Gilets jaunes : ces questions auxquelles il va falloir trouver des réponses

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La colère des Gilets jaunes

SOLUTIONS - Le dialogue entre les Gilets jaunes et le gouvernement semble rompu, au lendemain des graves violences survenues dans la capitale. Comment faire évoluer les choses et sortir de l'impasse, d'ici à samedi prochain, date déjà cochée par les manifestants pour lancer un "acte 4".

Samedi 1er décembre, la manifestation des Gilets jaunes dans la capitale a fait de nombreux dégâts et plus d'une centaine de blessés. Au lendemain de cet "Acte 3" dévastateur, comment faire évoluer les choses du côté du gouvernement ? Les Gilets jaunes vont-il payer la débauche de violences qui a eu lieu à Paris, bien que souvent l'oeuvre de casseurs ? 

Voici des questions auxquelles il va falloir trouver des réponses pour sortir de l'impasse.

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Le gouvernement a-t-il les moyens de contenir un nouveau mouvement samedi prochain ?

Selon le ministre de l’Intérieur, 66.000 "policiers, gendarmes, forces de sécurité" ont été mobilisés samedi 1er décembre partout en France. "C’est la quasi-totalité de ce que nous pouvons mobiliser" a ajouté Christophe Castaner sur TF1 samedi soir, laissant entendre que l’Etat n’avait plus d’hommes en réserve pour faire face à un mouvement plus important ou plus virulent. Aussi, ces hommes mobilisés depuis quinze jours sont "fatigués" a constaté le ministre de l’Intérieur et plusieurs représentants syndicaux des forces de l'ordre sont montés au créneau pour dénoncer leurs conditions de travail : "Depuis dix jours, les forces CRS n'ont plus le temps de se reposer, des CRS dorment à peine quatre heures, d'autres n'ont même pas mangé hier, imaginez la situation", a raconté David Michaux, à la tête du pôle CRS d'Unsa-Police, sur Franceinfo

Lors de la réunion de crise convoquée ce dimanche au lendemain des heurts, le président de la République a demandé à ce qu’une réflexion soit menée par le ministre de l’intérieur pour l’adaptation du dispositif de maintien de l’ordre dans les temps à venir. 

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Castaner sur TF1 : "66.000 policiers, gendarmes, forces de sécurité(...), c’est la quasi-totalité de ce que nous pouvons mobiliser"

Sur LCI, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a également rappelé que la menace terroriste ne devait pas être oubliée. Les forces de l’ordre, entièrement mobilisées pour assurer la sécurité des citoyens en marge des mouvements des Gilets jaunes, ne l’est pas sur la menace terroriste. En cas d’attaque, simultanée à de nouvelles mobilisations des Gilets jaunes, pourraient-elles faire face aux deux ?

Aussi, plusieurs membres du gouvernement se sont montrés ouverts à l’instauration de l’état d’urgence. "Nous étudierons toutes les procédures qui nous permettront de sécuriser plus encore" a déclaré Christophe Castaner sur BFMTV samedi soir. "Tout ce qui permettra de sécuriser plus, moi je n’ai pas de tabou. Je suis prêt à tout regarder" a-t-il ajouté. Ce dimanche matin, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a estimé sur la même chaîne que "la priorité" du gouvernement était "l’ordre public" et que "nous y ferons face avec tous les moyens nécessaires". L'éventualité n'a pas été évoquée au cours de la réunion de crise de dimanche et Nicolas Belloubet, la garde des Sceaux, a plaidé pour "d'autres solutions" que le retour à l'état d'urgence levé en novembre 2017.

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Benjamin Griveaux : "A la place des mots je veux des actes. Je ne sais pas si c'est l'état d'urgence qui permet d'y répondre"

Les Gilets jaunes peuvent-ils se structurer et mieux se faire entendre ?

C’est le point faible du mouvement depuis le début : les revendications sont hétéroclites, différentes d’un Gilet jaune à un autre, d’un comité local à un autre, et surtout aucun porte-parole officiel n’a été désigné pour porter clairement la voix de tous les Gilets jaunes. En effet, alors que huit porte-parole avaient été désignés après la manifestation du 24 novembre, ils ont été contestés en interne par de nombreux Gilets jaunes qui remettaient en cause leur légitimité, et s’interrogeaient sur le mode opératoire de leur élection. 

Cette semaine, le fait que plusieurs Gilets jaunes aient décidé de ne pas se rendre au rendez-vous fixé à Matignon par Edouard Philippe en raison de menaces subies par d’autres membres de leur mouvement, montre bien la difficulté que ce dernier a à se munir de représentants légitimes aux yeux de tous. Or, sans eux ainsi que sans revendications claires et précises, il paraît difficile de se faire entendre. 

