Gilets jaunes "acte 14" : la stratégie du suspense et du retour aux sources

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MOBILISATION - Retour sur les Champs-Élysées, samedi 16 et dimanche 17 février, appels à retourner sur les ronds-points, pacifisme ou insurrection. Plusieurs appels ont été lancés pour ce quatorzième "acte", lors duquel le mouvement des Gilets jaunes fêtera ses trois mois d'existence. On fait le point.

Les Gilets jaunes célèbrent leur trimestre d'existence. Pour l’occasion, ils sont nombreux sur les groupes Facebook à rechercher une autre stratégie. Ce quatorzième "acte" devrait donc rendre hommage à la première contestation du 17 novembre avec un retour au blocage du pays et des manifestations non déclarées. 

Fait assez inédit pour être relevé, les deux figures du mouvement, férues de direct, sont restées étrangement silencieuses. Aucun "live" n’a été enregistré par Maxime Nicolle ou Éric Drouet depuis ce mercredi. Pourtant, ce sont eux qui donnent de l’impulsion aux événements, en les partageant et en confiant où chacun se trouvera.

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Pacifisme contre insurrection à Paris

Maxime Nicolle a tout de même fait savoir, au détour d’une question posée par un membre de son groupe lors de son dernier direct, qu’il serait présent à Paris. Sans en dire plus. Un suspense qu’il a prolongé ce vendredi. Sur Fly Rider Infos Blocage il publie : "Paris mystère … acte 14". Car dans les groupes Facebook de Gilets jaunes, sur lesquels le Breton se base pour s’organiser, l’appel est au "retour aux sources". "On ne déclare pas, on se rassemble comme d’habitude, tête haute", lit-on ici. "Retour à l’ancienne ;)", peut-on trouver ailleurs. 

Un changement qui conduit à poser deux hypothèses sur la table. Soit le retour des blocages de ronds-points en province, complétée par des manifestations sauvages sur les Champs-Elysées. Soit par des manifestations dont le lieu est révélé au dernier moment. Mais cette dernière option, préconisée par Éric Drouet, n’a jamais vraiment plu à son comparse. La première hypothèse pourrait donc être la bonne. En regardant les échanges entre Fly Rider et les internautes, on découvre qu’il a aimé un commentaire qui conseillait: "On se retrouve là où on sait à l’heure qu’on sait, pour faire ce qu’on doit faire." De son côté, le routier de Melun a confié en sortie de procès, ce vendredi, qu’il serait présent dans la capitale. "Je pense que par défaut, ce sera sur les Champs-Élysées, mais je vous tiens informés ce soir."

D’autres Gilets jaunes ont tout de même lancé des événements, aux intitulés contradictoires. L’un s'appelle "La France en paix" et préconise le pacifisme. Il est organisé dès 13h à Paris, mais aucun lieu n’est indiqué pour le moment. L’autre appelle en revanche à "l’insurrection". Organisé aux Champs-Élysées dès 11h30, il demande l’affrontement. "Les Français ont eu la foi de rester pacifique, malgré cela, rien n'a changé hormis le nombre de blessés. Il est temps de nous faire entendre, FINIT LE PACIFISME !!!" L’objectif clairement affiché est de bloquer la place de l’Étoile "le plus longtemps possible". À elles deux, ces initiatives comptabilisent près de 2000 participants et 10.000 "intéressé(e)s" sur Facebook.

Comme chaque samedi désormais, une "Nuit jaune" est également prévue sur la place de la République. Créée par Thierry Paul Valette, aficionado du mouvement Nuit debout, proche de Francis Lalanne et créateur d’une liste aux Européennes, elle portera sur la thématique du RIC. Pour le moment, cette initiative ne comptabilise que 250 participants. 

Le "Dimanche jaune" pour célébrer la contestation

Une fois n’est pas coutume, un "acte 14" est également prévu dans la capitale ce dimanche. Et pour cause : le 17 février marque les trois mois d'existence du mouvement. Très demandée sur les groupes Facebook, une manifestation est donc organisée. Pour les internautes, cela permettra non seulement de célébrer la contestation mais aussi de "surprendre" et de "permettre à ceux qui travaillent le samedi de venir". Nommé "tous à Paris pour le Dimanche Jaune", l'événement, relayé par Eric Drouet dans la semaine, rassemble 1200 participants sur Facebook et  près de 8000 intéressé(e)s. Le cortège, déclaré en préfecture, partira à 13h depuis l’Arc de Triomphe pour se rendre jusqu’au Champ de Mars, en passant par le siège du Medef et le ministère du Travail, rue Grenelle. "Manif déclarée et pacifique" préviennent les organisateurs, estimant que cela permettra au mouvement d’être irréprochable. 

Au même moment, place de la République, un rassemblement pour la défense des "libertés" et en "soutien à Mediapart" (le site d'informations, qui avait essuyé une tentative de perquisition après ses dernières révélations sur Alexandre Benalla, avait reçu le soutien d'une délégation de Gilets jaunes en bas de ses bureaux) aura lieu dès 14h. C’est encore une fois le Gilet jaune Thierry Paul Valette, qui en est l’instigateur. 

Retour sur les ronds-points

À Toulouse, ville qui avait battu tous les records de mobilisation lors du dixième "acte", les Gilets jaunes veulent un retour des blocages. L’événement, nommé "retour aux sources" conseille une "alternative d'action à ceux qui le souhaitent" en reprenant des actions sur des ronds-points "stratégiques de l’économie". Dix points de rassemblements ont été donnés. Les organisateurs proposent tout de même aussi une manifestation "suite aux demandes du groupe" dès 14h sur l’Allée Jean Jaurès, dans le centre-ville. À Thionville aussi on demande un retour sur les routes. Après des scènes de violences à Metz, les manifestants changent de lieu pour une "récupération des ronds-points". Sur le groupe Facebook "Gilets Jaune Meurthe & Moselle" est organisé un blocage conjointement à une marche pacifique dans la ville frontalière du Luxembourg. Un hommage aux victimes ainsi qu'aux blessés est prévu dès 14h sur le parvis de la mairie.

Comme chaque samedi, les grandes villes devraient continuer à se mobiliser. À Lille un "grand débat Gilet jaune" est planifié sur la place de la République, dès midi. Les initiateurs proposent une discussion avec des "sujets libres", axés sur leurs revendications. "Ce moment sera festif", promettent-ils. Autre place de la République, celle de Strasbourg, devrait voir arriver un cortège jaune dès 10h. Du côté de Bordeaux, bastion de la lutte en région, on se donne rendez-vous à 13h pour un "acte" qui ne sera pas déclaré. "Aucun parcours n'est prédéfini et nous nous organiserons une fois sur place pour éviter de donner trop d'informations aux forces de l'ordre." Non loin de là, Biarritz devrait bouger aussi. Un rassemblement est prévu à 14h au jardin public de la ville. Du côté du sud-est, les Gilets jaunes de Marseille continuent de battre le pavé avec une marche pacifiste sur le Vieux Port.

Forces de l'ordre toujours mobilisées

Le dispositif sécuritaire sera semblable aux autres "actes". En tout, 91 unités de forces mobiles, c’est-à-dire des CRS et des gendarmes mobiles, seront réparties sur tout le territoire. Paris sera la zone la plus protégée, suivie de l’ouest et du sud. 

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