Mouvement des Gilets jaunes : 9 fausses informations qui circulent sur les réseaux sociaux

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INTOX - Violences policières, salut nazi, soutien d'avocats et de policiers... Encore une fois, la mobilisation des Gilets jaunes, qui s'organise sur les réseaux sociaux, a fait beaucoup parler d'elle sur Facebook et Twitter. Un flux nourri de messages et de réactions dans lesquels se sont glissées plusieurs fausses informations.

La mobilisation des Gilets jaunes se veut citoyenne et non politique. C'est donc sur les réseaux sociaux qu'elle s'organise, dans des groupes tels que "Gilets jaunes tous à Paris ! 24 novembre !" ou tout simplement "Gilets Jaunes", qui rassemble 90.000 internautes. Problème : entre les vidéos et les images de la mobilisation, qui ont été massivement diffusées sur les réseaux sociaux, s'y sont glissées quelques fausses informations. Et ce ne sont pas des cas isolés.


De quoi faire une liste, non-exhaustive, des fausses images que partagent les internautes, pro ou anti-Gilets jaunes, depuis le début de la mobilisation. 

La France en dictature depuis 2017 à cause de Valls ?

Une intox fumeuse qui pullule pourtant sur les réseaux sociaux. À en croire certains, un décret - n°2016-1675 - signé le 5 décembre 2016 par Manuel Valls, alors Premier ministre, aurait plongé la France en dictature. En cause ? La création d’une Inspection générale de la justice sous les auspices du Garde des Sceaux, qui irait à l’encontre du principe d’indépendance garanti par l’article 64 de la Constitution, mais surtout de l’article 16 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen selon lequel "toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution". 


Et qui dit point de Constitution dit nullité des élections et donc président, parlementaires ou ministres illégitimes. Depuis l’entrée en vigueur du dit décret le 1er janvier 2017 après sa publication au Journal officiel, la France serait donc en dictature…

Sauf que rien de tout cela n’est vrai. Si le texte de celui qui vise désormais la mairie de Barcelone a bel et bien agité les arcanes de la magistrature, plusieurs syndicats et associations réclamant son abrogation, une décision du Conseil d’Etat est venue mettre les choses à plat. En mars 2018, la plus haute juridiction administrative a fait annuler l’article 2 du décret au motif que celui-ci prévoyait la possibilité d’inspecter la Cour de cassation, "cour suprême" de l’ordre judiciaire, tout en rappelant que seuls des magistrats pouvaient contrôler d’autres magistrats. De quoi garantir l’indépendance de la justice et le principe de séparation des pouvoirs.

Une mobilisation d'avocats détournée

Une fausse information notamment diffusée par une personnalité publique. Sur Facebook, Dieudonné a ainsi affirmé que des avocats se tenaient prêts à proposer leurs services gratuitement pour défendre les Gilets jaunes. Photo à l’appui. Partagée plus de 7.000 fois, l'information est pourtant fausse. L'image a été détournée. Elle date en fait du 15 novembre dernier, lors d’une manifestation contre la réforme de la justice

Un faux soutien de gendarme

Encore une photo partagée de nombreuse fois et qui laisse croire au soutien d'un corps de métier aux Gilets jaunes. Cette fois-ci, ce serait du côté des gendarmes. Sur l'image, l'homme, anonyme, porte un papier avec le message "Ne lâchez rien". Mais rien ne laisse entendre qu'il soutient directement la mobilisation de ces dix derniers jours. Et pour cause : elle circule sur plusieurs sites internet depuis 2016 !

Violence policière antérieure aux Gilets jaunes

Partagée plus de 33.000 fois, cette photo est censée montrer une femme âgées blessée par un  "coup de matraque sur le crâne". L’internaute met en opposition cette  "personne âgée sans défense" avec un "jeune et fort CRS" aux "ordres" de "Macron 1er". SI la femme a effectivement été blessée lord d'une manifestation cette image est, encore une fois, bien antérieure à novembre. 

