Des ronds-points aux groupes Facebook : cinq nuances de Gilets jaunes

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NUANCES DE JAUNES - Des Gilets jaunes sur Facebook représentés par la bande à Éric Drouet, à la liste aux Européennes d'Ingrid Levavasseur, en passant par les stars des ronds-points, les porte-voix du mouvement de contestation sont nombreux à l'image d'un mouvement protéiforme. Et des tensions se font jour entre les modérés et les plus radicaux. LCI fait le point.

La confusion autour des actions, les retours en arrière, les appels multiples pour chaque nouvel "acte". Le désordre  est inhérent au mouvement des Gilets jaunes qui se veut horizontal, participatif et transparent. Mais, malgré les multiples échecs à trouver des revendications communes, la contestation se poursuit. Et ce grâce aux différentes stratégies auxquelles chaque membre du mouvement peut se rallier... quitte à ce que des tensions émergent entre les différentes tendances, comme ce fut le cas après l'acte 13 samedi 10 février entre gilets jaunes modérés et radicaux. On fait le point sur ces 5 nuances de Jaunes.

Les Gilets jaunes franciliens de Facebook

Les Gilets jaunes franciliens correspondent à la troupe qui gravite autour d’Éric Drouet, le routier à l’initiative du premier "acte". Depuis, il ne créé plus d’événements par peur de se voir reprocher d’être le leader, mais a su s’entourer de personnes de confiance, qui l’aident à organiser la mobilisation et à lui donner de l’ampleur. Ce groupe, rassemblé sous le nom "La France en colère !!!", qui comptabilise 309.500 membres, est composé de manifestants historiques, pour qui il est nécessaire de recentrer les actions à Paris. Il représente la ligne "dure" ou en tout cas celle qui continue la lutte sur le terrain. 


Parmi eux, Jérôme Rodrigues et Ramous sont ceux qui ont le plus d’influence sur Facebook. Principaux "liveurs" ils font des vidéos depuis les cortèges, le samedi, pour mobiliser et donner de la force à la contestation. Leurs directs avoisinent souvent les 300.000 vues. Jérôme Rodrigues, désormais tristement connu pour avoir été blessé à Paris sur la place de la Bastille, était également celui qui a décidé de déclarer les manifestations. Le groupe est accompagné d’un infographiste qui relaie des affiches jaunes et noires percutantes. Ils sont aussi accompagnés de Mike Rambo. S’il est connu sur Facebook, c’est pour sa "quotidienne" qu’il réalise tous les soirs de 21h à minuit. Comme sur une émission radio où il invite les personnes connectées à discuter autour d’une "question du jour", il répond aux internautes et fait même des canulars téléphoniques. Tous les trois sortent du lot, sont très proches d’Éric Drouet et ont aussi une façon unique de s’adresser aux membres qui les suivent. Le premier utilise souvent le terme "la famille", Ramous commence ses directs sur un "oyé oyé" de "gaulois réfractaires" tandis que Mike Rambo flirte avec un certain style télévisuel en appelant les Gilets jaunes "mes loulous". Ce sont eux qui "communiquent" sur les événements dans la capitale.


Yannick Krommenacker fait également partie de cette nébuleuse, mais reste un peu à part. S’il est souvent dans les cortèges ou sur les lieux de mobilisation avec le clan Drouet, il reste en retrait et fait des directs seuls. Avec eux figure aussi Laetitia Dewalle, qui ne s’investit pas outre mesure sur Facebook. Elle représente ce courant sur les plateaux télés, et a toute la confiance du groupe. Enfin, Julie Castin est également dans le cercle du routier. Elle faisait partie du groupe mis en garde à vue avec Éric Drouet le mercredi 2 janvier à Paris. Et était présente au chevet de Jérôme Rodrigues lorsqu’il avait été hospitalisé pour sa blessure à l’œil.

