Européennes : entre triomphe et colère, comment les Gilets jaunes ont-ils accueilli les résultats ?

Social

Toute L'info sur

La colère des Gilets jaunes

EUROPÉENNES - Alors que les listes issues des Gilets jaunes n'auront aucun député au parlement européen, les membres du mouvement saluent sur Facebook les résultats des élections européennes qui ont eu lieu ce dimanche 26 mai.

La vague jaune sortie dans les rues n’est pas entrée dans les urnes. Les deux listes issues des Gilets jaunes ont recueilli à peine 1% des suffrages aux élections européennes ce dimanche 27 mai. "Alliance jaune", menée par Francis Lalanne, n’a récolté que 0,5% et "Evolution citoyenne", de Christophe Chalençon, moins de 0,5% des voix. 


Une rouste qui ne surprend personne. Encore moins sur Facebook, où la colère s’est cristallisée avant de faire naître la contestation en novembre dernier. Car tout au long de la campagne, les membres des différents groupes de Gilets jaunes n’ont cessé de rappeler qu’aucune des listes ne pouvait se revendiquer du mouvement. Maxime Nicolle, invité sur Sud Radio le soir des élections, a estimé que cette défaite "correspondait avec ce que les manifestants voulaient depuis le début : ne pas être un parti".

Macron a moins d’un votant sur quatre. Les urnes ont parlé !Laëtitia Dewalle, Gilet jaune Val-d'Oise

C'est pourquoi, chez certains, le bonheur est à son comble. Ramous, l’une des figures des Gilets jaunes sur Facebook, s’est félicité, dans une vidéo vue plus de 68.000 fois en douze heures, du "naufrage" d’Emmanuel Macron. Surexcité, cet ancien chroniqueur de Touche pas à mon poste met un "carton rouge" au chef de l'Etat avec la musique du film Titanic en fond sonore. "On ne fête pas la victoire d’un parti, parce que vous êtes tous les mêmes pourris (…) mais on fête la défaite d’un dictateur", lance-t-il. 


Une opinion que partage Laëtitia Dewalle. Proche d’Eric Drouet, cette Gilet jaune médiatisée estime elle aussi qu’on n’en a "rien à faire du premier", et préfère remettre en cause la "légitimité" du président de la République. "Macron a moins d’un votant sur quatre (…) Les urnes ont parlé !", écrit-t-elle sur les réseaux sociaux. 

De leur côté, Prisicillia Ludosky et Maxime Nicolle préfèrent ne pas se féliciter de l’arrivée du Rassemblement National en tête mais plutôt montrer que l’abstention et les votes contre la liste défendue par le président République permettent questionner son avenir à l'Elysée. "L'abstention est une forme d'expression comme une autre", partage celle qui est à l’initiative de la pétition contre la hausse du prix du carburant ayant enclenché le mouvement. 


Celui qui s’est fait connaître sous le pseudo Fly Rider rappelle pour sa part qu'en prenant compte ceux qui ne se sont pas exprimés, moins de six millions de Français ont donné leur voix à Emmanuel Macron. "Moi, j’appelle ça un échec, concrètement, puisque ça ne fait qu’un citoyen sur dix", a-t-il déclaré sur Sud Radio.

D'après un sondage Ifop publié vendredi, 44% des personnes se sentant Gilet jaune indiquaient vouloir voter pour le RN. Une stratégie pour "battre" la liste de Nathalie Loiseau parfois clairement assumé. De fait, sur les groupes, malgré les insultes que certains subissent lorsqu’ils revendiquent cette position, quelques internautes n'hésitent pas à se vanter d’avoir opté pour l’extrême droite. "J’ai voté Le Pen pour contrer Macron. Alors non je ne suis pas facho, ça c'est clair, mais a-t-on vraiment eu le choix ?", écrit l’un d’eux se félicitant que son vote ait permis de mettre "une bonne claque dans a gueule" de La République en marche. 


Une tactique bien différente de celle habituelle - visant à faire barrage aux populistes par tous les moyens - qui attriste une partie des Gilets jaunes. Les deux grands perdants des listes qui se revendiquaient Gilet jaune ont confié à l’AFP regretter que le "vote sanction contre Emmanuel Macron", se soit "cristallisé" autour du RN. 

