Grand débat : de quoi parlent les habitants de Neuilly-sur-Seine, l'une des communes les plus riches de France ?

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Grand débat national : l'heure des annonces

REPORTAGE - LCI s'est rendu lundi soir à la déclinaison locale du Grand débat national à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). L'occasion de se pencher de plus près sur les préoccupations de cette ville de proche banlieue parisienne, réputée cossue et économiquement attractive.

Une salle comble et pas mal de têtes blanches. Ce lundi 18 février à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), c’est soir de Grand débat national. Le théâtre de la ville, en bordure de l’avenue Charles-de-Gaulle, a quasiment rempli ses 800 places, mais d’un strapontin à l’autre, on se ressemble beaucoup. Moyenne d’âge : autour de soixante ans. Au total, peut-être une dizaine de trentenaires, dont un seul prendra la parole au cours de la soirée.

Ce soir, on organise un débat, mais il y aura finalement peu de désaccords. D’ailleurs, Jean-Christophe Fromantin, maire Divers droite de la ville, annonce rapidement la couleur : sur les 183 contributions recueillies en amont par la mairie, la majorité parle de réforme de l’Etat, de fiscalité et du "poids des dépenses sociales". Au moment d’aborder ce thème, alors que l’assemblée s’est montrée timide mais finalement constructive sur la question de la transition écologique, les mains se lèvent sans tarder, à la recherche du micro.

Impôt sur le revenu pour tous

Là encore, les intervenants se ressemblent : ils sont majoritairement chefs d’entreprise ou entrepreneurs à la retraite. Parmi eux, quasiment autant d’hommes que de femmes. L’intervention la plus applaudie de la soirée vient d’ailleurs de l’une d’entre elles : "On parle beaucoup de justice fiscale. Je pense qu’il serait intéressant que tous les Français, même ceux qui sont au RSA, payent l’impôt sur le revenu, parce que tout le monde profite des routes et des infrastructures", propose cette citoyenne. Un autre renchérit : "Il faudrait que les gens déclarent aux impôts tout ce qu’ils reçoivent : les aides, les APL, les allocations. Tout !"

Dans les rangs, ça ne parle pas rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF), mais plutôt "réduction des impôts pour les petites et moyennes entreprises". Aucune mention du contrôle des chômeurs, mais quelques propositions pour réduire "la fraude à la sécurité sociale grâce à la biométrie". Enfin, on revient à de nombreuses reprises sur les cotisations des employeurs : "Il faudrait que les entreprises disent à leurs salariés combien ils cotisent pour eux, que ce soit plus clair pour tout le monde", propose un chef d’entreprise. 

Une carte grise pour son bateau

Quelques voix dissonantes, malgré tout, se font entendre. Le principal bémol est porté par une femme, qui souhaite revenir sur la répartition de l’impôt sur le revenu en France. "Moi, je vois que la TVA est payée par tout le monde, elle ! Les plus pauvres payent une part d’impôt non négligeable sur la majorité des produits." Et cette citoyenne de proposer l’idée - déjà entendue par ailleurs - de baisser le taux de la TVA sur les produits de première nécessité et de l’augmenter sur les produits de luxe. "Cela irait dans le sens de l’équité", conclut-elle. Les applaudissements sont timides, mais ils sont là. 

Il est 21 heures passées lorsque le maire aborde le quatrième et dernier thème, portant sur l’organisation de l’Etat. Quelques personnes ont déjà quitté la salle, mais le sujet passionne ceux et celles qui restent. Les revendications sont ici encore portées d’une seule et même voix : "Gardez le lien humain dans l’administration." Et cette dame de raconter comment elle n’a pas pu faire renouveler… la carte grise de son bateau, faute d’interlocuteur approprié. "Tant pis, je fais sans", ajoute-t-elle, bravache. Une autre femme, à l’autre bout du théâtre, lui lance, complice : "Oui, voilà, il m’est arrivé la même chose !"

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Aux questions soulevées par l’exécutif en réaction au mouvement des Gilets jaunes, les Neuilléens répondent donc d’une seule voix. Ceux d’entre eux qui, en tout cas, ont fait le déplacement en cette soirée de débat. On oublierait presque que, voilà dix ans, cette ville d’un peu plus de 60.000 habitants était la plus inégalitaire de France, selon l’indice de Gini. Où sont passés les autres, qui ne possèdent ni avis tranché sur les dépenses publiques, ni carte grise de bateau ? Ce lundi soir, ils n’étaient pas au Grand débat national.

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