Ce dimanche, dans une tribune publiée dans Le Journal du Dimanche, les dix porte-parole du collectif des Gilets Jaunes Libres, parmi lesquels Jacline Mouraud et Benjamin Cauchy, se proposent d’être les "porte-parole d’une colère constructive". Alors que dans leur propos introductifs ils écrivent : "Les Gilets jaunes sont des millions, nul n’a le monopole de leur expression ni de leur représentation", ils se proposent tout de même de les représenter. "Citoyens engagés et libres, nous participons depuis le début du mouvement à promouvoir des revendications sérieuses. (…) A ce titre, nous formons un groupe de citoyens engagés qui constitue une représentation honnête de la France qui souffre et se sent délaissée" demandent-ils. "C’est pourquoi nous tendons à présent la main au gouvernement, dans l’espoir qu’il entende nos demandes, qu’il accepte de modifier ses décisions finales et qu’il permette enfin à l’ensemble des citoyens d’être les acteurs de la politique menée dans notre pays, car la démocratie appartient au peuple". Edouard Philippe, à la demande d'Emmanuel Macron, doit proposer un nouveau rendez-vous aux représentants des manifestants.

Le mouvement va-t-il s’essouffler ou pas ?

Les chiffres des mobilisations des Gilets jaunes sont en baisse constante. Le 17 novembre pour la première journée de manifestation, le ministère de l’Intérieur avait recensé 282.000 Gilets jaunes dans toute la France. Le 24 novembre, ils étaient 166.000, et ce samedi 1er décembre, 136.000 manifestants ont été répertoriés dans toute la France par l'Intérieur. En dépit de ces chiffres, les Gilets jaunes arrivent toujours à se faire entendre, peut-être même plus qu’au début du mouvement. 

Et les Gilets jaunes toujours mobilisés sont plus motivés que jamais à faire entendre leur voix. Des appels à l’"Acte 4" ont d’ailleurs déjà été lancés sur Facebook. De nombreux événements ont été créés sur le réseau social, appelant à bloquer des ports et des raffineries, se rendre à l’Elysée, manifester de nouveau à Paris….

Le gouvernement peut-il calmer les esprits ?

En faisant un geste envers les Gilets jaunes, notamment fiscal ou en remettant à plus tard sa taxe carbone, le gouvernement pourrait calmer la colère de la majorité des Gilets jaunes, ceux qui expriment leur ras-le-bol des taxes et des impôts, ceux qui ont du mal à boucler leurs fins de mois. Le gouvernement n’a, à l’heure actuelle, manifesté aucun infléchissement au cap fixé. Encore ce dimanche 1er décembre, les représentants du gouvernement invités sur les plateaux de télévision ont répété qu’ils n'en changeraient pas. "Nous maintenons le cap. Si nous changeons de cap, nous faisons comme on a toujours fait depuis 30 ans, regardez l’état dans lequel est notre pays. (…) Ça ne veut pas dire que nous n’adaptons pas la méthode, nous sommes en train de le faire" a déclaré le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux sur LCI. Si le gouvernement continue de dire qu’il "comprend" la colère, il persévère aussi à faire de la pédagogie sur ses réformes passées et à venir, à dire aux Français qui ne l’ont pas encore fait de, par exemple, réclamer le chèque-énergie...

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Benjamin Griveaux : "Nous maintenons le cap"

Comment va évoluer la cote de popularité du mouvement ?

Après l’"Acte 2" le samedi 24 novembre dernier, la popularité des Gilets jaunes ne s’était pas érodée, elle avait même bondi. Le 28 novembre, un sondage Odoxa-Dentsu consulting pour franceinfo et Le Figaro indiquait que 84% des personnes interrogées trouvaient leur mouvement justifié, en hausse de 7 points en une semaine, et de 10 points en quinze jours. Selon un autre sondage réalisé par Elabe pour BFMTV, 75% des sondés soutenaient ou éprouvaient de la sympathie pour les Gilets jaunes, un score en progression de 5 points sur une semaine. Aussi, 81% des sondés jugeaient qu’Emmanuel Macron et Edouard Philippe n’étaient pas à l’écoute du mouvement, et que la mobilisation devait se poursuivre (69%). A Paris, et en mondovision, les scènes de chaos auxquelles participaient des individus arborant parfois un Gilet jaune, ont-elles écorné cette adhésion ? C'est une des réponses que l'on attend d'ici à samedi prochain. 

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