Des urgences hospitalières en surchauffe à l'occasion du week-end du 15 août

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SOCIAL - A deux semaines d'une rentrée qui s'annonce mouvementée sur le front de la santé, certains services d'urgences étaient sous tension à l'occasion du week-end du 15 août. La principale raison : un manque de personnels de santé, aux urgences et en ville.

Malgré les 15 millions d'euros annoncés par Agnès Buzyn pour soulager certains services d'urgences, la situation de tension perdure. Certains services font face à un afflux de patients durant ces deux mois d'été, couplé à un manque de personnel dont ils déplorent déjà le sous-effectif tout au long de l'année. Selon le collectif InterUrgences, en date du 16 août, "les enveloppes de renfort en personnel sont enfin arrivées". 

Mais dans un communiqué, il dénonce toujours les conditions d'accueil des malades, en évoquant le cas d'un patient sans-abri qui serait tombé dans le coma au sein d'un hôpital du nord-parisien alors qu'il attendait d'être pris en charge. L'accueil devait être assuré par trois infirmières, mais ce jour-là, la soignante était seule pour accueillir les patients. "Il a été transféré en réanimation après les premiers soins d’urgences", explique le collectif, qui pointe une fois de plus le manque de personnels de santé. 

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Le manque de personnel au cœur de nombreuses problématiques

Une partie de l'enveloppe de 70 millions d'euros annoncée par Agnès Buzyn devait servir à soulager les "services en tension". Dans les faits, les personnels affirment être encore et toujours en nombre insuffisant. Si les fameux "lits d'aval", tant revendiqués par les personnels en grève, sont fermés à cette période dans certains services, c'est que les médecins, infirmiers et les aides-soignants sont en vacances ou manquent. 

Les personnels tourneraient ainsi a minima. "A Saint-Quentin, nous avons entre 100 et 130 entrées par jour et il arrive que nous ayons vingt personnes sur des brancards dans le couloir, car nous n'avons pas de lits disponibles. Pour l'été, nous avons eu le sentiment d'avoir un peu plus de personnels en renfort, souvent des étudiants infirmiers ou des personnes en contrats courts. Le problème est que ce sont des personnes qui ont parfois du mal à gérer les différents secteurs des services, à s'imprégner de notre travail", explique un soignant de cet établissement de l'Aisne. Dans le meilleur des cas, ils restent et partent à la fin de leur contrat. Dans le pire des cas, ils ne restent que quelques heures, épuisés par le rythme et les conditions de travail. "Régulièrement dans nos services, il manque une personne", précise-t-il. 

Cet été à Nantes, le CHU n'a "pas eu de renfort de personnels", explique à LCI, Christophe Le Tallec, vice-président du collectif InterUrgences. Selon ce soignant, le problème est plus large que la simple problématique de la gestion estivale. Les lits de médecine interne ou gériatrique sont fermés car "le personnel est en vacances et on ne trouve pas de personnels à recruter", explique-t-il. "Le problème de base est le recrutement et l'attractivité de nos métiers. Et encore : au CHU, on est privilégié par rapport aux petites unités. Dans certains secteurs touristiques, c'est problématique", dit-il. 

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Urgences surchargées et lignes de Smur perturbées

Une problématique quotidienne aggravée l'été dans certaines régions : parfois, le nombre de patients double voire triple, en cette période. "L'été, les médecins généralistes partent en vacances et ne sont pas remplacés, conséquence de quoi, les patients viennent chez nous, malgré les maisons de santé. Les urgentistes eux, partent en vacances, donc on fait appel à des intérimaires dans nos services et cela a un coût. En parallèle, on a une ligne de Smur fermée par manque de médecins. Alors on ne tourne qu'avec une seule ligne. C'est dangereux pour la population", affirme le soignant de Saint-Quentin. 

La suspension de certaines lignes de Smur, voire leur fermeture, n'est pas rare sur le territoire français. A Mantes-la-Jolie, Pithiviers, Lens, Thouars et Parthenay ou Lons-le-Saunier,  les interventions des ambulances du Smur ont dû être suspendues à plusieurs reprises, conséquences, bien souvent, du manque de personnels. A Sisteron et à Sainte-Foy-la-Grande, les urgences ont même été fermées la nuit jusqu'à nouvel ordre.

