Urgences : les chiffres qui permettent de comprendre le mouvement de grève

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SOCIAL - Un rapport publié mercredi dressant le "panorama des établissements de santé" en 2017 permet de mieux comprendre, chiffres à l'appui, le mouvement de grève qui secoue les services d'urgences français depuis trois mois.

Depuis trois mois, de nombreux services d'urgences français sont en grève pour dénoncer les conditions de travail, le manque de moyens financiers et humains, la fermeture des lits, la reconnaissance du travail spécifique des paramédicaux dans ces services et demander une augmentation de salaire de 300 euros. Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé a débloqué en urgence une enveloppe de 70 millions d'euros. 

Mais la crise s'enlise : les grévistes du collectif Inter-Urgences, qui regroupe à ce jour plus de 150 services en grève, estiment ne pas être entendus par son ministère de tutelle. Une nouvelle réunion s'est tenue en début de semaine au ministère, sans succès. 

Dans le même temps, un rapport annuel de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publié mercredi vient éclairer certaines raisons pour lesquelles ces paramédicaux sont en grève. Ce "panorama des établissements de santé" pointe notamment une hausse des passages aux urgences, la fermeture des lits, le très politique "virage ambulatoire", ainsi que les salaires des soignants. 

Les passages aux urgences ont doublé en vingt ans

Ce que relève ce rapport, c'est l'engorgement des services d'urgences, toujours plus important d'année en année. D'ailleurs, les personnels en grève le disent eux-mêmes : "il y a un effet d'entonnoir" sur ces services qui se traduit par une attente de prise en charge plus ou moins longue selon les hôpitaux. En 1996, on comptait 10,1 millions de passages par an, pour atteindre 21,4 millions de passages annuels en 2017. En moyenne, ces passages aux urgences augmentent de 3,5% par an depuis l'année 1996. 

Le nombre de passages augmente ainsi en moyenne de 29.000 à 30.100 par an. Selon un rapport de la Cour des Comptes publié cette année et qui vient corroborer ces chiffres de la Drees, ces services sont ainsi confrontés à une demande toujours croissante des usagers et l'instance de rappeler que "si l’augmentation continue du recours aux services d’urgence a conduit ceux-ci à mieux s’organiser, le sous-effectif médical suscite des tensions dans un nombre croissant d’établissements". "La majorité des passages se situe aux heures ouvrables et en début de soirée, avec des pics en milieu de matinée et entre 18h et 22h", précise le rapport de la Cour des Comptes. La principale raison de ces passages aux urgences est "la traumatologie" (36%) tandis qu'un passage sur cinq débouche sur une hospitalisation. Un chiffre qui grimpe à 56% chez les plus de 75 ans. 

La problématique de la fermeture des lits

L'augmentation du nombre de passages est mettre en perspective avec la fermeture des lits d'hospitalisation complète. En vingt ans, 100.000 lits ont été supprimés : leur nombre passant sous la barre symbolique des 400.000 : les 3.046 établissements de santé publics et privés disposaient exactement de 399.865 lits en 2017. Un constat déjà dressé en 2014 dans un rapport remis à Marisol Touraine, ministre de la Santé de l'époque, par le professeur Pierre Carli, président du CNUH (Conseil national de l'urgence hospitalière). Dans le détail, "ce sont surtout les capacités d’accueil en long séjour qui ont subi une forte baisse, passant de 80.000 lits en 2003 à 32.000 lits en 2017, en raison de la transformation de certaines unités en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad)", indique le rapport. 

La question des lits d'aval (pour les patients devant être hospitalisés à la sortie des urgences) est un problème récurrent aux urgences et nombre de professionnels se plaignent de ne pas pouvoir trouver de place pour leurs patients à l'issue de leur passage dans ces services. Il l'était déjà en 2013 et le demeure en 2019. "Cette perte de capacité d'accueil continuelle a été très partiellement compensée par des créations de places d'hospitalisation partielle (sans nuitée) : 800 ont été ouvertes en 2017, portant le total à près de 75.500", révèle rapport. Un "virage ambulatoire", selon le jargon, qui s'est traduit par une nouvelle hausse des hospitalisations partielles de 2% et un nouveau tassement des hospitalisations complètes plutôt stable à -0,8%.

Cette question des lits est au cœur des revendications des paramédicaux en grève : si les places d'hospitalisation partielles ont été ouvertes, il existe de grandes disparités entre les départements. "Toutes disciplines confondues, le nombre de lits (hospitalisation complète) pour 10.000 habitants varie de 14,5 à Mayotte, à 95 ou plus dans les Hautes-Alpes, le Cantal et la Lozère", précise le rapport. 

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Combien gagnent les professionnels des urgences ?

C'était une promesse d'Agnès Buzyn ces dernières semaines : une prime individuelle de risque au bénéfice des professionnels des urgences. Celle-ci, qui vient d'entrer en vigueur et se chiffre à 100 euros net mensuels pour chaque professionnel, "reconnaît l’exposition à des risques particuliers et des conditions de travail spécifiques des agents (titulaires et contractuels) des services d’urgence et des SMUR : infirmiers et aides-soignants mais aussi brancardiers, agents administratifs…" indique le communiqué du ministère.

Une prime éloignée des revendications du collectif Inter-Urgences qui réclame quant à lui une revalorisation salariale à hauteur de 300 euros. Cette revalorisation, ils la justifient "par la reconnaissance de la spécificité du travail aux urgences". Selon la Drees, le salaire mensuel net d'un infirmier dans le secteur public s'élevait à 2305 euros par mois en 2016. Les infirmiers représentent 25,8% des effectifs. Les aides-soignants, eux, représentent 31,5% des effectifs et gagnent en moyenne 1781 euros net mensuel. Ainsi, la rémunération mensuelle nette des personnels soignants (sages-femmes, infirmiers, aides-soignants, etc.) s’élève à 2078 euros net. Ces personnels représentent 1,1 million d'emplois soit 8 emplois sur 10 dans le secteur hospitalier. 

A noter que le salaire moyen des femmes est inférieur de 21% par rapport aux hommes, ce qui s'explique par une surreprésentation des femmes dans les tranches d'âge les plus jeunes et dans la filière soignante. Le rapport précise malgré tout que "même en tenant compte des structures par âge et par emploi, l’écart de rémunération entre femmes et hommes reste de plus de 7 %". 

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