Gilets jaunes : deux journalistes interpellés, d'autres violentés ou blessés lors du 23e acte

Social

Toute L'info sur

La colère des Gilets jaunes

LIBERTÉ DE LA PRESSE - Outre des moments de tension forts entre manifestants et forces de l'ordre, la journée du 20 avril, 23e "acte" des Gilets jaunes, a vu plusieurs journalistes être empêchés de couvrir correctement la mobilisation.

Pour le moins tendue, la journée du 20 avril, 23e samedi de mobilisation des Gilets jaunes depuis le 17 novembre, a réuni 27.900 personnes dans toute la France, et 9000 à Paris, suscitant des face-à-face tendus avec la police. Au plus près de l'action, plusieurs journalistes ont témoigné, qui d'interpellations et de gardes à vue, qui de violences directes ou collatérales de la part des forces de l'ordre. Des récits qui interpellent, alors que, jeudi 18 avril, le classement 2019 de Reporters sans frontière classait la France à la 32e place du classement mondial de la liberté de la presse.

Deux journalistes indépendants, Gaspard Glanz et Alexis Kraland, connus pour leur suivi méticuleux des conflits et mouvements sociaux, ont ainsi été interpellés dans l'exercice de leur métier. Le premier a été arrêté dans l'après-midi, sur la place de la République, alors que s'y déroulaient des heurts entre manifestants et forces de l'ordre, à l'arrivée d'un cortège parti un peu plus tôt de Bercy. Dans plusieurs photos et vidéos disponibles sur les réseaux sociaux, on voit le reporter vidéo menotté, tantôt à genoux, tantôt escorté par des membres des forces de l'ordre, casqués et coqués.

Dans une vidéo de deux minutes, Le Figaro montre également tant bien que mal - "C'est compliqué de montrer qu'un journaliste est mis au sol, on se fait bousculer nous-mêmes" - le créateur de Taranis News, maintenu au sol puis menotté par une poignée de policiers. Le parquet de Paris a indiqué à CheckNews qu'il avait été placé en garde à vue du chef de "participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations" et pour "outrage sur personnes dépositaires de l'autorité publique". En fin de journée samedi 20 avril, Gaspard Glanz n'était toujours pas sorti de garde à vue.

Ce qui n'est pas le cas de son confrère Alexis Kraland, interpellé en fin de matinée dans la gare du Nord comme en atteste une journaliste de RFI présente sur place : 

Après "huit heures de garde à vue", comme il l'a finalement expliqué à sa sortie, le journaliste reporter d'images, également connu pour son suivi des conflits sociaux, a indiqué avoir été interpellé au motif que sa caméra était "une arme par destination". Refusant de la lâcher, il précise avoir été interpellé pour "rébellion de palpation" et "détention de stupéfiants". A nouveau contacté par CheckNews, le parquet n'a pas fait état d'un tel motif mais a indiqué qu'Alexis Kraland avait été interpellé pour "participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations". 

S'ils n'ont pas été interpellés, d'autres journalistes ont fait état, à Paris comme à Toulouse, de violences de la part des forces de l'ordre. Ainsi du journaliste du Figaro Sacha Benitah qui, filmant les algarades place de la République, a reçu un coup de pied après s'être vu refuser, tout comme son confrère Thibault Izoret, à plusieurs reprises, la possibilité de filmer les scènes. Contacté par LCI, ce dernier indique que son "collègue a été bousculé un peu fortement, heureusement rien de grave".

A Paris, toujours, le photoreporter Zakaria Abdelkafi a été intimidé par un membre des forces de l'ordre qui lui reprochait de prendre en photo "le visage des interpellés". A Toulouse, des dégâts collatéraux visant la presse ont également été relevés, samedi 20 avril. Ainsi du journaliste de France 3 Midi-Pyrénées Kevin Figuier, "touché par une grenade de désencerclement envoyée en cloche", générant chez lui une blessure "au mollet droit et une trace au dos". 

Un de ses confrères, travaillant pour le site toulousain ActuToulouse,  a également été blessé "au genou", a témoigné son rédacteur en chef, toujours sur Twitter, indiquant qu'il avait également été "délibérément visé par les gaz lacrymo des forces de l'ordre".

Face à ces différents débordements, le Syndicat national des journalistes a interpellé le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner sur Twitter, lui demandant : "Qu'est-ce qui justifie d'interpeller des reporters, si ce n'est pour les empêcher de travailler ? Ne bafouez par l'état de droit, Christophe Castaner ! Préfecture de police, respectez la liberté d'informer !"

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter