Grève dans les transports : les étudiants pourraient-ils passer leurs examens à la maison ?

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CASSE-TÊTE - Décaler les partiels, retarder le début de l'examen, proposer des navettes ou un lieu pour dormir... Face à des étudiants qui ne peuvent pas se rendre sur les campus à cause du mouvement de grève qui a débuté en décembre 2019, les universités proposent une multitude de solutions. Pour le moment, le partiel en ligne peine cependant à faire son chemin.

Les étudiants galèrent, comme tout le monde. Sauf qu’eux, risquent leur avenir. En cette période de partiels, ils sont nombreux à ne pas pouvoir se rendre sur leur campus en Ile-de-France, où la RATP et la SNCF sont en grève depuis le 5 décembre dernier. Bien que certains rectorats de la région aient décalé les partiels, ce n’est pas le cas d’un bon nombre de facultés, comme à Nanterre. Les syndicats étudiants demandent donc aux directions d'accepter de meilleures "conditions" d’évaluation, comme la possibilité de passer son examen depuis chez soi, par vidéosurveillance. On fait le point sur cette méthode et les raisons pour lesquelles elle peine à s’instaurer en France. 

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Des évaluations à distance télé-surveillées?

Faisant valoir des contraintes de calendrier, les administrations des universités refusant le moindre décalage proposent d’autres solutions. Exemple à l’université de Nanterre, où la présidence a tenu à faire un geste en "solidarité" aux jeunes en mettant à disposition ... un gymnase pour passer la nuit ! Des solutions que l’Unef, le deuxième syndicat étudiant, juge "aux mieux insuffisantes" – les places étant limitées à une cinquantaine de personnes sur 30.000 inscrits – et surtout "méprisantes". 

Alors, pourquoi ne pas permettre aux jeunes de composer depuis leur salon ? Managexam, une entreprise spécialisée dans la question, promet des évaluations à distance "sécurisées". Tout commence avec la vérification de l’identité du participant. Présentée comme un "rempart contre la fraude", elle se fait par "télésurveillance". "Une présentation des cartes d'identité à la webcam est demandée. Ces données restent cryptées et ne sont accessibles qu'en fin d'épreuve", assure Alice Niezborala, la directrice des partenariats, dans les pages de l'Étudiant. L'inscrit doit ensuite faire une petite visite guidée de son environnement, en faisant le "tour de sa pièce avec sa webcam à 360 degrés". L’épreuve peut ensuite commencer, monitorée par une équipe de surveillants. 

En pratique, cette technique, c’est l'université de Caen qui l’a testée, et adoptée. Grâce à ce partenaire, elle permet à 164 inscrits de passer leur partiel. Un dispositif pour le moment restreint aux élèves en situation de handicap ou en formation à distance. Comme l'explique Pierre Beust, directeur du centre d’enseignement multimédia de l’établissement, cette technique n’a pas vocation à être généralisée aux 29.300 inscrits de l’Université normande. Et pour cause, elle a un coût. La facture s’élève à dix euros par heure d’examen surveillée, et par copie. Une façon d’expliquer pourquoi ce prestataire travaille essentiellement avec des écoles privées, telle que la Montpellier Business School,  Kedge ou l’EM Lyon. 

A Montpellier, 780 examens passés en ligne

Plus au sud, on trouve cependant une autre université qui, elle, a d’ores et déjà fait passer la quasi-totalité de ses examens en ligne. Et sans casser la tirelire. Au printemps 2018, en plein blocage massif contre la loi Orientation et réussite, dite "loi Vidal", et face à un campus désertifié, l’université Paul-Valéry, à Montpellier, fait le choix du partiel dématérialisé. Déjà présente et fonctionnelle, elle est pionnière en la matière. Comme l’explique à LCI son vice-président chargé du Numérique, François Perea, la faculté de lettres rend déjà possible, depuis près de dix ans, le suivi de près d’un quart de ses formations en enseignement à distance grâce à sa plateforme, Moodle. S'il admet volontiers que cela avait été fait "dans la catastrophe" à l'époque, ce sont quand même 780 examens, sur les 800 du semestre, qui avaient été faits en ligne. Si seuls 10% des enseignants connaissaient les outils numériques, la grande majorité des problèmes avaient été rapidement "résorbés" par le service technique. Tout comme le prix. La faculté avait "tout fait en interne". Donc au-delà du coût en matière de salaires, avec des heures supplémentaires pour certains agents et la mise à disposition de locaux pour le service informatique, tout a été absorbé dans le budget du Direction du système d'information, sans surcoût. 

L'essentiel, c'est d'évaluer; l'intérêt, c'est l'étudiant- François Perea, vice président chargé du Numérique de l'Université Paul-Valéry

Le coût n'est donc pas le seul obstacle à ce ralentissement. L'autre crainte qui revient perpétuellement, c'est évidemment la triche. Sans équipe télé surveillant les étudiants, comme le propose au prix fort Managexamen, comment s’assurer que ce sont eux qui rendent les travaux ? C’est impossible, François Perea l’admet. Mais n’en fait pas un argument valable. "Plus les gens progressent dans les étudies, moins on sait qui a fait le travail rendu", souligne-t-il, prenant exemple sur le mémoire de fin d’études, qui peut très bien être écrit par un tiers. Et puis, pour lui, de toute façon, "les tricheurs se font griller aux autres examens". Cette peur-là ne devrait pas permettre, à ses yeux, de "pénaliser les étudiants qui méritaient leur diplôme", surtout que les notes des examens d’avril 2018 dans son établissement n'ont pas été "anormalement élevées", juste "un point au-dessus".

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L’Unef nous avance une autre raison pour laquelle cette solution a encore du mal à faire son chemin. Ce serait en fait surtout parce que "les universités estiment que ça n’aurait pas la qualité d’un diplôme". Un argument qui ne tient pas, pour sa présidente Mélanie Luce. "Comment un diplôme peut avoir de la valeur lorsque les partiels ont lieu dans un tel cafouillage et sans aucune garantie pour les étudiants ?", s’insurge-t-elle. Le président de Paul-Valéry, lui, balaie d'un revers de main la critique. Il estime d’ailleurs le contraire. Interrogé par Midi Libre, Patrick Gilli avançait que, tout le contraire d'une dégradation du diplôme, cela lui conférerait une "vertu d’exemplarité" aux yeux du monde. 

Alors, face au mouvement actuel de contestation qui pénalise les étudiants, François Perea serait-il prêt à retenter l’exercice ? "Absolument", nous répond-il sans hésiter, tant, selon lui, décaler les examens relèvent de l’absurdité. "Les étudiants ne peuvent pas tous se permettre d’avoir un report d’examen !" Encore faudrait-il que le reste des rectorats prennent, eux aussi, le virage du numérique.

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