Grèves : les syndicats espèrent grossir leurs rangs avec les éboueurs

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La réforme des retraites d'Emmanuel Macron

MOBILISATION - Alors que le mouvement de grève contre la réforme des retraites dure depuis plus de six semaines, la RATP et la SNCF s’essoufflent. Pour prendre le relais, la CGT espère convaincre les éboueurs et agents de tri des déchets de se mobiliser à leur tour.

Six semaines de conflits, 43 jours de grève et les syndicats opposés à la réforme des retraites battent toujours le pavé. Alors que le mouvement perd de sa superbe dans les transports, avec un trafic revenant progressivement à la normale, une nouvelle journée de manifestations se tenait, jeudi 16 janvier. Un test pour les leaders de la grève qui tentent de convaincre de nouveaux corps de métiers de les rejoindre, notamment dans le service public, à l'image des éboueurs. 

Les éboueurs : acteurs clés pour rendre visible la grève

A l'appel de l'intersyndicale - CGT, FO, Solidaires, FSU, CFE-CGC et trois organisations de jeunesse - des cortèges ont défilé dans toute la France, menés par celui entre Montparnasse et Place d'Italie à Paris. L'enjeu pour ces syndicats est de retrouver une mobilisation conséquente après des journées de manifestation nationale en recul : la police avait dénombré 149.000 manifestants le 11 janvier, après 452,000 le 9 janvier, et 805.000 le 5 décembre. Celle-ci a vu un léger redressement selon le calcul de l'Intérieur, avec 176.000 manifestants dans toute la France, tandis que la CGT en dénombrait tout de même 250.000 dans les rues de Paris.

Pour apporter du sang neuf et une nouvelle impulsion aux mouvement, les agents des centres de collecte et de tri des déchets sont particulièrement ciblés par les opposants à la réforme. "Il nous manque un acteur important : les éboueurs", reconnaissait il y a quelques jours un syndicaliste auprès de l'AFP. "Si les éboueurs étaient en grève et les stations-service à sec, ça changerait la donne". Pour essayer de les rallier à leurs causes, un tract leur a été distribué le 13 janvier. La CGT y assume parfaitement son objectif : "Nous savons que la collecte et le tri des déchets ainsi que le nettoiement sont des missions de service public immédiatement visibles par la population et les collectivités". Perturber ces missions alerterait donc très rapidement l'opinion publique.

Il est temps de se mobiliser massivement- Tract CGT à l'attention des agents de la fonction publique

"Si certains secteurs de la Fonction publique territoriale se sont mis en grève reconductible dès le 5 décembre, ça n’a pas été le cas partout et nos forces se sont éparpillées", écrit la fédération CGT de cette branche pour introduire son propos. "Depuis plus de 40 jours, le dynamisme de ce mouvement tient essentiellement grâce aux cheminots et aux agents de la RATP et les quelques forces mobilisées dans notre profession ne sont pas suffisamment visibles."

Le ton, presque culpabilisant, se veut ensuite rassembleur : "Est-ce que vous vous voyez exercer les mêmes missions jusqu'à 62 ans ? C’est la seule question que vous devez vous poser. Si la réponse est non, il est temps de se mobiliser massivement. Ce gouvernement vendu aux fonds de pension compte également réduire massivement les pensions de retraite pour toutes et tous, est-ce que nous allons laisser faire ? Là aussi, si la réponse est non, il est temps de se mobiliser !"

Fort taux de grévistes en IDF, mobilisations éparses en régions

Les premiers à avoir entendu l'appel sont les "collègues parisiens", brandis en exemple. Les agents d'Ile-de-France sont en effet "rentrés massivement dans l’action la semaine dernière, avec 4 garages sur 6 très fortement mobilisés", rappelle le tract. Les taux de grévistes annoncés par la CGT montent à 81% au garage d’Aubervilliers, 80% au garage de Romainville, 50% à celui Ivry-sur-Seine et 100% à celui de Clichy. "Cela représente plusieurs centaines de tonnes de déchets non collectés… C’est pourquoi nous vous proposons une action coordonnée qui débuterait dès le 14 janvier afin que partout en France ça déborde !" termine la CGT dans son appel à la lutte. Mais a-t-il été entendu ?

A Poitiers, depuis ce matin aucune poubelle n'a été ramassées- Natacha Pommet, secrétaire générale de la fédération CGT des services publics

"Nous n'avons pas encore de chiffres exacts pour ces trois jours mais une mobilisation commence à prendre forme ailleurs en France", explique Natacha Pommet, secrétaire générale de la fédération CGT des services publics, ce jeudi à LCI. "A Poitiers, depuis ce matin aucune poubelle n'a été ramassées, ce qui montre un taux de grévistes assez élevé. A Marseille et à Toulouse, plusieurs centres de collecte et tri des déchets ont voté la grève et ont peut-être commencé des actions bien que nous n'en connaissions pas les issues à cette heure."

Les éboueurs et dockers pour remplacer la SNCF et la RATP ?

Un résultat en demi-teinte, donc, qu'il faudra encore chiffrer. Mais les espoirs sont bons et, surtout, la syndicaliste souligne la remobilisation de certaines professions qui s'étaient retirées des manifestations durant les fêtes. "Depuis ce mardi, les professionnels de la petite enfance reviennent en force dans les manifestations", assure Natacha Pommet. "Les animateurs de crèches, les instituteurs, ce ne sont pas de nouveaux corps de métier qui nous rejoignent car ils étaient déjà là en décembre, lors du premier appel à la grève interprofessionnelle, mais on voit qu'ils se remobilisent fortement depuis la rentrée", explique la cégétiste. 

Une mobilisation salutaire alors que la RATP et la SNCF rentrent progressivement dans le rang. Reste à voir si les enseignants, massivement présents dans les cortèges ces jours-ci, seront toujours là lors du prochain rendez-vous dans la rue, le 24 janvier, en dépit de l'ouverture des négociations sur des revalorisations salariales lundi 13 janvier. Idem pour les avocats, qui ont obtenu le maintien "d'une caisse propre à leur profession". Dans l'anticipation d'une baisse de grévistes, en plus du recrutement des éboueurs, la CGT songe déjà à grossir ses rangs en lançant dans la bataille les dockers avec une opération "ports morts" dans les sept grands ports maritimes français.

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