Les Gilets jaunes des "infos" sur Facebook

Ce n’est pas pour rien que le groupe de Maxime Nicolle s’appelle toujours "Fly Rider Infos blocage". Avec 173.000 membres, il fait partie du trio historique des Gilets jaunes sur Facebook. Mais se différencie sur la forme qu’il veut donner à la contestation. Influent sur Facebook, il réalise surtout des vidéos entre les différents "actes". Les "lives" durent en moyenne 45 minutes  et sont suivis par environ 100.000 personnes. Intitulés "médias italiens, mise au clair, mensonges Benalla" ou "Refus Ric, mensonge d’État, lois liberticides", celui qui s’est fait connaître sous le pseudo Fly Rider y diffuse surtout ce qu’il considère être des informations essentielles. Et répond en direct aux questions des membres de son groupe. Car, comme il l’avouait lui-même lors d’un direct fin décembre "notre défaut c’est l’ignorance". Ce Gilet jaune estime qu’il faut s’éloigner de Paris pour éviter la confrontation avec les forces de l’ordre, et choisit pour chaque "acte" une ville différente. S’il n’a jamais été à l’initiative des événements, il est capable de leur donner une ampleur exceptionnelle. Ainsi, Toulouse avait connu un record de participation lors du dixième "acte". Renforcé par la présence de Maxime Nicolle, le cortège avait compté plus de 10.000 personnes. 


Priscillia Ludosky, également membre du trio historique avec Eric Drouet et Maxime Nicolle, n’est pas réellement une Gilet jaune des groupes Facebook, car elle n’a aucun groupe. Mais sur son compte personnel, suivi par 27.000 personnes, elle partage des articles et des informations. Appliquée, elle se concentre sur des actions institutionnelles. C’est elle qui est à l’initiative de la première pétition contre la hausse des carburants. Et a aussi accepté des invitations au débat avec des représentants politiques. En outre, elle défend, et se fait le relais, des actions dans les Dom Tom. 


Sur Facebook, le mouvement est donc divisé entre ces trois figures. Une fracture sur la forme mais pas sur le fond. Les points de revendication restent les mêmes : mise en place du RIC, baisse des taxes sur les produits de première nécessité et moins de privilèges pour les hauts fonctionnaires. C’est dans ces groupes que se trouvent ceux qui sont souvent appelés, à tort, les "porte-paroles". S’ils mobilisent les troupes, ils sont en fait désormais des "leaders 2.0", dont la légitimité vient de la popularité de leur direct, de l’influence qu’ils ont sur les événements et des informations qu’ils diffusent. Chaque Gilet jaune peut donc créer son initiative. Mais sur Facebook l’objectif est d’entrer en contact avec l’une des membres du trio pour qu’il donne de l’ampleur à l’action. 

Les Gilets jaunes des ronds-points

Avocat de 32 ans, François Boulo devient peu à peu un Gilet jaune des  groupes Facebook. Du moins, il en est devenu la coqueluche. Dans un sondage réalisé sur le groupe " La France en colère - Carte des rassemblements" qui comptabilise 363.000 membres, la question de voter pour la "personnalité préférée" des Gilets jaunes a été posée. En numéro un apparaît François Boulo. Car non seulement il est proche aussi bien d’Éric Drouet, qui confie lui-même qu’il est le meilleur pour se rendre sur les débats télévisés, mais il l’est aussi avec Maxime Nicolle, à qui il a diffusé un communiqué sur le droit de grève. De plus, s’il émerge dans les médias, il n’est pas un Gilet jaune "des plateaux". Il ne s’est pas auto-proclamé porte-voix, comme cela a pu être le cas dans le passé. Il est avant tout un Gilet jaune des ronds-points rouennais, qui l’ont élu avec 200 signatures, comme l’expliquait en janvier Paris Normandie.  

Gilet jaune de la région PACA, Lydie Coulon est elle aussi une manifestante du terrain dont la notoriété a éclaté.  Car elle est à l’initiative du "Vrai débat" lancé en réponse au "Grand débat national" voulu par Emmanuel Macron. Membre anonyme du mouvement, essentiellement occupée à la lutte dans sa région, son visage est apparu pour la première fois lors d’un direct de Maxime Nicolle le 21 janvier. Invitée à présenter la nouvelle plateforme de consultation pour le mouvement, sa transparence et sa plaidoirie pour un pouvoir horizontal avait fait, et fait toujours, l’unanimité.

