Gilets jaunes verbalisés pour un "pull RIC" : que s'est-il passé ?

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À LA LOUPE – On peut voir circuler sur les réseaux sociaux les photos de deux procès-verbaux délivrés le samedi 23 mars à Paris par la police à un couple qui portait un pull en faveur du RIC, le référendum d’initiative citoyenne. Que s’est-il vraiment passé ?

Béatrice et Jérôme, couple de gilets jaunes de l'Orne, assurent avoir reçu un PV à Paris en marge des manifestations de "l'Acte 19", samedi 23 mars à cause de leur tenue revendicatrice. Les deux procès-verbaux de Jérôme et Béatrice ont rapidement fait le tour des groupes Facebook des Gilets jaunes, notamment grâce aux partages de Priscillia Ludosky et Laëtitia Dewalle. Que s'est-il réellement passé ?  

Le pull de la discorde

Comme on peut le voir sur la photo ci-dessus que nous a envoyée Béatrice, il s’agit d’un sweat noir à capuche où il est écrit au centre "OUI au RIC – Je dis oui au référendum d’initiative citoyenne – Pour la paix civile et la justice fiscale". Elle et son compagnon, Jérôme, portait ce pull samedi 23 mars au moment où ils ont été interpellés par les forces de l'ordre à Paris.


Ils remontaient alors l'avenue Victor Hugo, dans le 16ème arrondissement de la capitale, en compagnie d'un ami, Frédéric. "Nous cherchions une entrée de métro ouverte pour rejoindre la ligne 1 ou la ligne 3. Nous sommes arrivés devant des forces de l'ordre qui ont alors contrôlé nos sacs," assure Béatrice. 

Comment s'est déroulée l'arrestation ?

"Nous n'étions pas en train de manifester et nous n'étions pas dans le périmètre interdit," affirme Béatrice. Si le couple n'avait d'objets interdits sur eux, un de leurs amis, en revanche, détenait un brassard jaune fluo dans sa poche et du sérum physiologique. 


D'après Béatrice, la situation a changé lors du contrôle d'identité. "J'ai vu un policier comparer ma carte et celle de mon compagnon avec quelque chose qui s'affichait sur l'écran d'une sorte de gros téléphone. On nous a alors pointé du doigt et c'est à ce moment là que nous avons été inquiétés pour nos pulls." 


Ce "gros téléphone" est sans doute le système Neogend utilisé par la police et la gendarmerie dans le cadre des contrôles d'identité. Nous avions évoqué ce procédé dans un article précédent. "Je pense que nous sommes fichés quelque part et c'est pour ça qu'on a été visé," affirme Béatrice. "Nos pièces d'identité ont été prises en photo plusieurs fois ces derniers mois, car nous avons déjà été contrôlés." A chaque fois, dans le sillage d'Eric Drouet.


Pour rappel, le 22 décembre 2018, plusieurs dizaine de Gilets jaunes avaient été maintenus plusieurs heures par les forces de l'ordre, rue de Vignon dans le 9e arrondissement de Paris lors de "l'Acte 7". Le mercredi 2 janvier 2019, Eric Drouet et plusieurs personnes ont été interpellés rue Royale, à proximité de la place de la Concorde, pour cause de manifestation sans déclaration préalable

Que disent les deux procès verbaux ?

Pour justifier les procès-verbaux, les agents des forces de l'ordre ont dû mentionner tous les éléments attestant que le contrevenant était un manifestant : un slogan, un vêtement distinctif, un comportement. Dans le cas de Béatrice et Jérôme, il est précisé dans leur PV, que nous avons pu consulter en intégralité : "Pull-over avec slogan 'Oui au RIC, je dis oui au Référendum d'initiative populaire'." 


Concernant Frédéric, l'ami du couple que nous avons également contacté, les forces de l'ordre ont justifié sa verbalisation à cause du "port de brassard jaune et port de sérum physiologique."  Comme Béatrice et Jérôme, il a refusé de signer et de payer l'amende de 135 euros. 

Le couple va faire appel à un avocat

Béatrice et Jérôme, artisans dans l'Orne, nous ont indiqué qu'ils feront appel à un avocat de Rouen et contester les PV. Ils contestent notamment le lieu mentionné sur le procès verbal, le 2 avenue Victor Hugo. D'après Béatrice, ils ont été interpellés plus bas sur l'avenue et non si proche de l'Arc de Triomphe. Un détail qui a son importance : la partie haute de l'artère était en effet concernée par l’interdiction de manifester, pas la partie basse.


Frédéric, qui fait lui aussi appel à un avocat, estime "que jusqu'à preuve du contraire, aucune loi nous interdit de nous balader avec un brassard ou sérum en poche et encore moins un pull avec un avis politique." 


Contactée par nos soins, la préfecture de police de Paris n'a pour l'heure pas répondu à nos sollicitations. 

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