Ainsi, en recherchant l’image, plusieurs sites recensant les "violences policières" utilisent cette illustration. Elles datent toutes du 1er mai 2018, lors des manifestations de la Fête du Travail, où étaient notamment contestées les ordonnances réformant le Code du Travail.

Une guillotine retouchée en jaune

Les retouches sont très visibles, et pourtant, la photo a été partagée de nombreuses fois. Elle représenterait une guillotine montée par les Gilets jaunes samedi place du Palais Royal, à Paris. Pourtant, on voit clairement que les gilets ont été ajoutés avec un logiciel de photo montage. Et en effet, sur Google on retrouve cette image en rouge… Et datée de juillet dernier. 

Les journalistes de l'AFP Factuel sont arrivés à remonter jusqu’aux origines de l’image : elle date en fait de janvier dernier. Elle avait été installée, symboliquement, par la CGT Spectacle. Son secrétaire général a ainsi confirmé à l’AFP avoir sorti cette guillotine "par rapport aux réductions de budget envisagées par le gouvernement sur la politique culturelle". 

Un "Ave César" devenu salut nazi

La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux, cette fois-ci du côté des anti-Gilets jaunes. Certains d'entre eux ont diffusé une image de la mobilisation du samedi 24 novembre où l’on voit un homme vêtu du fameux gilet réfléchissant faire ce qui semble être un salut nazi. Une action crédible pour certains, qui reprochent au mouvement d’être infiltré par l'ultra-droite  (non sans raison, en tout cas ponctuellement, puisque plusieurs actes à connotation raciste ou islamophobe ont été relevés lors des manifestations). Mais les journalistes du site de vérification d'informations de Libération se sont penchés sur la question. Checknews s'est ainsi fait confirmer par une spécialiste de la lecture sur les lèvres que cet homme disait "Ave césar" comme le laissent penser certains internautes. La personne interrogée confirme cette hypothèse. Le salut est donc vraisemblablement un salut romain et non pas un salut nazi. Les deux ne sont pas sans lien, puisque le salut romain a été repris par le régime mussolinien, dont s'est lui-même inspiré Adolf Hitler.

Fausse censure chez France 3

Cette vidéo a été l'une des plus vues sur les réseaux sociaux selon les données recueillies par Visibrain. Partagée dans des Tweets dépassant parfois le million de vues, elle est reprise avec des commentaires comme "France 3 coupe un direct lorsqu'une journaliste parle des CRS qui menacent des manifestant". Dans la séquence, une journaliste de la chaîne France 3 Aquitaine, alors en plein direct, est effectivement coupée par la présentatrice alors qu'elle évoque l'arrivée de CRS sur place.


Mais en regardant la séquence entière, deux choses expliquent ce soudain retour en plateau : la journaliste avait déjà pris la parole au début du journal, et il lui était demandé de clore l'édition sur un "dernier point". Donc, quand l'envoyée sur place essaye d'ajouter ce dernier élément, elle est hors du timing très strict du journal. Car la chaîne publique est composée de plusieurs antennes, avec lesquelles elle fait des "décrochages" en région. Les journaux locaux ont donc une durée très précise qu’il ne faut pas dépasser afin de rendre l'antenne à Paris.

Ensuite, un rapide coup d’œil sur le compte Twitter officiel de la chaîne montre que celle-ci a rapidement justifié cette coupure.  Ainsi, France 3 Aquitaine a répondu en commentaire de l'une des vidéos : "Avez vous vu tout le journal ? Il était temps tout simplement de rendre l’antenne." Et l'un de ses journalistes a également rassuré les internautes en rappelant que "la durée d'un JT régional n'est pas extensible à l'envi."

Récupération d'un militant de l'extrême droite

Alors que le mouvement se veut citoyen et apolitique, un militant de l'extrême droite a voulu faire de la mobilisation des Gilets jaunes un rassemblement contre l'immigration. Ainsi, sur Twitter, Damien Rieu a publié une fausse information qu'il décrit comme une "excellente idée". Celui qui, en avril dernier, avait participé au blocage du col de l'Echelle, point de passage de migrants venus d'Italie, a cru ce 19 novembre qu'une entreprise de l'Eure avait été bloquée car elle "se vante de recruter des migrants".

