Des caméras-piétons sur les forces de l’ordre qui utilisent les "LBD" : une mesure vraiment efficace ?

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La colère des Gilets jaunes

MAINTIEN DE L'ORDRE - Christophe Castaner a déclaré que les policiers susceptibles de faire usage de l'arme polémique "LBD" (lanceurs de balles de défense) seraient désormais équipés de caméras. Une mesure censée éviter un usage abusif de cette arme qui a provoqué de nombreuses blessures graves chez les manifestants ces dernières semaines. Mais déjà, les doutes apparaissent sur l'inefficacité de la mesure.

Des caméras sur les policiers pour mettre fin aux polémiques ? Pas si sûr. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a annoncé que les  forces de l'ordre qui utilisent les lanceurs de balles de défense (LBD) seront équipées dès samedi prochain de caméras-piétons. Après plusieurs mois d'une violence inouïe pendant les manifestations des gilets jaunes, et des dizaines de blessés attribués au LBD - dont au moins 4 (et même 17 selon certaines sources) ont perdu un oeil - la mesure est censée apporter des "preuves" de la bonne (ou mauvaise) utilisation de cette arme dite "intermédiaire". Car il y a urgence :  

le défenseur des droits, Jacques Toubon, a ainsi réclamé la suspension du LBD, en raison de sa dangerosité. Mais avant même que les caméras ne soient allumées, les doutes se font déjà  jour.

"Responsabiliser les tireurs" et "dissuader les manifestants violents"

David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires, assure qu'il y aura des caméras "dans toutes les situations dans lesquelles les policiers sont amenés à utiliser cette arme". Ce dispositif sera selon lui "une preuve de bonne foi" qui va "responsabiliser les tireurs pour être parfaitement certains d’être dans le cadre légal", à savoir viser uniquement le torse ou les membres supérieurs et inférieurs.

Pour le syndicat UNSA Police, joint par LCI, ces caméras ont aussi pour vocation "de sécuriser les interventions des fonctionnaires". Les vidéos des potentiels débordements seront, selon le porte-parole Thomas Toussaint, "des éléments de preuve non négligeable car elles permettent de mieux contextualiser une situation".

Par ailleurs, ce dispositif permettra selon lui "d’identifier les personnes les plus vindicatives" et il l’espère, de les dissuader d'agresser des policiers. "Sachant qu’ils sont filmés, ils se permettront peut être moins de choses" avance le syndicat.

"Comment voulez-vous filmer les cibles ?"

Toujours selon Thomas Toussaint, le dispositif n’est pourtant pas pleinement efficace en l’état : "La caméra est fixée sur le torse, mais la position de tir est plutôt de trois quarts, comme au tir à l’arc. Comment voulez vous filmer les cibles ?". Selon lui, il faudrait plutôt que la caméra soit intégrée à l’arme.

La direction générale de la Police Nationale est bien consciente du problème puisqu’elle a envoyé plusieurs consignes en interne ce mercredi 23 janvier. Après avoir assuré qu’une caméra plus adaptée était "à l’étude", elle invite les policiers et gendarmes “à se composer en binôme : l'un porteur de l’arme et l’autre porteur de la caméra" pour une meilleure reconstitution des faits. Un "subterfuge", selon le porte-parole, qui est bien la preuve des limites de la captation vidéo demandée par Christophe Castaner.

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Un usage juridique très limité

L'avocat pénaliste Yassine Bouzrou, qui défend la cause de plusieurs Gilets jaunes victimes de LBD, estime lui "que ça ne changera rien". Il met en évidence la condition contradictoire avancée par Christophe Castaner lors de sa déclaration : les caméras des policiers devront être "systématiquement actionnées avant de faire usage du LBD (...) sauf en cas d'agression". Le ministre a ainsi affirmé que dans les cas où les forces de l'ordre "seraient bousculées, à terre", il "ne leur en voudrait pas d'utiliser une arme de défense pour garantir leur propre défense".

Or pour Yassine Bouzrou, c'est une exception dangereuse. "Personne ne pourra vérifier si les policiers sont réellement agressés", estime l'avocat pénaliste. "Si des policiers utilisent des LBD de manière disproportionnée et qu’ils prennent la décision de ne pas filmer, personne ne pourra vérifier, donc malheureusement cela n’apportera rien du tout".

Le ministre a pourtant déclaré que le système vidéo permettrait que l' "on puisse produire ces images y compris dans le cadre judiciaire" mais le porte-parole de l'UNSA confirme qu'en aucun cas le fait qu'un policier n'ait pas déclenché sa caméra  ne pourra lui être préjudiciable. Le syndicat affirme néanmoins que les forces de l’ordre s’organisent actuellement pour équiper de caméras toutes les unités disposant de LBD d'ici samedi, date de "l'acte 11" des Gilets jaunes. Le gouvernement lui, a précisé  que ce nouveau dispositif n'était "qu'un test" pour l'instant.

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