A Lons-le-Saunier "lors des week-ends de trois ou quatre jours, on a très régulièrement un afflux de patients", explique Yves Duffait, médecin urgentiste responsable du SMUR de Lons, à LCI. Pour lui, "il est clair que le flux de malades augmente à cause du manque de praticiens en ville". Mathématiquement, le manque de médecins généralistes fait que les patients se reportent sur les urgences et "les délais d'attente augmentent", dit-il. "Le problème, ce sont les gens à hospitaliser. L'unité d'hospitalisation de courte durée qui peut prendre en charge ces personnes est fermée depuis le début de l'été, alors on a régulièrement eu des patients qui ont dormi aux urgences, faute de lit d'hospitalisation", explique ce médecin. 

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Les gens attendent des heures sur les brancards. C'est calme mais le service est plein- Un infirmier de Besançon

Le week-end du 15 août accentue-t-il les problèmes des urgences ? "On fera les comptes après le week-end mais ce vendredi, nous avons déjà cinq patients sur nos brancards et il arrive que nous en ayons douze. En dix ans, je n'avais jamais vu ça. La situation a empiré par rapport à l'année dernière, car il y a toujours moins de lits disponibles" explique Yves Duffait, à Lons-le-Saunier. A Besançon, ce sont une centaine de patients par jour pour treize urgentistes. "Les gens attendent des heures sur les brancards. C'est calme mais le service est plein", explique un infirmier à TF1.

Du côté de Saint-Quentin, le pire est peut-être à venir. "Le lundi, c'est souvent la pire journée. On s'attend, avec le pont du 15 août, à avoir du monde, explique notre source. "Souvent, les médecins de ville rentrent de week-end et envoient leurs patients faire des examens complémentaires ce jour-là. En gros, les patients attendent de voir leur médecin le lundi matin et viennent chez nous après", dit-elle.  En Bretagne, ce week-end du 15 août s'annonçait compliqué. "Sur une dizaine de maisons médicales dans le département, seules deux, Vannes et Lorient, seront ouvertes. Il n’y aura pas de médecin généraliste au Samu", expliquait la semaine dernière, la délégation du Samu reçue par le préfet.

Des crédits parfois doublés mais des services en souffrance

Cinq mois après le début du mouvement de grève, les services d'urgences sont toujours donc dans le rouge et ce, malgré les annonces d'Agnès Buzyn. Cette semaine, la Direction générale de l'offre de soins (DGOS) a assuré que les premières annonces mi-juin "se sont traduites dans les faits", qu'il s'agisse de la prime mensuelle de 100 euros nets à partir du 1er juillet pour les personnels non médicaux, ou des 15 millions d'euros destinés à renforcer les effectifs durant l'été. Même si certains soignants assurent à LCI qu'ils n'ont pas touché cette fameuse prime prévue en juillet. 

"Les crédits mobilisés par les agences régionales vont même au-delà de (cette) enveloppe", certaines ayant puisé dans leurs propres fonds, comme le Grand-Est et les Pays-de-la-Loire qui ont doublé la mise. Pourtant, la colère n'est pas retombée : depuis cette annonce, une centaine de services régionaux ont rejoint le mouvement de grève illimitée du collectif InterUrgences. Ils réclament toujours l'arrêt des fermetures de lits, des embauches pour palier le manque de personnels, une revalorisation salariale et de meilleures conditions d'accueil pour leurs patients. 

Cette semaine, à Saint-Quentin dans l'Aisne, un septuagénaire aurait ainsi passé six jours et douze heures aux urgences. Une information démentie par la direction du centre hospitalier, qui a assuré à L'Aisne Nouvelle, que ce patient "n’est pas resté six jours sur un brancard mais moins de deux heures. Ensuite, il a été pris en charge dans un lit adapté". Un soignant confirme toutefois à LCI que le septuagénaire a effectivement passé six jours et douze heures, mais sur un lit "réformé". "Nous n'avions trouvé aucune place dans l'hôpital pour ce monsieur", témoigne le soignant. "C'est inadmissible car dans cette unité, la luminosité est réduite", raconte-t-il. Et d'assurer que passer plusieurs jours aux urgences de Saint Quentin "est courant, alors que les patients ne doivent pas y rester plus de 24 heures, 48 heures maximum". Quand l'exceptionnel devient la norme... 

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