologiste originaire de Lille (Nord), "faucheur d'OGM", comme M. Masset, et qui a décidé de monter un collectif dans sa région, le fait de porter plainte est presque une revanche. "On avait l'habitude de se retrouver à la barre, mais cette fois c'est les entreprises qui nous poursuivaient que l'on attaque".

1500 personnes mobilisées en France et sûrement autant de plaintes

Pour le moment, une cinquantaine de personnes ont déposé plainte en Ariège mais ce chiffre devrait rapidement grimper. L'organisation locale annonce 250 plaintes complémentaires ces prochaines semaines. Surtout, l'association "Campagne glyphosate" a fait des émules,  l'appel national a été entendu. En Bretagne, le collectif "Les pisseurs involontaires de glyphosate" rassembleraient déjà 400 personnes et d'autres collectifs se sont créés dans le Nord, les Pyrénées-Orientales, dans la Sarthe ou encore en Maine-et-Loire. Au total, il serait déjà 1500.

Le référent dans le Nord-Pas-de-Calais a déjà reçu près de 50 mails de personnes intéressées par cette démarche. "Je suis assez surpris de la réactivité des gens", nous confie Dominique Plancke. "Parmi les personnes qui nous contactent, il y a bien sûr des militants, mais aussi des personnes qui n'avaient jamais mené d'actions." Si l'engouement est tel, c'est selon lui qu'avec les analyses, le risque n'est plus seulement théorique. Même lui se dit interloqué : "quand on voit que des personnes qui font attention à ce qu'ils mangent sont contaminés à de fortes doses, c'est franchement inquiétant".

Bientôt des "testés" de 15 mois à 90 ans

Et les personnes qui se manifestent sont aussi inquiètes que motivées.  "On pensait que la majorité des gens ne ferait que l'analyse, mais la grande majorité porte plainte", poursuit Dominique Masset. "Ils nous remercient de leur avoir donné l'occasion d'agir, il faut dire les choses, ils en ont marre de signer des pétitions. Et pourtant ce n'est pas donné, ça coûte 135 euros, c'est quand même un engagement", reconnait-il. "Certains font 4 chèques parce qu'ils ne peuvent pas tout payer d'un coup, d'autres se cotisent à plusieurs. C'est un acte fort." 

Pour limiter en partie ces coûts, l'association "Campagne Glyphosate" demande aux collectifs de rassembler au minimum 25 personnes pour mutualiser les dépenses liées à l'embauche de l'huissier qui supervisera les analyses. "Les consignes sont extrêmement rigoureuses", indique Dominique Plancke, un mal nécessaire pour "être crédible devant le tribunal mais aussi face à l'opinion publique."

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Avec ce coup de projecteur, les militants écologistes espèrent bien aboutir à une interdiction du glyphosate et des pesticides en général. "Nous avons des enfants qui se font analyser et on aura bientôt un nourrisson nourri au lait maternel. On va avoir un panel de 15 mois à 90 ans et comme ça va se développer dans les autres départements, on aura des échantillonnages sur toute la France ou presque !", se réjouit le militant ariégeois. 

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