Évaluation nationale en CP et en CE1 : d'où vient le malaise ?

Évaluation nationale en CP et en CE1 : d'où vient le malaise ?

ÉCOLE - Les évaluations visant à évaluer le niveau global en français et en mathématiques des élèves de CP et CE1 ont commencé lundi. Syndicats et parents d'élèves s'interrogent sur la finalité de ces tests, jugés stressants pour les enfants et soupçonnés de conduire à un classement des établissements.

Les écoliers ont du pain sur la planche cette semaine. L'ensemble des élèves de CP et de CE1 font l'objet, à partir de lundi, d'une évaluation nationale visant à tester leur niveau en français et en mathématiques. Si ce type d'évaluation n'est pas vraiment nouveau, le contenu des guides adressés aux enseignants en cette rentrée scolaire a fait grincer des dents chez les syndicats et les parents d'élèves. 

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Ces tests, mis en ligne par le Snuipp-FSU, comprennent plusieurs séries de questions portant sur la compréhension orale, écrite, l'identification des lettres et des mots, le calcul mental ou encore les rudiments de la géométrie. Les enseignants devront saisir leurs corrections directement dans un logiciel, sans annoter la copie.

"Une vraie remise en question du métier d'enseignant"

Sur la forme tout d'abord, ces guides destinés aux enseignants ont un caractère particulièrement prescriptif, allant jusqu'à détailler les formules dont ceux-ci doivent user lorsqu'ils s'adressent à leurs élèves, comme l'illustre l'extrait ci-dessous.

Une méthode un brin dirigiste que les syndicats d'enseignants n'ont pas particulièrement goûtée. "Quand on va jusque-là dans les injonctions, c'est une forme de mépris", estime, auprès de LCI, Jérôme Lambert, du Snuipp-FSU 75. Son syndicat déplore, de façon générale, que les enseignants aient été "écartés de la phase d'élaboration de ces évaluations", comme ils le seront "pour la phase d'analyse des résultats de leurs propres élèves", y voyant un glissement de l'enseignement "d'un métier de conception vers un métier de simple exécution". D'où son appel au boycott pur et simple des évaluations. 

"Nous y voyons une vraie remise en question du métier d'enseignant", abonde Raymond Artis, le président de la FCPE, sollicité par LCI. "Ces tests constituent peut-être aussi une manière de noter les enseignants", voire de préparer "une mise en concurrence des établissements". 

"L'élève peut avoir un sentiment d'échec"

Sur le fond, les questions posées aux élèves en début de CP et de CE1 font également l'objet de critiques. "Un certain nombre d'exercices ne correspondent pas à l'apprentissage des élèves", estime Jérôme Lambert. "Ce sont des séquences assez longues, certaines épreuves sont chronométrées, et les élèves peuvent avoir un sentiment d'échec et de stress."

L'évaluation nationale consisterait également, selon ses détracteurs, à plaquer une pédagogie unique sans tenir compte des spécificités d'un établissement ou d'un élève. "On laisse un logiciel corriger et analyser les résultats, avant de donner les consignes aux enseignants. Cela interroge sur l'évolution de l'école : veut-on des citoyens responsables ou des individus standardisés ?" lance le président de la FCPE. 

Lors de la présentation des tests, à la rentrée, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer avait indiqué que ces tests étaient destinés à fournir des "évaluations diagnostiques". Des outils "de justice sociale, de lutte contre les inégalités", assurait-il, car ils permettront de "développer plus d'efforts pour certains élèves". Mais les tests ont également une portée ouvertement symbolique. Il s'agit, assurait le ministre, "de développer une culture de l'évaluation positive". 

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