Les Gilets jaunes "modérés"

Aide-soignante de 31 ans, Ingrid Levavasseur est devenue au fil des "actes" l'une des figures médiatiques du mouvement. Révélée, notamment, lors de l'émission La Grande explication, organisée le 28 novembre sur LCI, elle avait également réussi un coup de force en se faisant inviter par Bernard Tapie dans les locaux de La Provence. Mais, depuis, la jeune femme se retrouve de plus en plus seule. Elle a d’abord été discréditée pour avoir accepté une chronique sur BFMTV, avant d’être la cible des colères pour avoir créé une liste aux Européennes. Nommée RIC, pour Ralliement d’Initiative Citoyenne, elle ne compte qu’une dizaine de noms, et certains s’en sont déjà désolidarisés. Comme Marc Doyer. Ancien macroniste devenu Gilet jaune, il a dû se retirer pour ne "pas passer pour un traître". Quant à Hayk Shahinyan, ancien directeur de campagne de la liste, il a décidé de jeter l’éponge. Sur Facebook, il expliquait cinq jours à peine après le lancement avoir besoin de "réfléchir" et "prendre du recul". 

En vidéo

Manifestation déclarée de Gilets jaunes à Paris : avec Eric Drouet, "on n'a pas la même stratégie"

Organisateur de la Nuit Jaune, Thierry Paul Valette fait aussi partie des Gilets jaunes modérés. Son événement, qui a pris de l’ampleur lorsque la troupe d’Éric Drouet l’a partagé, appelait initialement à se regrouper sur la place de la République, sous le même modèle que le mouvement Nuit debout. Dans un direct sur Facebook, il répondait aux médias en expliquant qu’il y avait une "putain de confusion". Et regrettait que son appel au calme n’ait par marché, tout en se désolidarisant d’une partie des Gilets jaunes. "Je ne dis pas que c'est Éric Drouet mais dans son groupe, il y a des gens qui sont radicalisés, qui  veulent vraiment en découdre." 


Autre figure des gilets jaunes dits "pacifistes", Sophie TIssier (Voir la vidéo ci dessus) a été l'une des organisatrices des manifestations déclarées dans Paris et notamment l'acte 13. Elle a ouvertement déploré l'attitude du groupe d'Eric Drouet sur LCI, s'attirant une vive réplique de ce dernier.

Les Gilets jaunes des plateaux

Ancien proche de Jacline Mouraud, Benjamin Cauchy faisait partie des "Gilets jaunes libres", avant de se rétracter en créant le mouvement "Citron". Et  de tout laisser tombera après avoir été critiqué pour son passé très politisé. France 3  avait révélé son passé politique chez l’UMP dès le mois de novembre. Anciennement porte-parole des Gilets jaunes en Haute-Garonne, il  a depuis assumé sa proximité avec le parti Debout la France. Preuve de la distance entre lui et les revendications du mouvement : il considère qu'il faut revenir aux urnes. Et a imploré la classe politique de "reprendre la main".


Christophe Chalençon a lui aussi dû quitter les cortèges et les groupes Facebook, trop critiqué à cause de certains propos polémiques. Il avait notamment estimé que le général de Villiers devait revenir au pouvoir. Il était cependant toujours proche de la liste aux Européennes d'Ingrid Levavasseur. Chargé de coordonner des assemblées citoyennes pour son compte, il devrait définitivement se retrouver seul. Ce Gilet jaune a crée une autre polémique en rencontrant Luigi Di Maio, vice-Premier ministre italien et leader du Mouvement 5 Etoiles.  À l'AFP, Ingrid Levavasseur a d'ores et déjà fait savoir qu'une faille existait dans le groupe. Et a avoué qu'elle  "ne pensait pas" continuer à travailler avec Christophe Chalençon.


Enfin, Jacline Mouraud est le symbole même de ce groupe de Gilets jaunes rapidement popularisés mais aussi vite discrédités. Sa notoriété est née sur Facebook, comme beaucoup d'autres. Notamment avec une vidéo vue plus de 6 millions de fois qui a contribué à lancer le mouvement, ou en tout cas à lui donner de l’ampleur. Elle a très rapidement laissé tomber la caméra de son téléphone pour se mettre devant celles des plateaux. Elle n’a pas de groupe sur Facebook mais une page "officielle". Qui ne compte d’ailleurs que 4.200 personnes abonnées. Depuis, Jacline Mouraud , qui se décrit comme une auteur-compositeur, a fondé son propre parti, nommé "Les Émergents". Aucun Gilet jaune historique n’y est, pour le moment, encarté. 

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