Interrogée par LCI, la responsable de l'agence en question a rapidement démenti l'information. Selon elle, son entrepôt a été bloqué "comme tout le monde" et a été dégagé au même moment que ses voisins. Et d'ajouter qu'il est "dommage qu'on se serve d'un mouvement général pour en faire de la politique".

Des marées humaines bien trompeuses

Le tweet, partagé plus de 2.000 fois,est censé représenter l'une des manifestations de Gilets jaunes en France. Valérie Boyer, députée Les Républicains, a elle même publié l'image dans une photo montage. Objectif : prouver que les chiffres de la participation communiqués par le ministère de l'Intérieur étaient faux. Sauf que, si dans certaines villes la mobilisation a effectivement été très forte, on ne peut l'illustrer avec ce cliché qui date en réalité d'une manifestation en Alsace. 

Une information qui était cependant difficile à vérifier. Une recherche sur Google Images n'a pas permis de retracer son origine. Mais le programme de fact-checking de l'Agence France Presse a permis de remonter jusqu'au 2 février et un Tweet de la CFDT qui avait partagé les images de la mobilisation. La couleur orange de certains gilets permettait cependant de questionner la véracité du cliché. 

Un autre exemple d'une image d'un rassemblement passé utilisée à mauvais escient sur les réseaux sociaux. Ici, la photo est censée représenter la place principale de Clermont-Ferrand. Mais les quelques drapeaux jaunes, et l'étendue de la marée humaine par rapport aux autres photos qu'on pouvait trouver sur les réseaux sociaux permettaient de créer le doute sur la véracité de la photo.

Un simple téléchargement et une recherche d'image sur l'outil de vérification que propose Google permet de se rendre rapidement compte que cette illustration date de l'été 2017. Elle montre des supporteurs de l'ASM, club de rugby de la ville, dont les couleurs sont le jaune et le bleu, réunis place de Jaude afin de regarder la finale de la Champions Cup. Ce n'est donc ni une image prise le 17 novembre, ni même un rassemblement lors de la coupe du monde comme le laisse entendre le Tweet.

Un montage photo trompeur

Plusieurs internautes ont partagé cette image d'un Gilet jaune interrogé à la télévision pour deux raisons différentes. Certains ont voulu moquer l'absurdité de la phrase passant dans le bandeau de la chaîne BFM TV, qui annonce des "morts légers". D'autres ont repris l'image afin de  partager l'information, erronée, annonçant le décès de douze personnes lors des mobilisations de Gilets jaunes. Une information comique qui n'a pas été saisie par beaucoup d'internautes, relayant donc l'intox. 

Il s'agit donc une photo délibérément manipulée. La première preuve est la police utilisée sur le bandeau bleu, qui est loin d'être celle que la chaîne d'information emploie normalement. Ensuite, en tapant le titre dans un moteur de recherche, on remonte rapidement à la source. Ainsi, le principal résultat est un article de nordpresse.be, un site parodique belge. 

Une vidéo parodique qui suscite la colère

Encore un exemple d'une vidéo parodique mal interprétée. Dans la séquence, on entend Emmanuel Macron annoncer une "vraie boucherie". Interrogé sur la question du carburant, le Président répond alors "on va continuer à augmenter les taxes parce que on a cet argent qui rentre". Et de conclure : "Tout ce qu'on peut faire pour attaquer on le fera, (...) du nord au sud, on va faire de ce territoire l'une des pires boucheries."


Sauf que la page de publication initiale, indiquée en haut à gauche de l'image, se décrit comme "spécialisée dans la parodie" et dire vouloir notamment éduquer aux médias. Elle prévient même faire des "vidéos de détournement." Un message qui n'a pas été repéré par plusieurs internautes, comme le montrent de nombreux commentaires particulièrement violents et certains partages.


En tout cas, l’extrait en question provient bel et bien d’une interview donnée par Emmanuel Macron à France 3. Elle a eu lieu le 9 novembre, lors des commémorations de la guerre de 14-18, comme le laisse comprendre le cadre de l'image.

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