Gilets jaunes : ingérence russe ? Faux comptes Twitter ? On fait le point

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INGÉRENCE - Le gouvernement enquête actuellement sur des soupçons d'ingérence dans la crise des Gilets jaunes au travers des réseaux sociaux. De faux comptes, alimentés par la Russie, chercheraient à amplifier le mouvement. Info ou intox ? Et pour quel véritable impact ? LCI fait le point.

La rumeur enfle depuis ce samedi : la Russie manipulerait les réseaux sociaux pour attiser le mouvement des Gilets jaunes. Une ingérence étrangère pour déstabiliser le pouvoir en place, vraiment ? "J'ai entendu cette rumeur", a reconnu dès le lendemain Jean-Yves Le Drian, sur LCI. "Il y a une enquête, qui est aujourd'hui menée par le secrétaire général de la défense nationale. On verra bien les résultats de cette enquête", a indiqué, prudent, le ministre des Affaires étrangères.


Le secrétariat en question, un organisme rattaché au Premier ministre, a en réalité un rôle de coordination. Ce sont les services français de renseignement français - dont la DGSI - qui mènent les investigations. Mais sur quoi repose ces craintes ? Et que sait-on pour le moment ?

Faux comptes et "fake news"

C'est le journal britannique The Times qui, le premier, a révélé l'affaire . "Des comptes russes alimentent en ligne l'indignation de la France" titrait le journal britannique, alors que près de 125.000 Gilets jaunes se mobilisaient partout en France pour le quatrième samedi d'affilée. Il y cite New Knowledge, une société de cybersécurité. Selon ses analyses, 200 comptes Twitter diffuseraient de fausses informations pour attiser les mécontentements : des photos ou des vidéos de Gilets jaunes blessées par la police, notamment. 


En vérité, ces images sont bien antérieures au mouvement contre les impôts. Parfois, il s'agit même d'événements qui se sont déroulés à l'étranger, toujours sans aucun lien avec le mouvement. La plupart du temps, ces comptes ne sont que des "sock-puppet", des faux-nez en français - comprenez par là de faux comptes. Selon The Times, cela représenterait 1600 tweets et retweets par jour.


Ce même jour, Bloomberg publiait une analyse à peu près similaire. Le média américain interrogeait de son côté l'organisation Alliance for Securing Democracy. Cette dernière a analysé quelque 600 comptes Twitter connus pour faire la promotion des idées du Kremlin. Si d'habitude, ces comptes diffusent des actualités britanniques ou américaines, depuis plus d'une semaine le hashtag #Giletsjaunes est en tête ou presque. "C'est un indice assez fort : il y a une vraie volonté d'amplifier le conflit", estime Bret Schafer, un analyste de l'Alliance. 


Là encore, les informations qui circulent n'ont rien de très réaliste et proviennent toutes ... de médias russes. Un simple exemple : selon Sputnik et RT, très relayés sur ces comptes, les forces de l'ordre françaises se seraient rangés du côté des protestants, un revers pour Emmanuel Macron. En réalité, point de véritable mutinerie dans les rangs des policiers et des CRS, ces informations ne reposent que sur les dires de deux syndicats policiers ayant comptabilisé 4% aux dernières élections syndicales. Pas très représentatif donc... 


La méthode serait assez typique du Kremlin. Des campagnes de désinformation similaires ont été menées ces derniers temps pour décrédibiliser les gouvernements occidentaux et les démocraties libérales.

Quelles conséquences en France ?

Si ces accusations sont bien réelles, il convient toutefois d'en nuancée la portée. Car ces tweets attisent les tensions mais ne les créent pas. Comme soulignait ce week-end Alex Stamos, l’ancien chef de la sécurité de Facebook : "les trolls russes adorent s’abriter derrière des mouvements légitimes".

Autre nuance à apporter : le faible nombre de comptes concernés ne permettent pas vraiment d'affirmer que ces campagnes de désinformation aient eu de réels impacts en France. Bloomberg reconnait d'ailleurs qu'il est difficile de mesurer l'impact de ces informations sur l'opinion française, l'auditoire des médias russes tels RT étant tout de même limité au sein de l'Hexagone.


"Toutefois, quand des informations négatives sont partagées de façon persistante et massive, une partie finit par atteindre les utilisateurs français des réseaux sociaux", souligne l'analyste Bret Schafer. Surtout, ces comptes n'ont pas pour unique but d'attiser la colère des Gilets jaunes, elle vise également un public hors de France. Ces médias souhaitent avant tout véhiculer l'idée de démocraties occidentales en déclin et ce, partout dans le monde.

Une première ?

Cette probable ingérence russe a déjà été dénoncée par le passé que ce soit lors de l'élection présidentielle américaine - une enquête est en cours - ou lors de la présidentielle française. En septembre dernier, l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire mettait ainsi en garde : "Les manipulations de l’information ne sont pas nouvelles mais ont pris une dimension sans précédent en raison des capacités inédites de diffusion et de viralité offertes par internet et les réseaux sociaux, ainsi que de la crise de confiance que vivent nos démocraties. Ce phénomène s’est manifesté par plusieurs ingérences électorales ces dernières années ; il menace les démocraties et la souveraineté de leurs institutions."


Gardons donc l'oeil ouvert, d'autant plus que sur la toile, les fausses informations ne semblent pas avoir besoin des Russes pour se propager comme une traînée de poudre.

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