Homophobie en ligne : 213 plaintes d’un coup pour réveiller les autorités

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TEMOIGNAGE – L’association Stop homophobie et de nombreux avocats ont annoncé jeudi le dépôt de 213 plaintes contre des insultes et menaces homophobes en ligne. 15% de ces plaintes concernent Lyes Alouane, un permanent de l’association à Gennevilliers, régulièrement harcelé. Il témoigne.

Instiller "la peur du gendarme". Voilà pourquoi 213 plaintes ont déposées jeudi contre des propos homophobes en ligne par l’association Stop homophobie, accompagnés de plusieurs avocats issus du réseau "Avocat, médecin, notaire gay-friendly" et du cabinet Deshoulières. 

"Tout le monde s’en fout"

 Injures, diffamation, incitations à la haine, mais aussi menaces : les propos en ligne qui font l’objet de ces 213 plaintes sont aussi violents que variés. Une plainte a même été déposée pour un message qui menaçait le local de Stop homophobie d’une attaque à la bombe. Le cofondateur de l’association, Terrence Katchadourian pose un constat amer : "Tout le monde s'en fout", et pointe tour à tour les autorités politiques, policières et judiciaires, ainsi que certains réseaux sociaux. Twitter en particulier, qui, affirme-t-il, ne donne pas suite à 85% des signalements, même quand il s’agit de messages demandant "quel est le meilleur combustible entre juifs et homosexuels".

 

Sur ces 213 messages homophobes, sélectionnés parmi le "flux constant" qui inonde les réseaux sociaux, 15% ont visé Lyes Alouane. Cet homme de 23 ans, qui habite Gennevilliers, a été harcelé et agressé à plusieurs reprises, et milite désormais pour Stop homophobie. Il raconte à LCI la difficulté de faire face à l’impunité.

 

LCI. En mettant l’accent sur l’homophobie en ligne, vous avez voulu montrer que ces propos ont des conséquences dans la vie réelle. Comment l’avez vous expérimenté ?

 

Lyes Alouane. Entre les insultes en lignes et celles dans la réalité, il ne s'est passé qu’un jour. Il y a 2 ans, j'ai posté une photo de moi et mon copain sur Facebook. Dès le lendemain, j’ai été insulté dans la rue. Quand je faisais des événements à Gennevilliers pour militer contre l’homophobie, c’était la même chose. On me disait : "Ne nous contamine pas", "on n’est pas comme ça ici".

 

Vous avez de nouveau déposé plainte mercredi 16 janvier, dans le cadre de l’initiative de Stop homophobie, pour plusieurs menaces et insultes. Comment avez vous été accueilli par la police ?

 

Je suis allé au commissariat de Bois-Colombes. Un policier m’a dit : "En allant sur les réseaux sociaux, vous acceptez les insultes". Il m'a aussi dit ce qu'on entend toujours dans ces cas-là : qu’il est impossible de retrouver les auteurs, et qu’il y avait des choses plus graves à traiter. Il faut comprendre qu’internet est désormais un bastion pour les agresseurs, alors que leurs paroles entraînent des agressions.

 

Vous voulez que la "peur du gendarme" soit autant présente sur internet que dans la vie réelle. Ça semble impossible, vu la situation…

 

Dans la vie réelle, la peur du gendarme ne marche pas forcément, car des agressions ont lieu malgré tout. Mais sur internet, il n’y a même pas de gendarme, et l’impunité semble totale. En un an, j’ai déposé une quinzaine de plaintes, dont huit sont encore en cours de traitement. Mais sept ont déjà été classées sans suite. 

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