Hôpital de Mulhouse : 2200 euros pour une garde de 24 heures, le salaire d'un médecin intérimaire fait polémique

Cela fait sept mois que les urgentistes sont en grève à cause du manque de médecins dans les hôpitaux. Pour favoriser les recrutements, le personnel du centre hospitalier de Mulhouse a tourné un clip inédit.
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POLÉMIQUE - En pénurie de médecins, l'hôpital public fait parfois appel à des médecins intérimaires, payés plus de 2000 euros la journée de garde. Le cas d'un urgentiste à Mulhouse fait polémique.

C'est l'une des dérives du fonctionnement des hôpitaux aggravées par la pénurie de médecins : un médecin urgentiste s'est vu proposer une journée de garde de 24 heures payée 2200 euros par l'hôpital Emile-Muller de Mulhouse, dans le Haut-Rhin, le 28 décembre dernier. Alors que les personnels soignants (infirmiers et aides-soignants) battent le pavé et sont en grève depuis dix mois pour obtenir une revalorisation salariale, le cas de ce médecin a déclenché une polémique du côté des syndicats. 

Interrogé par nos confrères de France 3, Jean-Marc Kelai, secrétaire de la section CFDT du Groupement hospitalier Mulhouse Sud-Alsace (GHRMSA) estime qu'il y a une différence de traitement entre les personnels soignants et les médecins intérimaires.  "Il y a quelques semaines, nous avons manifesté parce que la direction voulait impacter une partie de la prime de services des agents. Alors qu'on voit là qu'on arrive à trouver de l'argent pour rémunérer ces médecins intérimaires (...) Forcément, ça crée des tensions et les agents sont à bout", estime le syndicaliste.  

Je suis contrainte et forcée à payer ces montants-là- La directrice de l'établissement, Corinne Krencker

Mais du côté de la direction, le recours à ce système n'est pas une question de choix mais d'obligation. "On a ouvert le recrutement à l'intérim au mois d'octobre pour les fêtes de fin d'année. Et je n'ai pas eu de candidats. C'est sûr que plus vous êtes en difficulté, plus vous cédez à la surenchère financière (...) Je suis contrainte et forcée à payer ces montants-là", a expliqué la directrice de l'établissement, Corinne Krencker, auprès de nos confrères. 

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Depuis des mois, le GHR Mulhouse-Alsace, dont dépend l'établissement Emile-Muller, est confronté à des départs massifs de médecins urgentistes. Ne fonctionnant plus depuis début octobre qu'avec sept médecins titulaires, contre plus d'une vingtaine avant l'été, les urgences de l'hôpital Émile-Muller n'ont que des responsables intérimaires depuis des semaines. 

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Reste que la polémique autour de ces médecins intérimaires n'est pas nouvelle. Cela fait des années que cette pratique est régulièrement dénoncée. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a dénoncé à plusieurs reprises "l'attitude irresponsable" et le "chantage" de ces praticiens qu'elle a qualifié de "mercenaires". Du fait de la limitation du numerus clausus pour la formation des médecins pendant trente ans, "nous n'avons plus assez de médecins sur le territoire pour assurer certaines disciplines, l'obstétrique, les urgences", avait expliqué la ministre sur LCI.

"Des sociétés d'intérim se sont précipitées dans cette brèche" et "proposent des intérimaires qui se font payer entre 2.000 et 3.000 euros la journée. La journée", a-t-elle insisté. "Ce qui crée un déficit" dans des hôpitaux "qui sont souvent de petits hôpitaux en difficulté", qui "n'arrivent pas à recruter" sur des postes "ouverts".  

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Pénurie de médecins : les hôpitaux français ont de plus en plus recours aux intérimaires

En juillet 2018, Agnès Buzyn avait  expliqué qu'un "bras de fer" était engagé avec les médecins intérimaires sur l'abrogation du décret plafonnant leur rémunération depuis le début de l'année. Elle avait estimé que ces praticiens "profitaient des failles du système". Ce décret limitant la rémunération des médecins intérimaires dans les hôpitaux publics à 1404,05 euros brut pour 24 heures de travail effectif. 

Ce plafond doit être abaissé à 1287,05 euros en 2019, puis 1170,04 euros en 2020. Ce décret avait fait grogner le SNMRH (Syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux) et en novembre 2018, la ministre avait même porté plainte devant l'Ordre des médecins, contre trois responsables d'un syndicat de remplaçants qui avait diffusé une "liste noire" des hôpitaux pratiquant ces tarifs et appelé au boycott de ces établissements. L'Ordre des médecins avait pour sa part regretté des "comportements peu soucieux du devoir d'humanité envers les patients" et qui "déconsidèrent la profession".

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