Gilets jaunes : pourquoi à la Réunion, le climat est plus électrique qu’ailleurs ?

Gilets jaunes : pourquoi à la Réunion, le climat est plus électrique qu’ailleurs ?

GILETS JAUNES - Les violences qui se sont emparées de l'île de la Réunion vont bien au-delà de la simple revendication contre la hausse des prix du carburants. Explications.

L'île de la Réunion est en proie, selon les mots des ministres de l'Intérieur et des Outre-Mer, à "des violences urbaines inacceptables". Dans un communiqué commun, les deux ministres ont réagi aux nuits d'émeutes qui ont secoué l'île malgré le couvre-feu instauré par le Préfet. Mais la simple hausse du prix des carburants, dans ce département où l'immense majorité (près de 80%) des travailleurs utilisent un véhicule, camion ou fourgonnette, est-elle l'unique étincelle de cette situation tendue qui perdure d'heure en heure ? Probablement pas. 

Car cette flambée de violences, condamnée par de nombreux Gilets jaunes réunionnais, est imputée à des jeunes de l'île qui provoquent l'exaspération des manifestants qui, eux, tiennent des barrages plutôt bon enfant, durant la journée. Pour autant, ils sont nombreux à estimer qu'une certaine "misère sociale" s'est installée depuis des années et que la population est "à bout". 

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La colère des Gilets jaunes

Entre le chômage et la pauvreté, ils ne savent plus comment s'en sortir- Stéphane

"On ne sait pas vraiment comment cela va finir car la situation est vraiment tendue, les gens sont à bout", explique Stéphane, jeune quadragénaire à LCI. "En métropole, les gens disent qu'ils n'ont plus les moyens, mais il faut voir avec quels moyens certains vivent ici. Entre le chômage et la pauvreté, ils ne savent plus comment s'en sortir. Tout est plus cher qu'en métropole. La moindre taxe s'en ressent sur le quotidien. Il n'y a pas de travail, les jeunes n'ont aucune perspective d'emploi sur l'île et ceux qui travaillent ne s'en sortent pas. Certains jeunes ont toujours vécu là-dedans. Ils n'en peuvent plus", dit-il, soulignant ainsi un taux de chômage qui flirte avec les 43 % chez les 15-29 ans. "Il ne faut pas trouver des excuses aux émeutes mais simplement se rendre compte que ces personnes ont le sentiment d'être abandonnés par l'Etat depuis leur naissance", analyse cet employé. 

Adeline* elle, pointe un autre problème : l'inégalité de pouvoir d'achat entre les populations actives et celles qui vivent des minimas sociaux. "Ici, les fonctionnaires et d'autres agents de la fonction publique, perçoivent une prime qui permet de compenser le coût de la vie plus élevée. Ce qui est très bien, mais la vie est plus chère pour tout le monde. Lorsque vous êtes au RSA à la Réunion, ce n'est pas comme si vous étiez au RSA dans une petite ville de province", explique cette jeune infirmière. 

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Pour Jean-Jacques, un quinquagénaire employé du bâtiment au chômage depuis deux ans qui a participé samedi à un barrage filtrant des Gilets jaunes au Port, il faut distinguer le mouvement originel des casseurs. "Ces marmailles (jeunes en créole réunionnais, ndlr) n'ont rien à voir avec notre mouvement. Ils rackettent les gens qui sont en train de demander à l'État une augmentation de leur pouvoir d'achat. C'est du n'importe quoi", s'insurge-t-il auprès de l'AFP. 

"Bien sûr on ne peut pas cautionner la violence. Mais il faut aussi se poser les bonnes questions. Dans certaines familles, les grands-parents, les parents, les grands frères et les grandes sœurs n'ont jamais travaillé. Beaucoup sont en échec scolaire. Tous vivent des minima sociaux. Que des gamins de 12 ans issus de ces familles soient sur les barrages, c'était couru d'avance", estime un représentant syndical auprès de l'agence de presse. 

Un territoire ravagé par le chômage et la pauvreté

Sans doute la raison de ce mal-être est-elle aussi à trouver dans les chiffres de l'Insee qui font de la Réunion, l'un des territoires français les plus défavorisés. En attestent les chiffres du chômage qui frôlent les 23% en 2017 et un peu plus de 40% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Dans certaines communes, on atteint même des seuils de  59.5%. 

Dans la ville du Port, où les émeutes ont éclaté, la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Chez les jeunes, le taux de chômage atteint les 40%. A cela, s'ajoute des prix supérieurs de 7.1% par rapport à la métropole, en 2015. Pour un ménage sur 4, les prestations sociales constituent la ressource monétaire principale. 

Une quarantaine d'élus appellent l'Etat à prendre des mesures

Un mémorandum co-signé par une quarantaine d'élus, dont onze maires, intitulé "La colère légitime des Réunionnais doit être entendue : 10 propositions pour la Réunion" va être adressé à Annick Girardin, ministre des Outre-Mer.  Ces propositions sont "des pistes de réflexion destinée à la ministre des Outre-Mer pour sortir de la crise sociale de l'île", écrit Cyrille Melchior, président du conseil départemental, dans une lettre.  

Car selon ces élus,  l'île enregistre un niveau de pauvreté "hors norme", "un coût de la vie est très cher dû à l'éloignement", "les collectivités ne peuvent plus assumer leurs missions locales", "un chômage persistant et structurel", des contrats aidés réduits drastiquement et une "augmentation de la fiscalité réduisant le pouvoir d'achat des classes moyennes". 

Les élus demandent donc un développement de l'emploi dans le BTP, l'agriculture, l'environnement et le tourisme, une insertion plus efficace des jeunes sur le marché du travail, ainsi qu'une adaptation "urgente des projets de Loi de finances 2019 et de loi de financement de la sécurité sociale". Plus spécifiquement, ils demandent par exemple que la Réunion soit exclue de l'augmentation de la CSG sur les retraites les plus faibles et une nouvelle concertation pour réviser la fiscalité des carburants. 

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La crise sociale, catalysée par la grogne des Gilets jaunes, est profonde. Dans une lettre envoyée à Emmanuel Macron ce mercredi, Didier Robert, le président de la région réunionnaise, a dénoncé "une situation de guérilla urbaine" au sujet des événements de ces derniers jours, et il en appelle à l'Etat  pour qu'il "engage les mesures d’urgences incontournables" mais il réclame surtout, "des mesures de fond indispensables comme garanties d’un développement économique et social mieux partagé et plus solidaire". 

*Le prénom a été changé.

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