Tout ce que nous obtenons c'est la division!Une Gilet jaune sur Facebook

Un goût amer largement perceptible sur les réseaux sociaux. Il faut dire, comme le montrait un sondage d’Eric Drouet réalisé le 12 mai sur son groupe "La France en colère !!!", une large majorité des 304.000 membres disait vouloir mettre un bulletin La France Insoumise dans l’urne. La liste conduite par Manon Aubry n'ayant finalement recueilli que 6,31% des voix, la déception est grande chez certains. "C'est décidé, j’arrête tout ! Restez donc dans votre merde", rage un internaute en rappelant le score du RN par rapport à celui de LFI. 


Cette décision de jeter l’éponge, plusieurs internautes disent l'avoir prise. L'un d'eux explique ainsi que ce mouvement, qu’il a "soutenu" le "déçoit" et le "dégoûte". Un autre partage son inquiétude : "Vous vous rendez compte que maintenant dans toute la France et en Europe, les Gilets Jaunes sont vus comme des fachos qui soutiennent Le Pen et le RN ?"

Quoi qu’il en soit, cette élection a indéniablement créé une fracture chez les Gilets jaunes. Preuve en est cette publication d'un membre du mouvement qui demande à tous ceux qui ont voté pour l’extrême droite d’"assumer" leur choix en retirant le vêtement fluo symbolique de cette lutte longue de six mois. "Vous n’en êtes pas dignes, trouvez votre propre signe de ralliement. Etre Gilet Jaune c'est s’opposer au système actuel que le RN cautionne." 


Une autre publication, l’une des plus partagée ce lundi matin, déplore, elle, la "guéguerre" dont son auteure est témoin sur Facebook. "A la base on se battait pour obtenir de meilleurs conditions de vie, baisse du carburant, baisse des impôts... la liste est longue... Tout ce que nous obtenons c'est la division !"

Quelle suite pour le mouvement?

Le scrutin européen va-t-il mettre fin à ce mouvement dont la mobilisation baisse sans cesse au fil des "actes" ? S’il est impossible de le savoir, certains tentent de ressouder les troupes. Peut-être s'inspireront-ils d'Eric Drouet, qui, actant déjà cette rupture, rappelait  dans un direct le 24 mai que les manifestants descendus dans les rues le 17 novembre étaient "de tout horizon social et politique". "Même si ton voisin n’est pas du parti politique que tu aimes, il reste Gilet jaune, il est descendu dans la rue avec toi, il a fait le nombre avec toi. On n’est pas venu pour critiquer ses choix." 


S’il n’a depuis pas directement réagi aux résultats de ces élections, il a cependant prévu un nouvel "acte national" dans la capitale, relayant une vidéo - visualisée près de 80.000 fois en à peine dix heures - qui propose de "fêter" la "claque" reçue par Emmanuel Macron "à la maison". "Et vous savez très bien ce que ça veut dire à la maison", indique un certain "Cat Antonio" face caméra. Une volonté de reprendre le combat soutenue par Jérôme Rodrigues. Ce dernier a fait savoir sur sa page Facebook qu'il était partagé entre déception et joie face aux résultats du scrutin qui a eu lieu dimanche. "Je suis autant désolé que triste de la situation, maintenant le combat continu, que ce soit l’un ou l’autre cela reste la même gamelle."

Si ces deux figures du mouvement, qui sont très proches, espèrent un retour dans les rues, d’autres entendent se tourner vers la prochaine échéance électorale. Sur Facebook, une internaute explique ainsi qu’il faut "penser à demain" pour "battre ce système à son propre jeu". "Que vous le vouliez ou non, nous n'avons pas 36 solutions : les municipales (en 2020, ndlr) sont notre fer de lance pour une reconquête citoyenne !" 


Une vision de l'avenir également portée par Maxime Nicolle. Toujours au micro de Sud Radio, celui qui, pour la première fois, n’a pas manifesté samedi dernier, estime que les élections du 26 mai ne vont pas "changer quoi que ce soit". Et propose plutôt de "prendre les mairies", déclarant que de nombreux compagnons de lutte partagent cette opinion. Une façon pour lui de "mettre en place exactement ce qu’on souhaiterait mettre en place au niveau national". Cette stratégie, Ingrid Levavasseur a déjà officiellement fait savoir qu'elle était la sienne. Celle qui a indiqué à l’AFP avoir mis un bulletin vert dans l’urne ce dimanche compte se présenter aux municipales de 2020 pour "dire les choses en rentrant dans le système". Alors qu’aucun député auto-proclamé Gilet jaune n’entre au parlement européen, ces deux meneurs historiques ont encore deux ans pour réussir leur pari de faire déferler une vague jaune sur la France. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter